CHAPITRE VI
AVANT L’ORAGE
Revirement en faveur de l’institut. — Mémoire au roi. — Le décret du 21 août. — Colère du procureur. — La croisade contre les Barbaresques. — Deux morts subites. — Ruine de MalTei. — Comment Alphonse se venge de ses ennemis. — Dernière édition de la Théologie morale. — Pluie miraculeuse. — Une éruption du Vésuve.
La haine et l'amour ne s'endorment jamais. Pendant que le saint évêque, mu par la divine charité , consolait ses frères persécutés, pleurait sur les malheurs de l'Église, et dirigeait les membres de sa famille vers la céleste patrie, ses ennemis continuaient à poursuivre sans relâche la ruine de l’institut. Deux ans auparavant, à la suite de son mémoire justificatif, ils avaient sollicité et obtenu la remise du procès Sarnelli. Depuis ce temps, ils dressaient de nouvelles batteries, cherchaient des appuis auprès des ministres, et se préparaient avec ardeur à la lutte finale. Le procureur de Leon y mettait d'autant plus d’animosité qu'après son réquisitoire, devenu public, il lui fallait gagner sa cause ou passer pour un vil calomniateur.
Le père Majone surveillait à Naples les agissements des adversaires, et rendait compte au recteur majeur des événements favorables ou défavorables à la cause, et surtout des dispositions de la cour. Le 17 avril 1779, il reçut cette réponse : « Laissons à Jésus-Christ le soin de nous défendre. Il a fait des miracles durant ces persécutions, et il ne permettra pas que son œuvre, si utile aux âmes, soit détruite. De la Calabre, de laPouille, de la Basilicate, de Bénévent, de la Sicile, de la Romagne, je reçois les rapports les plus attendrissants sur les travaux de nos pères. Dieu soit à jamais béni ! » De fait, l’horizon paraissait moins sombre. Depuis que le marquis de Sambuca dirigeait la politique, les ministres dévoués à l’institut,
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comme de Marco, s’exprimaient plus librement au conseil en faveur des missions et des missionnaires. La noblesse en général se montrait révoltée des violences du procureur de Leon. Deux personnalités très influentes , le maréchal Pignatelli et la duchesse de Montecalvo, prenaient ouvertement la défense de la congrégation, ce qui faisait dire au saint évêque : « Je n’aurais jamais imaginé que le Seigneur nous eût ouvert cette voie. Qui sait s’il ne veut pas se servir de ces illustres personnages pour nous rendre la paix, tout en leur procurant le mérite d’une bonne œuvre? Je me sens beaucoup plus mal, mais je mourrai content si, par la grâce de Dieu et la protection de Marie , je puis voir avant de mourir la fin de cette tourmente. » En même temps, les évêques adressaient aux ministres de véritables plaidoyers en faveur de l’institut menacé : « Si le baron Sarnelli et le procureur de Leon, écrivait Alphonse, nous représentent comme des êtres inutiles , plus de trente prélats, dont les noms figurent dans les pièces du procès, s’élèvent contre le décret de suppression que réclame le procureur, et cela au nom des intérêts de Dieu et du salut des âmes. »
Fort de tous ces appuis et conseillé par ses amis de la cour, il résolut de prévenir la réouverture du procès et de s’adresser directement au roi pour lui faire remarquer l’inconsistance des délits qu’on lui reprochait relativement au gouvernement extérieur de la congrégation. On l’accusait en effet d’avoir violé le décret de 1752 parce qu’il avait établi des supérieurs locaux, un noviciat, et un studendat : dans un mémoire très court, simple résumé de sa réponse au procureur, il montra qu’en attribuant au roi catholique la pensée d’établir une société de missionnaires sans supérieurs pour les diriger, sans noviciat pour les recruter, et sans studendat pour les instruire, c’était imputer au roi Charles III la plus ridicule des absurdités.
