La Fedeltà dei Vassalli parut en juin
LE VÉTÉRAN DU CHRIST
L’opuscule d’Alphonse aux souverains reste le catéchisme des rois et des peuples qui ne veulent pas sombrer dans le cataclysme universel que la Révolution prépare et hâte de tous ses vœux.
Le saint vieillard suivait avec anxiété les progrès de l’insurrection contre l’Église. Son cœur saignait en voyant les jeunes gens, les dames même, se repaître des écrits impies et immondes du philosophe de Ferney. 11 aurait voulu susciter des écrivains capables de le réfuter, lorsqu’un jour lui tomba dans les mains l’ouvrage de l’abbé Nonnotte, les Erreurs de Voltaire, chef-d’œuvre de raison et de science. Les lecteurs français , fascinés par les sarcasmes de Voltaire, n’avaient ni l’esprit assez droit ni le cœur assez pur pour goûter une réfutation savante et logique de leur grand amuseur, mais les étrangers, moins pervertis, en apprécièrent la valeur. Alphonse admira le savoir de l’auteur, la vigueur de ses raisonnements, et son héroïque courage. Non content d’applaudir ce brave défenseur de la vérité, il conçut aussitôt la pensée, puisqu’il ne pouvait plus combattre, d’encourager au moins ce combattant à continuer la lutte contre l’ennemi de Jésus-Christ. C’est sous cette impression qu’il écrivit au digne prêtre de Besançon la lettre suivante :
« Permettez à un ancien évêque du royaume de Naples de vous adresser ces quelques lignes. Agé de quatre-vingt-deux ans, ma vieillesse et mes nombreuses infirmités m’ont forcé de renoncer à l’épiscopat et de me retirer dans ma congrégation. Or mon unique consolation, en ces derniers jours de ma vie, est de lire les excellents ouvrages que vous avez publiés contre Voltaire. Je rends grâces à Dieu qui m’a fait vivre assez longtemps pour jouir de la lecture de vos œuvres. J’en fais mes continuelles délices, et je me plais à appeler vos livres des livres d’or. Dans chaque article je trouve un savant traité sur les principales maximes de la foi, et des réponses pleines de convenance et de clarté contre les indignes écrits de Voltaire et de ses compagnons , écrits dont chaque page exhale l’hérésie, le mensonge et le blasphème.
« Je voudrais que votre ouvrage sur les erreurs de Voltaire, et le second, plus excellent encore, contre le Dictionnaire philosophique, fussent publiés dans toutes les langues, afin que les fidèles du monde entier pussent les lire. Aussi ai-je mis tout en œuvre pour en augmenter la diffusion. J’ai exhorté les supérieurs des congrégations napolitaines à les faire acheter par tous ceux qui sont sous leur dépendance. De plus, la lecture du bref de Clément XIII, si élogieux pour votre livre contre les erreurs de Vol-
LE SOLITAIRE DE NOCERA
taire, m’a inspiré la pensée de profiter de la première occasion pour supplier le pape Pie VI de vous adresser un autre bref en faveur de votre Dictionnaire anti-philosophique , qui contient d’admirables réfutations du dictionnaire empoisonné de Voltaire.
« Mon intention, en vous adressant cette lettre, ne se borne pas à vous témoigner l’estime que je fais de vos écrits, qui n’ont nullement besoin de mes éloges, car j’ai la grande satisfaction de les voir appréciés à leur juste valeur par tous les savants. Je vous écris surtout pour vous engager à ne laisser passer aucune occasion de répondre aiix infectes productions de ces suppôts du démon qu’on appelle les philosophes. Le ciel vous a doué d’un talent admirable pour combattre leurs infâmes ouvrages, qui ne méritent que le feu, et dont le nombre se multiplie chaque jour au grand détriment de notre jeunesse. J’ai lu beaucoup d’autres livres contre les incrédules, mais je n’en ai trouvé aucun, je vous le dis en toute sincérité, qui réfutât les erreurs courantes avec autant de force et de clarté l. »
L’abbé Nonnotte était plus habitué aux injures qu’aux compliments. La lettre du saint évêque lui arriva comme un beau jour au milieu d’une série de tempêtes. « Elle est si pleine de charité, dit-il dans sa réponse à notre saint, elle respire tant d’amour pour la religion, qu’elle lui semble écrite non par un habitant de la terre mais par un esprit angélique. C’est pour lui une joie ineffable de rencontrer un homme passionné pour les choses divines, plus grand que la dignité dont il est revêtu ; un homme qu’il avait en vain cherché, et qu’il vient enfin de rencontrer. Tous ceux qui connaissent la Théologie Morale de l’évêque de Sainte-Agathe le félicitent de la lettre si élogieuse qu’a daigné lui écrire un auteur de si profonde doctrine, et lui-même se félicite de l’approbation que veut bien donner à ses ouvrages un évêque si capable de les juger. »
Pour répondre aux encouragements de son saint correspondant, l’abbé Nonnotte lui dépeint alors la situation d’un écrivain catholique dans la France de Voltaire. « Vous m’exhortez, dit-il, avec une paternelle affection à continuer de combattre les nouvelles productions de la secte philosophique. J’ai déjà entrepris ce que vous me conseillez. J’ai composé sur les erreurs de Voltaire un troisième volume intitulé T Esprit de Voltaire dans ses écrits > mais pour l’imprimer en France il me faudrait l’approbation des censeurs