Lettre du 16 avril
LE SOLITAIRE DE NOCERA
sans mot dire les injustices et les imputations calomnieuses de certains consulteurs; j'étais même décidé & ne pas rompre ce silence, content d'avoir pour moi ma conscience et Dieu ; mais, à force d'inventions, on a lassé ma patience. Afin de mettre un terme à cet état de choses, je demande aux supérieurs de se rappeler l'article de la règle qui prescrit d'assembler le chapitre général tous les neuf ans. Depuis 1764 le chapitre n'a pas été convoqué, mais les raisons qu’on a pu alléguer pour le différer n'existent plus. Là on verra ceux qui ont rendu service à la congrégation et ceux qui lui ont été nuisibles. J'avais d'abord pensé recourir au souverain pontife pour lui signaler les abus introduits dans l'institut et lui en désigner les auteurs, mais j'obtiendrai les mêmes résultats par le moyen du chapitre général. »
Cette lettre révèle un ambitieux qui se croit plus capable de gouverner que le recteur majeur et tout son conseil. Il sait parfaitement que, depuis dix ans, au milieu des procès qui menaçaient l'existence même de la congrégation, il eût été absolument impossible de convoquer un chapitre général. Comment le gouvernement aurait-il toléré cet acte d’autorité du recteur majeur, quand il ne lui reconnaissait pas même le droit de nommer des recteurs locaux? Et comment, même après le décret du 21 août 1779, qui reconnaît les supérieurs locaux, comment délibérer en chapitre sur une règle non approuvée par le roi, qualifiée même de délit dans un procès encore pendant? N'importe : le père de Paule réclame un chapitre, qu'il sait impossible, et cela pour dénoncer les abus introduits par ses supérieurs, c'est-à-dire par des saints comme Alphonse, Villani, Mazzini. Le grand abus qu'il ne peut leur pardonner, c’est d'occuper la première place, et de le laisser à la seconde.
Quelque temps après, il ne craignit pas d’adresser un mémoire contre ses supérieurs au prélat Zuccari, pro-secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers. C’était pendant les négociations de Majone avec le grand-aumônier, alors qu’on faisait toutes sortes de suppositions sur cette affaire. Un des amis de François de Paule lui écrivit de Pagani que, d'après certains bruits assez répandus, le but principal du négociateur était d’arranger avec le roi la succession de de Liguori. Celui-ci donnerait sa démission de recteur majeur, et nommerait pour le remplacer un des consulteurs actuels, ce qui perpétuerait le régime sous lequel on vivait depuis longtemps. Il n'y avait là qu'une vaine rumeur ; mais cela suffit pour
déterminer François de Paule à recourir à Rome, comme il en avait « 7
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menacé Villani. Il exposa donc à Zuccari ses griefs contre les supérieurs de la congrégation. Reprenant la thèse révolutionnaire soutenue par quelques députés au chapitre de 1764, il affirmait « que depuis l'épiscopat de M** de Liguori, il n’y avait plus d’autorité légitime. Sans doute le pape avait confirmé l’évêque de Sainte-Agathe dans sa charge de recteur majeur sur la demande des consulteurs et des sujets, mais cette demande n’émanait pas d’un chapitre convoqué à cet effet, ce qui lui paraissait un cas de nullité. Le chapitre de 1764 avait bien validé et confirmé dans leur charge le recteur majeur et ses consulteurs, mais cette assemblée elle-même était illégitime et par conséquent ses décisions nulles, pour des raisons, dit François de Paule, qu’il serait trop long d’expliquer. Il fallait donc un nouveau chapitre pour légitimer les supérieurs. » Avec plus de franchise, le plaignant aurait dit : pour remplacer les supérieurs.
Arrivant ensuite au grief principal, il affirmait que « MRr de Liguori, poussé par ses consulteurs, sollicitait du roi la faculté d’élire lui-même son futur successeur, au mépris de la règle qui stipule le mode d’élection du recteur majeur. Certains sujets s’étaient permis de lui faire là-dessus des représentations, mais on leur avait répondu de sa part que les réfractaires aux ordres du monarque seraient exclus de la congrégation. » En preuve de cette calomnie, François joignait à sa dénonciation une lettre confidentielle d’un de ses amis, qu’il disait bien informé, puis il ajoutait : « Que les pères du royaume acceptent s’ils le veulent les règlements royaux ; ici, dans l’État pontifical, nous ne connaissons que les règles du pape. »
Comme conclusion, il réclamait un chapitre général, au moins pour les quatre maisons des États, c’est-à-dire le démembrement de la congrégation. Les quatre maisons des États pontificaux seraient séparées de celles du royaume, avec faculté de se choisir un supérieur selon le mode déterminé par la règle; tout cela, bien entendu, pour la plus grande gloire de Dieu : « L’assicuro che V affare è di somma gloria di Dio. » Afin d’arriver plus sûrement à ses fins, il conseille au prélat d’agir en secret, sans autre information que son propre rapport. Si cependant, dit- il, la congrégation des évêques et réguliers exige une enquête avant de donner son rescrit, qu elle veuille 'bien s’adresser à l’évêque de Sora et non à l’évêque de Veroli, car celui-ci mettrait le feu partout et empêcherait l’affaire d’aboutir.