Lejeune roi, qui ne manquait pas de bon sens, accepta les conclusions du mémoire, et ordonna au marquis de donner satisfaction au suppliant. En conséquence, le 2i août 1779, le ministre écrivit au saint fondateur : « Ayant mis sous les yeux du roi les observations de Votre Seigneurie Illustrissime contre les accusations d’ennemis qui ne tendent à rien moins qu’à détruire la congrégation placée sous votre direction, Sa Majesté m’a chargé de répondre à votre mémoire, et voici sa royale volonté : Vu l’autorisation donnée par son auguste père aux missionnaires dont vous êtes le chef, de s’établir dans les quatre maisons de Ciorani, Nocera, Caposele et Iliceto ; vu son intention de perpétuer cette œuvre excellente des
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missions : Sa Majesté agrée que chacune des maisons susdites soit dirigée par un supérieur qui veille à Tordre intérieur et préside à la distribution des offices. Sa Majesté approuve aussi qu'en vue d’assurer sa perpétuité, la congrégation reçoive des jeunes gens et leur donne Tinstruction requise pour remplacer les missionnaires chargés d'années, ou exclus de l'institut. »
En approuvant son gouvernement extérieur, le décret donnait à la congrégation une certaine existence légale. Alphonse le reçut comme une bénédiction du ciel. « Gloria Patri et Filio et Spi ritui sancto! s’écriaiL-il en répondant au père Majone. Le père Cimino m'a lu la pièce officielle : je veux dire trois messes en actions de grâces. Remercions de tout notre cœur Jésus et Marie, à qui j’avais recommandé cette aflaire d'une manière spéciale. Encore une fois, je vous le répète, je mourrai content si Jésus et Marie me donnent de voir enfin la paix rendue à nos maisons. »
La décision du monarque ne terminait pas le procès, mais elle enlevait aux adversaires la moitié des arguments qu’ils tiraient du décret de 1752, et démolissait en partie le réquisitoire du procureur de Leon. Celui-ci frémit de colère en apprenant cette nouvelle inattendue. Il se demandait à quelle secrète influence avait cédé le roi. « Si le grand-duc de Toscane, disait-il, était venu ici intercéder en personne, il n’aurait pas obtenu de la cour la faveur qu'a su lui arracher cette maudite prêtraille, questi pretazzuoli . » Il n’en fut que plus déterminé à user de tout son crédit pour ruiner la congrégation. S’il ne pouvait plus taxer d'illégalité le gouvernement extérieur, il lui restait une arme terrible : l'illégalité certaine, selon lui, de la constitution intérieure de l'institut. Le roi Charles III avait formellement prohibé l’érection d’une nouvelle congrégation religieuse : or comment s'y prendrait-on pour prouver que la règle de Benoit XIV, basée sur les trois vœux de religion, ne constituait pas une congrégation religieuse? En dépit de toutes les influences, jamais le roi ne foulerait aux pieds cette loi édictée par son auguste père. Cette pensée le consola ainsi que son client Sarnelli, mais cependant ils crurent prudent d’attendre un moment plus favorable pour rouvrir le procès.
Quelques mois après le décret du 21 août, le roi Ferdinand montra par un nouvel acte la haute estime qu’il avait de la congrégation. A cette époque, les papes soutenaient encore la croisade contre les Sarrasins, non plus de Palestine, mais des côtes barbaresques. Ces pirates africains erraient sur les côtes d’Espagne et d'Italie, s'emparaient des pêcheurs, des paysans, des marins
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surpris sur les navires marchands, et les réduisaient en esclavage, aa grand désespoir de leurs familles et au grand péril de leur foi. Les papes suppliaient les rois chrétiens d'armer des vaisseaux et de surveiller les côtes de leurs royaumes, afin d’empêcher ces brigandages. Ils engageaient les fidèles à se liguer pour cette sainte croisade et à contribuer de leurs deniers à l’armement des navires et à l’entretien des soldats. En échange des aumônes ils accordaient de nombreuses indulgences et la dispense, à certains jours, du jeûne et de l’abstinence. Or le roi de Naples, dont les sujets étaient fort exposés aux incursions des musulmans, ayant obtenu du pape Pie VI la faculté de faire prêcher la sainte croisade dans son royaume, choisit à cet effet la congrégation du Très Saint- Rédempteur.
