‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 119 sur 222 · Lettre da 21 février · texte numérisé non relu

Lettre da 21 février

LE PROCÈS SARNELLI.

de cette Morale infectée d’erreurs, et d’interdire à mes compagnons la chaire et le confessionnal jusqu’à plus ample examen de mes opinions. Nous voilà donc réduits à nous croiser les bras à Naples comme à Girgenti! »

Moins partial que Tanucci, le marquis de Sambuca tint compte des réclamations d’Alphonse. Le 7 mars, le roi rendit un décret stipulant que le rapport en question devait être envoyé, non à la chambre des Abus, mais à la Chambre royale de Sainte-Claire, qui jamais n’aurait dû être dessaisie du procès. Alphonse tressaillit de joie à cette nouvelle. Deux jours après l’événement, il écrivait au père Majone qui l’en avait informé : « Benedictus Dens Israël, qui facit mirabilia soins! J’ai reçu vos lettres, qui m’apprennent le miracle. » Et à François de Paule : « La cause est renvoyée de nouveau à la Chambre de Sainte-Claire selon la demande que j’en avais faite au roi. Ainsi les choses ont changé de face. Bénis soient Jésus et Marie! »

Ce premier succès déconcerta des ennemis qui se croyaient sûrs de la victoire. Enthousiasmés du réquisitoire, ils l’avaient distribué à profusion dans la capitale et les provinces, en sorte qu’on ne s’entretenait plus que de la prochaine suppression de la congrégation. Déjà ils publiaient que le décret fatal était libellé. Épouvanté, le père de Paule demandait à Alphonse si réellement ce décret existait. « C'est une insigne fausseté, lui répondit le saint; ce sont les partisans de Samelli qui font courir ce bruit. Démentez partout ce mensonge, et dites à nos pères que le procès est en bonne voie, puisque le rapport du procureur de Leon est renvoyé à la Chambre royale1. »

Dès lors le saint vieillard s’occupa jour et nuit à réfuter les déclamations calomnieuses du procureur. Redevenu avocat pour la circonstance, il rédigea deux plaidoyers, l’un pour répondre aux attaques portées contre sa congrégation, l’autre, aux accusations formulées contre sa Morale. Comment, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, brisé par la maladie, accablé de préoccupations, a-t-il pu venir à bout, en peu de jours, d’un pareil travail? Lui-même s’en étonne : « J’ai dû composer, écrit-il, un écrit assez considérable pour notre défense. C’est un miracle que je n’aie pas eu un coup d’apoplexie2! » Nous ne pouvons qu’analyser en quelques mots ces deux plaidoyers, dont le calme et la solidité forment un parfait contraste avec la virulence et l’emphase de l’accusation.

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