François de Paule écrivit cette lettre le 23 janvier, plusieurs jours
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avant l'apparition du règlement. Ainsi le saint vieillard était accusé à Rome d'attentat à la règle avant que personne eût connaissance de l'infidélité de Majone, alors qu’Alphonse protestait de toutes ses forces n'avoir eu d’autre but que de faire approuver par le roi la règle de Benoit XIV. Sur un simple ouï-dire, François de Paule le dénonce à Rome, lui attribue des plans insensés, et demande la division de la congrégation. On voudrait, par respect pour un religieux d’ailleurs si méritant, pouvoir attribuer cette inexplicable conduite à un zèle aveugle pour l’observance, mais il faut avouer que sa supplique respire moins le zèle de la gloire de Dieu que l'esprit de rancune et d’ambition. Zuccari comprit si bien la gravité de cette affaire qu'il refusa de s’en charger. « Si vous voulez introduire cette cause, répondit-il à François de Paule, adressez-vous à un autre que moi. » Et en effet le mémoire ne parvint point à la sacrée congrégation par son intermédiaire.
Le père de Paule demandait donc la division de la congrégation avant même de connaître les altérations que la règle avait subies. L’édit royal favorisait merveilleusement son plan; aussi dès son apparition regarda-t-il la scission comme consommée. Les pères du royaume suivraient le règlement imposé par le roi, tandis que les pontificaux resteraient inébranlablement attachés à la règle de Benoît XIV. Les deux régimes, substantiellement différents, constitueraient deux congrégations, qui auraient chacune leur gouvernement particulier. François de Paule n'eut pas de peine à faire prévaloir ces idées dans les maisons de l’État pontifical, caries pères, saintement attachés à leurs constitutions, auraient consenti à tout plutôt que d’en accepter d’autres. Aussi la circulaire du recteur majeur prescrivant à chaque maison de nommer deux députés pour examiner et réformer le règlement, fut-elle assez mal accueillie dans les États pontificaux et particulièrement à Frosinone, car le succès de l’entreprise eût fait échouer la division rêvée par François de Paule et Leggio. On répandit aussitôt le bruit qu’on poursuivait une chimère, que jamais le roi ne reviendrait sur le fait accompli, et que si le recteur majeur convoquait une assemblée, c’était pour imposer la soumission aux ordres du souverain. De là des défiances envers les supérieurs, même chez les meilleurs sujets; de là des craintes que la future assemblée n’exigeât de tous l'abandon de la règle. On se demandait même si l’on pouvait en conscience participer à ce qu’on appelait déjà un conciliabule. Alphonse fut obligé de commander au nom de l’obéissance à certaines maisons des États, de
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procéder à l'élection des deux députés qui devraient se rendre à l'assemblée.
On voit par ses réponses à divers membres de la congrégation combien les sujets étaient attachés à leur règle. Il écrivait le 12 avril au recteur d’Iliceto : « Envoyez au plus vite les deux pères désignés pour dirimcr les difficultés survenues dans ces derniers temps, ou plutôt pour confirmer l'ancien système, per confermare il sistema anlico , car tous sont fermement résolus à le maintenir pour ne pas couper en deux la congrégation. » Le même jour il répondait au père Leggio, qui, pour favoriser la division, vantait rattachement des pontificaux à la règle : « Vous avez parfaitement raison de vous attacher de toutes vos forces à cette sainte règle qui a jusqu'ici conservé notre congrégation. Le démon voudrait la détruire, mais Jésus nous aidera à la maintenir. Si le roi ne consent pas à en sanctionner toutes les dispositions, parce que certaines, les vœux de religion, par exemple, sont opposées aux lois de l’État, il y aura quelques divergences extérieures, mais nous maintiendrons dans notre manière de vivre toutes nos anciennes pratiques. 11 ne s’agit donc pas de diviser la congrégation du Très Saint-Rédempteur, mais de maintenir l’unité par la conservation du même régime intérieur, quelles que soient les divergences extérieures nécessitées par les édits royaux. »