Le 22 octobre 1779, Alphonse reçut donc du marquis de Sambuca la lettre suivante : « Les travaux incessants auxquels se livrent vos missionnaires en vue d’instruire les fidèles et de les former à la pratique de la vraie piété, le zèle ardent avec lequel ils répandent partout les principes de la saine morale relativement aux devoirs des citoyens et des chrétiens, ont déterminé Sa Majesté à leur confier l’importante mission de prêcher la croisade, laquelle du reste n’a d’autre but que le salut des âmes et le bien de l’État. Sa Majesté désire que cette œuvre soit entreprise et soutenue par le zèle de vos missionnaires, et que par conséquent, en votre qualité de recteur majeur, vous les chargiez expressément, au nom du roi, d’expliquer dans leurs missions, le plus souvent qu’ils le pourront, les indulgences et autres grâces énumérées dans la bulle. Ils exposeront en même temps aux fidèles vassaux de Sa Majesté comment notre marine a besoin d’un indispensable subside pour repousser les continuelles agressions des mahométans, agressions qui causent le plus grand tort à l’Église et à l’État. Sa Majesté me charge enfin de vous dire qu’en retour des heureux résultats dus au travaux de vos missionnaires, elle saura vous donner en temps et lieu des témoignages de haute satisfaction. »
On comprend la joie que dut éprouver le saint fondateur en recevant cette royale missive, si flatteuse pour sa congrégation. Il s’empressa de la communiquer à ses frères par une circulaire dans laquelle il leur expliqua les motifs de la croisade et les moyens à prendre pour répondre aux désirs du roi. « Notre pieux et religieux monarque, disait-il, ne demande pas autre chose que la réalisation du but poursuivi par notre institut, qui est d’instruire les
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peuples de leurs devoirs envers Dieu et le prince, envers le prochain, et envers eux-mêmes. Au moyen d’une aumône volontaire, déposée dans les mains du roi pour augmenter les forces maritimes, nos pacifiques croisés empêcheront les progrès des infidèles qui infestent nos côtes, soutiendront l’honneur de notre sainte religion en tenant les fidèles éloignés de tout péril d’apostasie, procureront la paix et la tranquillité de l’État, mettront en sûreté les biens, la liberté, la vie d’un grand nombre de leurs concitoyens, et, ce qui vaut plus encore, se délivreront eux-mêmes, en gagnant de nombreuses indulgences, des dettes contractées par leurs péchés. »
En conséquence , il prescrivait aux supérieurs d’entrer avec zèle dans ce pieux dessein. A l’occasion des missions et autres exercices spirituels, les pères devaient expliquer, sous forme d’instruction catéchistique, les motifs de la croisade contre les Barbaresques, les indulgences et autres privilèges attachés à cette œuvre, et recueillir les aumônes des fidèles. « Mon grand âge, ajoutait Alphonse, m’empêche de participer à cette œuvre importante : je ne puis qu’implorer du Seigneur les secours qui vous sont nécessaires, et le prier de bénir vos travaux apostoliques. »
Dieu les bénit en effet, car il y eut dans le peuple un magnifique élan pour la croisade. Les prédications prirent la forme d’un jubilé, de sorte que les populations, en se purifiant de leurs péchés, se prémunirent contre le démon plus encore que contre les musulmans. Le roi témoigna au saint fondateur toute sa satisfaction, ce qui contribua grandement à mettre en honneur la congrégation si longtemps décriée et menacée.
Il y avait vraiment de quoi exaspérer le procureur de Leon. Le décret approbatif du 21 août l’avait déjà mis hors de lui; cette marque de confiance du roi, la promesse de donner aux missionnaires des preuves de sa munificence en retour des services rendus par la prédication de la croisade, achevèrent de le désespérer. « O bizarrerie du pouvoir! s’écriait-il : vraiment il ne manquait plus que d’authentiquer par des récompenses la reconnaissance d’un scandale qui ruine et l’Église et l’État. » A tout propos il s’élevait contre les ministres qui publiaient de pareils décrets et compromettaient ainsi gravement l’issue du procès engagé contre la congrégation ; et comme les délais demandés tournaient à son désavantage, il résolut, de concert avec l’avocat de Sarnelli, d’insister près de la cour pour que la cause fût immédiatement plaidée. Mais ils comptaient tous deux sans le Dieu qui se venge des contempteurs de la justice et des oppresseurs de la faiblesse. L’avocat et
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le procureur, tous deux à la fleur de l’âge, furent cités subitement au tribunal du souverain Juge pour rendre compte de leur conduite. L’un mourut en sortant du bain sans avoir le temps de recevoir les sacrements; l’autre fut trouvé mort dans son carrosse au retour d’une promenade. Le pauvre Sarnelli, privé de ses deux appuis, remit à plus tard la continuation de ses injustes poursuites.
