‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 132 sur 222 · Lettre du l*r septembre · texte numérisé non relu

Lettre du l*r septembre

LE SOLITAIRE DE NOCERA

porter à l’aimer d’une affection tendre , cordiale , reconnaissante. Heureux serez-vous si dès l’enfance vous l’aimez sincèrement et du fond de votre cœur! Le joug du Seigneur vous paraîtra très doux, et sa sainte loi très aimable. Vous apprendrez ainsi à vaincre les passions déréglées et à combattre les ennemis de votre âme. L’habitude de faire le bien se fortifiera chaque jour en vous, et vous rendra facile et doux ce qui parait aux vicieux pénible et difficile. Aimez donc Dieu, vous que j’appelle mes enfants parce que j’ai pour vous l’affectueuse tendresse d’un père et parce que je voudrais former dans votre cœur le saint amour. Aimez, enfants, le Seigneur Jésus, aimez-le beaucoup, gardez cet amour dans votre cœur avec une sainte jalousie , et par-dessus tout craignez de le perdre. 0 perte incomparable ! perdre Dieu, sa grâce, son amitié, et par là même encourir sa colère et provoquer ses vengeances!

« Pour vous conserver dans le saint amour de Dieu, je vous recommande d’être humbles. L’humble fuit le danger, et si une tentation se présente, il recourt à Dieu avec confiance. L’orgueilleux au contraire se jette dans le péril et tombe dans la disgrâce de Dieu. Sans humilité vous ne ferez aucune action vraiment bonne, ni n’acquerrez une vertu solide et durable. Dieu résiste aux superbes et fait miséricorde aux humbles. Les humbles sont ses amis, et il les regarde toujours d’un œil plein de bonté. Du reste, si vous vous considérez vous-mêmes, loin de vous enorgueillir, vous trouverez facilement cent motifs de vous humilier. Vous appartenez à une famille honorable : mais c’est là un pur don de Dieu. Vous avez au collège des maîtres éclairés, prudents, vertueux : c’est encore un bienfait de Dieu. Vous vivez, je l’espère, dans la grâce du Seigneur : vous le devez uniquement à sa divine bonté. Tout ce qu’il y a de bon en nous est un don de Dieu. Nous en sommes redevables à sa générosité, et ce serait folie de nous en glorifier. Si maintenant vous considérez vos défauts, et c’est tout ce qui vous appartient en propre, vous y trouverez un sujet permanent d’humiliation. Par humilité, obéissez avec amour et reconnaissance à vos supérieurs. Leurs leçons, leurs marques d’affection, leurs corrections, sont également des fruits de leur charité à votre égard. Quelquefois les corrections paraissent dures, mais c’est par bonté que vos maîtres vous les infligent. Obéissez-leur comme à de vrais pères, puisque votre père les a choisis pour le remplacer auprès de vous. Témoignez-leur obéissance, respect, affection, comme à votre propre père. Agissez ainsi pour faire plaisir à Dieu, à votre père, et à moi.

L’ONCLE ET LES NEVEUX

« J’ai appris, non sans peine, que vous vous montriez peu appliqués à l’étude. Oh ! mes enfants, si vous compreniez le mal que vous faites! L’ignorance et l’oisiveté sont deux sources de vices et de péchés. Étudiez donc avec attention, avec application, avec ardeur, pour connaître Dieu, ses bienfaits, ses récompenses, et trouver votre joie à le contempler et à l’aimer. L’ignorant ne connaît point Dieu, et de là sa vie déréglée. Mettez- vous donc sérieusement à l’étude, et faites-moi savoir, avant que je meure, que vous avez tiré profit de mes avis. Me voici au terme de mes jours, et je ne sais si vous me reverrez en ce monde. Gravez donc ces dernières exhortations dans vos jeunes cœurs, et puissent-elles produire les fruits que je désire !

