‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 98 sur 227 · V Angélus · texte numérisé non relu

V Angélus

APOTRE ET FONDATEUR

cette copie vivante du saint Rédempteur, l«a règle présente à Limitation des membres de l’instilut la vertu caractéristique de leur divin modèle, l' abnégation et V amour de la croix . « Chacun s’efforcera, dit-elle, de se complaire dans les douleurs, les mépris, et le détachement des satisfactions terrestres, travaillant sans relâche à se vaincre soi-même, à contrarier ses propres inclinations et surtout le désir de se rendre dans sa famille, ce qui est expressément défendu sauf le cas de nécessité urgente. »

Si quelqu'un veut être mon disciple , avait dit Notre-Seigneur, qu’il se renonce lui-même , qu’il porte sa croix et qu’il me suive. Le rédemptoriste, exercé aux douze vertus de sa règle, répondra volontiers : « Me voici, Seigneur, prêt à vous suivre partout, dans les vallées, sur les montagnes, à la recherche de vos pauvres brebis égarées, et même à verser mon sang, comme vous Lavez fait sur le Calvaire, pour les ramener à vos pieds et les sauver. »

Cette partie de la règle qui concerne la sanctification des sujets, répondait donc parfaitement au but de l’institut. Après Lavoir examinée dans tous ses détails, le cardinal Spinelli la trouva excellente, et se contenta de proposer cinq modifications sur des points accessoires. Selon lui. en fixant les maisons de l’institut en dehors des lieux habités, la règle devait spécifier que ces maisons ne pourraient s’établir qu’à deux milles des villes, à un mille des villages, c’est-à-dire dans le désert. Il supprimait le vœu d’aller évangéliser les infidèles, attendu que les missionnaires seraient bien assez occupés dans leur pays. Au lieu de frapper d’expulsion les violateurs du vœu de pauvreté, il croyait plus utile, pour prévenir les transgressions, d’obliger tous les supérieurs à jurer devant leurs sujets, le jour de leur entrée en charge, que jamais ils ne permettraient à qui que ce fût de posséder en propre un objet quelconque ou d’en disposer arbitrairement. Les missions se faisant aux frais des missionnaires, la règle défendait à ceux-ci de solliciter des aumônes pour couvrir leurs dépenses : Spinelli eût voulu qu’ils refusassent même les dons spontanément offerts. Enfin, tout en laissant aux recteurs le gouvernement intérieur de leurs maisons, il faisait des réserves au sujet de l’exemption de la juridiction épiscopale. Nous verrons bientôt comment furent accueillis à Rome ces desiderata .

La dernière partie des règles soumises à l’appréciation de Spinelli traitait du gouvernement de la congrégation , du noviciat et des missions. « A la tète de la congrégation se trouve un supérieur général, nommé recteur majeur, lequel est élu à vie par un cha-

RÈGLES ET CONSTITUTIONS

pitre représentant tous les membres de l’institut. Afin d’extirper radicalement toute visée d’ambition relativement aux emplois et dignités, le recteur majeur nomme lui-raème les recteurs locaux, leurs consulteurs, les maîtres des novices, préfets des étudiants, lecteurs, et visiteurs. Aucun de ces emplois n’est inamovible; néanmoins les titulaires les exercent régulièrement durant trois ans, à moins qu’une raison grave ne force le recteur majeur à les en déposséder. Il appartient aussi au recteur majeur d’accepter les nouveaux sujets et les nouvelles fondations. A sa mort, un vicaire désigné par lui gouverne la congrégation jusqu’à la réunion du chapitre, qui, dans les six mois, procède à l’élection du nouveau générai et des six consulteurs. Tous les neuf ans, le chapitre, composé du recteur majeur et de ses consulteurs, du procureur général, et d’un membre élu par chaque maison, se rassemble pour examiner l’état de l’institut, remédier aux désordres s’il y a lieu, et pourvoir au bien commun par des décrets ampliatifs ou restrictifs mais toujours en harmonie parfaite avec la règle. »

On voit que le gouvernement de la congrégation est essentiellement monarchique. Alphonse ne laissa jamais entamer ce principe. En 17^6, un chapitre se réunit à Ciorani pendant qu’une maladie grave le retenait à Iliceto. On profita de son absence pour proposer un décret limitatif des droits du recteur majeur en matière de dispense. Averti de ce fait par le père Sportelli, président intérimaire, il n'hésita pas à dissoudre cette réunion, qui lui parut tourner au conciliabule. « Enlever au recteur majeur la faculté de dispenser, écrivit-il aux pères Sportelli et Villani , c’est méconnaître tous les principes , car il est de l’essence des choses humaines d’être sujettes à dispense. C’est renverser absolument les pouvoirs du recteur majeur et détruire notre règle principale : le gouvernement par un seul chef, à l’exemple du gouvernement de l’Église1. » Toutefois le pouvoir du recteur majeur est limité par la règle, dont il doit respecter les dispositions; par ses consulteurs, qu’il doit réunir tous les mois afin de délibérer avec eux sur les questions graves; enfin par le chapitre, qui, tous les neuf ans, est appelé à contrôler ses actes. S’il s’égare plus ou moins, la règle met à côté de lui un admoniteur officiellement chargé de le rappeler à l’ordre. S’il s'obstine de manière à nuire gravement à la congrégation, les six consulteurs, s’étant mis d'accord, convoquent le chapitre, qui, dans ce cas, peut déposer le recteur majeur infidèle à sa mission.

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