Dieu avait déjà montré, par le châtiment d’un autre persécuteur, qu’on ne travaille pas impunément à ruiner les œuvres des saints. Nos lecteurs n’ont pas oublié le fameux Maffei, le potentat d’Iliceto, l’allié de Sarnelli dans ses luttes contre la congrégation. A force de procéder contre les pères et contre la commune révoltée de ses vexations, Maffei s’était ruiné de fond en comble. Il mourut en 1778, laissant des dettes considérables et six enfants sans moyens d’existence. C’était l'accomplissement de la prédiction du vénérable évêque de Bovino : t Le temps viendra où l’on dira : Qu’est donc devenue cette famille si puissante et si orgueilleuse? »
Veut-on savoir qui recueillit et sauva de la misère les pauvres orphelins? Tannoia va nous l’apprendre. « On a connu dans tout le royaume, dit-il, la terrible persécution que notre institut eut à souffrir durant vingt années de la part du puissant gentilhomme François-Antoine Maffei. Cet homme mourut en laissant deux fils, deux filles novices dans un couvent où, faute de dot, elles ne pouvaient faire profession, et deux autres plus jeunes à la maison, avec trente mille ducats de dettes. Et comme j’écrivais au serviteur de Dieu que j’étais en mesure de venir en aide à ces enfants abandonnés, il me répondit : « Tout ce que vous pouvez faire à l’avantage des enfants de Maffei, faites-le. » Or pour débrouiller leurs affaires, je devais prendre beaucoup de temps et demeurer souvent hors de la maison, ce qui me donnait beaucoup de scrupules. Je lui exposai le cas, et il me répondit le 8 octobre 1779 : « Mon cher Antoine, quant aux affaires que vous avez à traiter et que vous mentionnez dans votre lettre relativement aux intérêts des fils Maffei et à la profession religieuse des filles, je vous donne toute liberté. Agissez sans scrupule, car il s’agit de la gloire de Dieu : c’est ainsi que je l’entends. » Ayant ensuite appris que, grâce à mon intervention, le prince de Castellaneta avait consenti à ne pas séquestrer les biens meubles appartenant aux fils Maffei, non seulement il s’en réjouit, mais il écrivit au prince pour le remercier de cet acte de charité. Il écrivit aussi au baron Terza, qu’il ne connaissait nullement, pour le remercier de s’être porté
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garant, sur ma recommandation, devant les créanciers de cette pauvre famille. Vers la fin de décembre je me rendis à Nocera, et aussitôt qu'il m'aperçut, il me dit avec une sollicitude toute paternelle : a Comment vont les enfants Maffei? » Et il ne se sentait plus de joie quand je lui appris que les deux garçons étaient placés, que les deux aînées des filles avaient fait profession, et que les deux plus jeunes étaient entrées comme éducandes dans le même monastère {. »
De fait le bon et charitable père Tannoia, qui avait été, pendant vingt ans, le souffre-douleur des deux Maffei, oncle et neveu, sauva d'une ruine complète cette famille tombée. Il mit à contribution par son influence des personnes généreuses de Naples et de la province, employa mille industries pour désarmer les créanciers trop pressés de se faire payer, éteignit en quatre ans une dette de trente mille ducats, et finalement assura l’existence des six enfants abandonnés, le tout avec le concours empressé d'Alphonse, qui depuis vingt ans tremblait à chaque instant, grâce à Maffei, de voir s’écrouler sa congrégation.