« Aimez Dieu d’un grand amour; étudiez pour mieux connaître ce grand Dieu et l’aimer tous les jours davantage. Comme sauvegarde de cet amour, pratiquez l’humilité et soumettez-vous docilement et affectueusement à vos supérieurs, à votre père, au règlement du collège. Soyez dévots à la sainte Vierge. Je vous laisse sous la tutelle et la protection de cette bonne Mère, à qui je vous recommande de tout mon cœur. Je vous bénis en Jésus-Christ, afin que vous soyez à lui, comme je l’espère, dans le temps et dans l’éternité. »

Cette lettre, si pleine de surnaturelle tendresse, est en même temps un chef-d’œuvre de pédagogie, que feront bien de méditer tous les maîtres et maltresses chargés de la formation intellectuelle et morale de la jeunesse. En trois courts paragraphes Alphonse y révèle le sens, profondément philosophique, des mots qui, dans toutes les langues, servent à exprimer cette formation. Il faut élever, éduquer, instruire l’enfant; mais en quoi consiste cette élévation, cette éducation, cette instruction? Il faut élever l’âme de l’enfant au-dessus de terre, dit Alphonse, lui faire prendre son vol jusqu’à Dieu, qui est son père, et l’attacher inséparablement par l’amour à ce Dieu qui est son principe et sa fin. Pour y parvenir, il faut Y éduquer , educere , c’est-à-dire la tirer de l’égoïsme, de l’orgueil, de la corruption, de tous les vices dans lesquels l’a plongée le péché d’origine, pour la former à l’humilité et à l’obéissance. Enfin il faut Y instruire, c’est-à-dire la pourvoir de toutes les vérités scientifiques et morales qui lui feront connaître, admirer, aimer le Dieu dont toutes les sciences révèlent la grandeur et l’amour.

La méthode d’éducation indiquée dans cette lettre sera toujours celle des vrais éducateurs, des maîtres formés à l’école de Celui qui a dit : Laissez venir à moi les petits enfants. Les autres, les

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partisans de l'école sans Dieu, ne sont pas des éducateurs, mais des déformateurs , qui travaillent à développer dans le cœur de l'enfant la dépravation originelle, le rapprochant de Satan au lieu de l'élever vers Dieu, et nourrissant en lui la haine au lieu de lui inspirer l'amour, si bien que ce petit être, ainsi déformé, sent déjà, à dix ou douze ans, bouillonner au fond de son âme la haine de Jésus-Christ et de l’Église, de la religion et des pratiques de piété, et vomit déjà les plus horribles blasphèmes contre nos mystères les plus sacrés. Alphonse n'a pas connu l'infernale invention de l'école sans Dieu : quels anathèmes il eût lancés à cette race maudite qui ravit les enfants à l'Église pour tuer en eux le Christ Jésus! Et de quelle malédiction le grand moraliste eût accablé les parents qui, de galté de cœur, livrent ainsi leurs enfants au Moloch qui va les dévorer!

Quelques mois seulement après avoir donné à ses jeunes neveux ces magnifiques enseignements, Alphonse, assis dans son fauteuil, méditait et priait comme de coutume. Près de lui priait aussi le père Costanzo. Tout à coup il se tourne vers ce père et lui dit : « Hercule me causera cette année une sensible affliction. » Costanzo n’ajouta pas grande importance à cette parole mystérieuse, mais bientôt on apprit que don Hercule était mort presque subitement le 8 septembre 1780. Dieu avait révélé à son serviteur le coup qu'il voulait frapper : aussi, à la nouvelle de l'accident, se contenta-t-il de lever les mains vers le ciel, sans témoigner aucune espece d'étonnement. Après avoir prié pour son frère, il s’empressa de recommander au tuteur de ses neveux, Pierre Gavotti, de prendre soin de leurs intérêts temporels, et grand soin de leur éducation religieuse. En écrivant sous sa dictée ces recommandations, le père Costanzo lui rappela le pressentiment qu’il avait exprimé trois mois auparavant au sujet d'Hercule. « C’était bien sa mort que vous aviez en vue , lui demanda-t-il , quand vous me disiez que votre frère vous causerait cette année une sensible affliction? » Alphonse mit un doigt sur sa bouche et, sans répondre à la question, continua de dicter sa lettre.

