‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 117 sur 222 · Lettre du 26 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 26 janvier

LE PROCÈS SÀRNELLI.

mari et même la confiance du roi d’Espagne Charles III, qu’elle obtint la révocation et le remplacement de l’omnipotent ministre. C’est au nom et par l’ordre de son protecteur Charles III que Tanucci fut disgracié. Comme il arrive toujours, l’ingratitude le poursuivit après sa chute. Abandonné par ses amis, méprisé par ses subordonnés, il connut à son tour l’amertume. L’homme qui courbait l’Église et le souverain pontife sous la volonté des rois, se vit arracher le pouvoir par la main des rois, et pour comble d'humiliation, par la main d’une femme.

La chute de Tanucci fut pour la congrégation un vrai coup de la Providence. Le W novembre 1776, Alphonse annonçait cette grave nouvelle au père Blasucci : « Il faut que je vous informe, lui dit-il, d’un fait qui met en émoi toute la ville de Naples. Le roi Ferdinand reçut, le 16 octobre, une dépêche de son père le roi d’Espagne. Le 27, il communiqua au marquis Tanucci le contenu de cette dépêche. Que disait le roi d’Espagne à Tanucci? nous l’ignorons; mais j’ai entre les mains une autre dépêche adressée au marquis de Sambuca, dont voici la copie textuelle :

« Le roi ayant trouvé en Votre Excellence toute la sagesse requise pour remplir les grands emplois de l’État, vous a nommé son premier conseiller. Vous aurez parmi vos charges et attributions la secrétairerie d’État et celle de la maison royale, la surintendance des postes, la gérance des biens allodiaux, la junte des abus, en un mot toutes les fonctions exercées par le marquis Tanucci, avec les émoluments correspondants. Ordre est donné au marquis de consigner entre vos mains toutes les affaires de son département. »

« Le coup, dit-on, est parti de Vienne, de Rome et de France. Ainsi va le monde. Tanucci reste conseiller d’État pour les affaires extérieures, mais déjà l’on dit que ce ministère sera aussi confié au marquis de Sambuca. Vous pouvez imaginer dans quel bouleversement se trouve la capitale. Dieu veuille tirer de cet événement sa plus grande gloire ! »

Bien qu’Alphonse s’abstienne par charité de jeter la pierre à un ennemi, surtout à un ennemi abattu, il est certain qu’il considéra la chute de Tanucci comme une grâce spéciale de Dieu. En répondant à Majone, qui lui avait appris cet événement, il découvre toute sa pensée : « Je renais à l’espérance et à la joie, lui dit-il. La Madone veut certainement nous sauver de cette tempête. Mettezmoi au courant de tout ce qui pourra désormais contribuer à notre salut, car j’entends dire mille choses relativement aux faits qui ont précédé ou qui vont suivre cette grande révolution. En tout cas

LE SOLITAIRE DE XOCERA

nous sommes dans la main de Dieu : nous n’avons qu’à lui demander que tout cela tourne à sa gloire1. »

Le saint fondateur n’ignorait pas cependant que la chute de Tanucci ne modifierait nullement l’esprit régaliste de la cour. Le roi Ferdinand partageait sur ce point les idées de son père Charles III. Profondément attachée à la religion, la reine Caroline n’en était pas moins infatuée des prétendus droits de la royauté sur les choses ecclésiastiques. Quand les cours bourbonniennes pesaient sur Clément XIV pour obtenir de lui la suppression de la compagnie de Jésus, la reine Caroline employait tout son crédit auprès de sa mère Marie-Thérèse pour la décider, elle aussi, à prendre parti contre les jésuites. Plus tard elle expia cette faute en rappelant dans ses États les jésuites exilés. Dans l’intervalle elle avait vu sa sœur, l’infortunée Marie-Antoinette, mourir sur l’échafaud, et compris sans doute que l’omnipotence des rois avait créé l’omnipotence des assassins.

Le marquis de Sambuca, chrétien pieux du reste, ne se croyait pas plus obligé que Tanucci au respect des immunités de l’Église. Quelques mois après son avènement au pouvoir, il restreignit la liberté des ordinations cléricales. « Le nouveau gouvernement, écrivait Alphonse le 2 janvier 1777, vient de lancer un décret plus rigoureux que tous les autres sur l’ordination des clercs. Défense de promouvoir quelqu’un aux ordres dans les pays où il y a cent prêtres; ou dans les familles qui comptent déjà deux prêtres, frères ou oncles de l’ordinand; ou encore dans celles qui ne peuvent fournir aux autres frères l’équivalent du patrimoine exigé par la loi ecclésiastique. Par suite de ces prohibitions, beaucoup déjeunes gens venus pour s’incorporer à notre congrégation sont obligés d’y renoncer. » Toutefois Sambuca n était pas comme Tanucci un ennemi déclaré des ordres religieux ; il avait au contraire une idée très avantageuse d’Alphonse et de son institut, mais le saint pouvait toujours craindre qu’un ministre régaliste ne se crût obligé de proscrire des religieux pour sauver l’État et de persécuter le pape pour plaire à Dieu. « Je me figure toujours notre congrégation, écrivait-il à Blasucci, comme une barque en pleine mer, ballottée par les vents contraires. J’attends que Dieu nous fasse connaître où il veut la conduire. S’il veut l’ensevelir au fond de l’ablme, je dis à l’avance et dirai toujours : Bénie soit sa sainte volonté2! »

Depuis dix-huit mois on attendait le rapport de l’implacable procureur. Toute la ville de Naples s’occupait de ce procès, de

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