Les enfants du persécuteur, dont Tannoia avait ainsi pris volontairement la tutelle, le regardaient comme leur père ; témoin cette lettre du fils aîné, Joseph, datée du 17 juin 1779 : « Père vénéré, aussitôt après avoir reçu votre avis, je me suis rendu chez don Angelis qui, sur votre recommandation, m’a remis les deux cents ducats en question. Je ne puis vous dire combien je souffre de vous savoir malade. Le bon Dieu, je l’espère, vous rétablira bien vite. Mon frère et moi, ainsi que mes quatre soeurs, nous vous conserverons une reconnaissance éternelle, et nous ne cesserons de prier pour Votre Révérence, car seul vous nous avez aimés, seul vous nous avez soutenus dans notre infortune, et avec une bonté qui surpasse même celle du père que nous avons perdu. » Ainsi se vengent les saints, selon cette parole du divin Maître : Aimez vos ennemis, et faites du bien à ceux qui vous persécutent.
Alphonse profita de ces jours d’accalmie pour réparer les avaries de son navire. La tourmente, sans réussir à faire sombrer la congrégation, l’avait toutefois quelque peu désemparée. Les liens de la vie commune s’étaient relâchés. Quelques-uns, croyant à une dissolution prochaine, faisaient moins de cas de l'observance régulière. D'autres attendaient dans leur famille le décret royal qui devait, disait-on, licencier sous peu de jours tous les membres de
1. Procès de Sainte-Agathe, fol. 1186. — Procès Apostol., fol. 535.
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l’institut. Alphonse envoya une circulaire aux supérieurs, dans laquelle il dénonçait ces abus et leur enjoignait d'y mettre ordre. « Le roi, disait-il, ne tient aucun compte des accusations de nos ennemis : nous n’avons donc pas à craindre le recours de quelques malintentionnés. Je veux en conséquence que tous soient astreints à l’exacte observance de la règle. Chacun de nous Fa embrassée librement, et d’ailleurs nous ne retenons personne de force. Donc prudence et fermeté avec tous, point de faiblesse au préjudice de la régularité et au scandale des communautés. * Certains pères trouvèrent le joug trop pesant et rentrèrent dans leurs familles. Le saint déplora leur défection, tout en bénissant Dieu d’en avoir débarrassé la* congrégation. Aux trembleurs qui avaient pris la fuite au lieu d’attendre les expulseurs, il donna quinze jours pour réintégrer leurs cellules, sous peine d’exclusion. Ainsi furent réparés, grâce à sa fermeté, les maux causés par ces longues années de troubles et de persécutions.
En cette année 1779, qui fut décidément l’année des consolations, Alphonse eut aussi la joie de publier la huitième édition de sa Théologie morale . Dans ces dernières années, à l’occasion de ses discussions avec le père Blasucci, avec l’abbé Magli, avec le procureur de Leon, il avait établi plus clairement que jamais son système de l’équiprobabilisme, et levé toutes les équivoques qui auraient pu l’obscurcir encore. Il était donc heureux de donner au public une nouvelle édition de son œuvre qui réalisait tous ses désirs. En l’envoyant à son éditeur Remondini , il écrivait : « Cette Morale a maintenant atteint la perfection que je désirais. Vous me procurerez, je l’espère, la satisfaction de la voir publiée avant que j’entre dans l’éternité. » Lorsqu’il en eut reçu les premiers exemplaires, il chantait ainsi son Nunc dimittis : « Maintenant je mourrai content. Je crois vraiment que je serais mort avec peine si je n’avais pu voir de mes yeux cette œuvre terminée. Je ne sais vraiment comment remercier Dieu et le bon éditeur qui m’a si bien secondé dans mes travaux1. » Alphonse vécut assez longtemps pour voir encore l’édition suivante, la neuvième, qui parut en 1785, mais en tout semblable à celle de 1779, laquelle avait comblé tous ses vœux.
Si donc l’on veut connaître le vrai système de saint Alphonse, ce sont ces deux dernières éditions qu’il faut consulter. Là se trouve sa pensée définitive, et ce n’est pas peu dire quand il s’agit d’un