L’avocat Pierre Gavotti souffrait presque continuellement de violentes migraines, qui l’empêchaient de se livrer à ses occupations les plus urgentes. « Vous savez combien je vous suis dévoué, répondit-il au saint évêque, et bien volontiers je veillerai, autant qu’il me sera possible, sur vos deux neveux; mais demandez à Dieu, je vous en prie, qu’il me délivre d’un mal de tète qui me crucifie. — Prenez soin des enfants, répliqua le saint, et Dieu,

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soyez-en sûr, aura pitié de vous. » A la réception de cette missive, Gavotti sentit instantanément son mal disparaître, et n’en souffrit plus jamais la moindre atteinte.

Outre ses deux fils, Hercule laissait en mourant une fille âgée de seize ans, nommée Teresina. C’était l’alnée de la famille. Filleule d’Alphonse, elle s’était vivement attachée à son oncle, qui, de son côté, ne cessait de veiller sur cette âme innocente et pure. Il l'avait placée, tout enfant, dans le monastère des bénédictines de Saint- Marcellin, pour y faire son éducation. Là vivait sa pénitente privilégiée, dona Brianna Carafa, qu’il dirigeait depuis vingt ans, et dont il voulait faire, disait-il, « une princesse du ciel » *. C’est à cette sainte religieuse qu’il confia le soin de sa jeune nièce. Dès ses plus tendres années, Teresina conçut la pensée de se faire religieuse, et s’affermit de plus en plus dans son dessein à mesure qu’elle croissait en âge.

Cependant, à dix-huit ans, elle eut un moment d’incertitude. Soit tentation du démon, soit qu’on lui eût inspiré quelque idée mondaine, elle douta de sa vocation, ce qui affligea notre saint, qui n’avait, lui, aucun doute à cet égard. Il craignit une infidélité envers Dieu et s’efforça, par ses lettres, de vaincre les hésitations de la jeune fille. « Me voilà parvenu à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, lui écrit-il, je ne suis plus bon à rien ; mais toutefois s’il vous manque quelque chose, faites-le-moi savoir, et j’y pourvoirai. De votre côté, n’oubliçz pas de me recommander souvent à Jésus-Christ. Si quelqu’un vous conseille de quitter le couvent et de vous jeter dans l’abtme, c’est-à-dire de vous marier, ne vous laissez pas entraîner, car certainement dès le second jour vous vous en repentiriez. Pensez à sauver votre âme : c’est l’affaire la plus importante et la seule nécessaire. Prenez conseil d’un bon confesseur et d’une sainte religieuse. Je ne cesserai de demander à Jésus-Christ qu’il vous fasse prendre la voie qui vous mènera plus sûrement au port du salut. Demandez aussi pour moi à la sainte Vierge la grâce d’une bonne mort. »

Alphonse avait une cousine au couvent de Saint-Marcellin. Il lui recommanda sa nièce en ternies pressants : « Dites-lui qu’elle ne ge laisse pas illusionner par le monde au point d’être infidèle à Jésus-Christ, car malheureuse serait sa vie, et plus malheureuse sa mort. Elles sont rares aujourd’hui les dames qui vivent dans le monde de manière à faire leur salut. Persuadez-lui surtout de n’a-

1. Les nombreuses lettres spirituelles adressées par le saint à la mère Brianna Carafa formeraient un beau traité de direction & l’usage des personnes éprourées de Dieu.

