‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 104 sur 222 · Circulaire du 29 juillet · texte numérisé non relu

Circulaire du 29 juillet

FONDATION DE SCIFELLI.

narque, quelle gratitude ne lui devons-nous pas et combien notre amour doit l’emporter sur celui des autres! Laissons donc les mondains se pousser aux honneurs; cherchons, nous, à croître chaque jour dans l’amour divin, et pour ce motif, ambitionnons la dernière place, car le plus humble est le plus près du cœur de Jésus. » Rien de plus propre à fortifier les religieux dans leur vocaiion ; et cependant les privations, les fatigues, les persécutions, pouvaient amener des infidélités et des désertions. Alphonse ne l’oubliait pas ; aussi s’efforce-t-il de prévenir un pareil malheur : « Mes frères, au moment de la mort et à la lumière du flambeau funèbre, nous comprendrons quelle grâce le Seigneur nous aura faite en nous donnant de persévérer dans notre sainte vocation. Je vous le dis en toute sincérité, mon cœur se brise quand je pense aux malheureux qui furent un jour des nôtres, vivant en paix, unis è Dieu, toujours contents, et qui maintenant ne connaissent plus que le trouble et l’inquiétude. Sans doute ils vont où ils veulent et font ce qu’il leur plaît; mais plus de règle, plus de ferveur, et par conséquent plus de repos pour leurs âmes. De temps en temps ils penseront peut-être à faire oraison, mais aussitôt le souvenir de leur infidélité et de leur ingratitude envers Dieu leur causera de cruels remords, et, pour échapper à cette torture, ils quitteront l’oraison et se précipiteront ainsi dans l’ablme de la tiédeur. Leur vie sera misérable, et leur mort désolée. Il y a des années, je me trouvais auprès du lit d’agonie d’un de ces infidèles. J’essayais de l’encourager à ses derniers moments, mais, en pensant à sa vocation perdue, il tomba dans une sorte de frénésie et se mit à pousser des cris de désespoir. « Il n’y a plus de salut pour moi, s’écriait-il, parce que j’ai renoncé volontairement à ma vocation. » Donc plutôt souffrir mille morts que d’abandonner notre saint état. »

Aux pusillanimes tentés d’abandonner une congrégation qu’un décret du roi allait peut-être anéantir, il répond par une véritable prophétie. « Je suis certain que Jésus-Christ regarde avec amour notre humble congrégation, qu’il l’aime comme la prunelle de ses yeux, et je n’en veux d’autre preuve que la sollicitude toute spéciale avec laquelle, en dépit des persécutions, il nous rend dignes de travailler à étendre son règne en tant de pays divers. Je ne le verrai pas, car ma mort est proche, mais j’ai la certitude que notre petit troupeau croîtra toujours, non certes en richesse, non en gloire humaine, mais en œuvres qui procureront à Jésus-Christ l’amour des peuples. Un jour viendra où, réunis tous ensemble, je l’espère, dans la céleste demeure, nous trouverons autour de nous

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

des centaines de milliers de personnes , lesquelles , converties par nous au Seigneur, le béniront à jamais et contribueront à noire gloire éternelle. Que faut-il de plus pour nous décider à aimer Dieu et à consacrer toute notre vie à le faire aimer? »

Le saint insistait ensuite sur les moyens pratiques d’aimer Jésus- Christ : « Qui se soucie peu de la règle, disait-il, se soucie peu de l’amour de Dieu. — Sans le silence pas de recueillement, et sans recueillement, trouble et péché. — Qui aime peu l’oraison, aime peu Jésus-Christ. — Pour aimer beaucoup Jésus-Christ, il faut beaucoup prier. — Qui veut obtenir la sainte persévérance, doit la demander toujours à Jésus et à Marie. » C’étaient là comme les axiomes de sa doctrine spirituelle.

« Je finis, et je voudrais continuer encore, ajoutait-il, tant je désire vous embraser de l’amour divin et d’un zèle ardent pour la gloire de Notre-Seigneur, aujourd’hui surtout qu’il est si peu connu et si peu aimé. Je vous bénis tous, je vous bénis chacun en particulier au nom de la très sainte Trinité, et je la prie, par les mérites de Jésus-Christ, d’embraser de cette divine flamme de la charité , non seulement les cœurs des membres actuels de la congrégation, mais les cœurs de tous ceux qui en feront partie à i’avenir. Qu’il en soit ainsi, et tous, vivant de la vie des séraphins, nous nous retrouverons au ciel, où nous glorifierons Notre-Seigneur et chanterons éternellement ses divines miséricordes.

« Pour moi, frères bien-aimés, j’attends de jour en jour l’heure du départ : demandez à Dieu que je meure dans son amour. Ici-bas, tout misérable que je suis, je ne cesse de vous recommander à Dieu, mais si je vais au ciel, ainsi que je l’espère, je continuerai de prier pour vous, et mes prières seront plus ferventes et plus efficaces qu’elles ne peuvent l’être aujourd’hui. »

En lisant cette circulaire simple et sublime, on croit entendre un écho du discours après la Cène. C’est ainsi qu’avant de monter au Calvaire Jésus prêchait aux siens la divine charité et le dévoûment à l’Église qu’il était venu fonder au prix de son sang. C’est ainsi qu’il les fortifiait contre les tentations et les persécutions, qu’il les bénissait et priait son Père de sanctifier tous ceux qu’il lui avait donnés. Jamais Jésus-Christ ne s’était montré plus affectueux qu’en ce moment suprême envers ses disciples; de même jamais Alphonse n’avait dit aux siens des paroles plus tendres et plus suaves. C’était de part et d’autre le testament d’un père. Rien d’étonnantque, dans des circonstances identiques, celui dont le cœur n’a cessé de battre à l’unisson du divin cœur reproduise les pensées et les accents du Maître.

Page 1