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bandonner ni l’oraison, ni la communion, ni la lecture des livres spirituels. J’ai bien peur qu’elle n’ait trouvé au couvent quelque suivante ayant le monde en tête. J’avais pensé que déjà elle m’aurait demandé à prendre le voile, mais je commence à craindre qu’on ne lui ôte cette pensée de l’esprit. » Il exprimait les mêmes craintes au tuteur de la jeune fille : « Autrefois votre chère pupille me parlait toujours de sa vocation religieuse, et aujourd’hui elle est muette sur ce point. J’ai bien peur qu’elle ne pense à se marier, c’est-à-dire à se mettre sur le chemin de la damnation. Les femmes mariées se sauvent difficilement aujourd’hui, parce que presque toutes sont entraînées dans le péché par les sigisbées qui les entourent. J'ai prié son confesseur de veiller particulièrement sur sa vocation et je vous prie d’en faire autant, parce que si elle se marie, vu la corruption de notre temps, je la tiens pour perdue. »

Le 23 avril 1781, six mois après la mort de son père, Teresina demanda de nouveau à son cher oncle de prier pour sa vocation. « Je prierai, selon votre désir, lui répondit-il, pour vous obtenir la grâce de suivre votre vocation. Il y a quelques années, du vivant de votre père, vous brûliez, je ne l’ai pas oublié, de devenir l’épouse de Jésus-Christ. Il fut donc un temps où vous étiez bien loin de vous jeter dans le monde. Je prie Notre-Seigneur de confirmer votre volonté de vous donner toute à lui, car au milieu du monde vous ne conserveriez que très difficilement la grâce divine. Ce que je vous dis là, je l’ai dit à toutes les personnes de la noblesse qui m’ont demandé conseil. Le monde est aujourd’hui totalement corrompu. Mon expérience m’a appris que les dames qui le fréquentent perdent ordinairement la grâce de Dieu. Ne délaissez donc pas Jésus-Christ pour le monde, car vous perdriez Jésus-Christ et votre âme. Par la grâce de Notre-Seigneur, tous mes parents, depuis que je suis sur la terre, ont fait une bonne mort, et j’espère les retrouver en paradis. J’espère aussi m’y trouver avec vous. »

Nos lecteurs ne s’étonneront pas du jugement de saint Alphonse sur les dames mariées de la noblesse, qui, selon la coutume de cette époque , avaient presque toutes un sigisbée à côté d’elles. Dans ces conditions le mariage devenait pour un grand nombre un état de damnation. Si saint Paul dit que la virginité l’emporte en dignité sur le mariage, et que par conséquent si on fait bien de se marier, on fait mieux de se consacrer à Dieu par la virginité; cela était mille fois plus vrai dans un monde où l’on faisait du mariage le prélude de l’adultère. On pourrait objecter qu’avec de

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tels principes on arriverait vite à la dépopulation des États, mais il faut répondre avec Manzoni que, vu la propension de l'humanité vers les plaisirs sensuels, la race humaine n’est point exposée à périr par suite de la virginité. Les prédications des saints conduisant à peine au cloître ceux que Dieu y destine, la masse suivra toujours l'attrait de la concupiscence. Et si les États périssent par la dépopulation, il n’en faut pas accuser le grand nombre des vierges, mais les débauches des jeunes gens et les calculs criminels des époux.

Teresina réfléchit sérieusement aux avis de son saint oncle, et ne tarda pas à lui notifier sa résolution bien arrêtée de prendre le voile dans le couvent où elle avait été élevée. Son tuteur l’engageait à attendre sa vingtième année , mais elle répondit qu’elle avait mûrement réfléchi, et que par conséquent tout délai serait superflu. Alphonse lui donna son approbation. « S’il est bon, disait-il, d’arrêter sur le seuil du couvent une simple velléité, il faut ouvrir la porte toute grande à la vraie et ferme volonté, comme on ouvre le port aux vaisseaux désireux d’y entrer. » Cependant il exigea que sa nièce sortit du couvent et rentrât quelque temps dans le monde avant de prendre le voile, afin que, tout à fait libre d’elle-même, elle se dirigeât bien volontairement du côté où Dieu l’appelait. Hais pour que l’épreuve ne devînt pas une tentation, au lieu d& la jeter dans les sociétés mondaines, il la confia aux bons soins de la duchesse de Bovino, dont il connaissait la vertu et la piété. Il n’était pas de ceux qui croient que pour éprouver la force de son tempérament, il faut aller vivre au milieu des cholériques, au risque de gagner la peste. « Si nous la laissions dans la maison de ses parents, écrivait-il à la duchesse de Bovino, ce ne serait que spectacles, soirées, conversations mondaines. On lui donnerait quelque chevalier servant qui lui ferait perdre la grâce de Dieu ou le désir de retourner dans son monastère. »

La duchesse de Bovino consentit à servir de mère à la future novice, qui sortit du couvent le 16 février 1782. Pour tout divertissement, Teresina demanda la faveur d'aller se jeter aux pieds de son saint oncle et de recevoir sa bénédiction. Alphonse n'acceptait qu'à regret la visite des dames, mais cette fois il consentit de grand cœur à recevoir la duchesse et son heureuse compagne. Elles restèrent trois jours à Pagani, jouissant des saintes conversations de l'homme de Dieu. Avant leur départ, il voulut faire un cadeau à sa nièce; mais, pauvre religieux, pensait-il, que puis-je lui donner sans blesser la pauvreté? Il lui remit les Visites au saint Sa -

crement et son livre de la Préparation à la mort . Il y ajouta une relique renfermée dans une petite boite de filigrane, laquelle valait à peine de deux à trois carlins. Teresina remarqua, pendue au mur, une très belle image de Notre-Dame de Bon Conseil et la lui demanda comme souvenir spécial de sa dernière visite. U avait le plus grand désir de la satisfaire , mais pouvait-il donner ainsi ce qui n'était pas à lui? Il en parla au père Villani, qui détacha le cadre de la muraille , et le remit à Teresina. La jeune fille se jeta alors aux pieds de son vieil oncle, qui la bénit avec effusion.

Deux mois après, elle rentrait joyeusement dans son couvent pour y vivre et y mourir. Toute la noblesse de Naples se rendit à la cérémonie de sa prise d’habit. Il n’y manquait que le solitaire de Pagani, celui que Teresina aurait tant désiré d’y voir. « Votre lettre d’invitation, lui écrivit-il, m’a fait verser des larmes. Si Dieu m’avait permis d’assister à votre sacrifice, je n’aurais fait que pleurer de joie, mais il n’a pas jugé bon de m’accorder cette consolation. Je ne cesse de vous recommander à Jésus-Christ. Puisse-t-il vous enflammer de son amour, afin qu’un jour vous soyez admise à le contempler face à face dans le paradis. Je vous prie de me recommander souvent & Notre-Seigneur, suppliez-le de m’accorder une bonne mort, car je crains beaucoup h cause de mes péchés. Je vous bénis de tout mon cœur. Chaque jour, en recevant la sainte communion, je demanderai au bon Jésus qu’il vous unisse toute à lui1. » Dans cette lettre il inséra une petite image de Marie, en recommandant à sa chère nièce de remercier cette bonne Mère et de ne jamais cesser de la prier dans toutes ses nécessités.

Or il arriva précisément que la novice eut grandement besoin du secours de Marie. Peu de temps après sa prise d’habit, il lui survint à la jambe une plaie d’humeur maligne, que les médecins ne tardèrent pas à déclarer incurable, et comme cette infirmité pouvait la rendre inhabile aux emplois du couvent, les religieuses se disaient entre elles qu’il serait impossible de l’admettre à la profession. La pauvre Teresina, qui brûlait de se consacrer à Dieu, se mourait de chagrin à la pensée que cet accident l’en empêcherait. Dans son désespoir elle recourut à son saint oncle, lui expliqua le mal dont elle souffrait, et plus encore la douleur de son âme. Elle n’avait plus qu’une espérance, disait-elle, c’est que par ses prières il obtiendrait une guérison sans laquelle elle devrait né-

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