Or à Frosinone l’on était si aveuglé par la passion et si préoccupé d’arriver à la division, que François de Paule et Leggio trouvèrent dans cette lettre d’Alphonse, si explicite en faveur de la règle, la preuve qu’on voulait la détruire* non seulement dans les maisons de Naples, mais dans celles des États pontificaux. Leggio l’envoya à la congrégation des évêques et réguliers à l’appui d’une nouvelle supplique en faveur de la division : « Depuis quelque temps, osait-il écrire, les maisons du royaume de Naples ont altéré notre règle par de nombreuses variantes qui en détruisent les prescriptions et abolissent en particulier le vœu que faisait chaque sujet de persévérer jusqu’à la mort dans la congrégation. Cette nouveauté a produit les plus graves désordres, et ce qui est plus terrible encore, il est maintenant question d’imposer aux maisons des États le règlement qui déjà s’observe dans les maisons du royaume. Une assemblée générale, élue par des procédés illégaux, va se réunir à cet effet. Absolument opposé à ces innovations, le suppliant recourt à Vos Éminences pour les prier d’ordonner qu’au moins dans l’État pontifical soit maintenue et observée, sans aucun changement, la règle approuvée par Benoit XIV. »
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Il résulte de ce document qu' Alphonse est accusé par Leggio d'avoir imposé le règlement royal aux maisons du royaume de Naples, au moment même où le saint en a suspendu l'exécution et convoqué une assemblée pour en réformer les dispositions; et secondement, qu’il est accusé de vouloir l'imposer aux maisons de l'État pontifical alors qu'il déclare à Leggio lui-même que « les maisons des États doivent s’attacher de toutes leurs forces aux anciennes pratiques, quand bien même les napolitains seraient obligés d'accepter, par égard pour les édits royaux, certaines divergences, non pour le régime intérieur, mais quant à la forme extérieure. » Comme François de Paule, Leggio s’appuie sur son amour de la règle pour légitimer sa dénonciation ; mais se peut-il que l'amour passionné du bien obscurcisse l’intelligence jusqu’à inspirer des calomnies notoires au préjudice des supérieurs, et même d'un saint vieillard connu de tous par son zèle pour l'observance et son dévoûment au Saint-Siège?
Le 15 mai, les députés de chaque maison se trouvaient enfin réunis à Pagani, sauf ceux de Frosinone, dont l'un était le trop fameux Leggio. Ces deux opposants n'arrivèrent qu'après la première session, et refusèrent du reste de prendre part aux délibérations. Leur siège était fait et leur résolution bien arrêtée. Sans participer aux scrutins, ils s'efforcèrent par leurs insinuations d’empêcher toute réforme du règlement afin de rendre la scission nécessaire entre les napolitains et les pontificaux. Quant aux autres membres de l’assemblée, tous voulaient comme Alphonse conserver la règle de Benoit XIV; tous étaient pleins d'indignation contre les deux négociateurs qui l'avaient altérée, et même contre certains autres consulteurs qu’on soupçonnait à tort de complicité. Tannoia, croyant par erreur que Majone intriguait à Rome pour obtenir du pape l'approbation de son œuvre, avait même écrit à Pie VI pour le supplier de ne pas donner dans le piège. Si l'assemblée fut parfois tumultueuse, si l’on entendit certaines récriminations violentes, il est certain que l’amour de la règle était au fond de tous les cœurs.
Avec ses quatre-vingt-quatre ans, son état de faiblesse et de surdité, Alphonse n'avait plus la force suffisante pour diriger les débats et ne put même faire que de rares apparitions aux séances. Le 18 mars il déclara de vive voix et par écrit que de nombreux articles du règlement y avaient été insérés à son insu , et par conséquent il priait les députés d’examiner, avant toute autre besogne, les réformes à proposer. Conformément à ses instructions, les dé-
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putes dressèrent le catalogue des articles substantiellement opposés à la règle, et il fut convenu que deux membres de rassemblée iraient conjurer le grand-aumônier d'y substituer les articles approuvés par l'Église. Dix points furent notés comme essentiels, et les messagers élus, Barthélemy Corrado et Fabius Buonopane, se rendirent à Naples le 27 mai.
Les pourparlers durèrent presque un mois. Les deux députés s'efforcèrent de prouver à M** Testa la nécessité de réformer le règlement si l'on voulait maintenir la paix et l'union dans la congrégation; mais celui-ci ne cessa d'opposer à leurs demandes l'impossibilité d'obtenir du roi l'approbation de statuts contraires aux lois de l'État. Finalement il leur déclara qu'il se ferait scrupule de changer un iota à ses décisions précédentes, et il les congédia sans leur donner le moindre espoir que la cour revint, au moins pour le moment, sur les ordres donnés.
Quand, à leur retour, les deux messagers annoncèrent leur échec complet , ce fut une véritable consternation; et comme on ne voyait aucun moyen de sortir de l'impasse où l’on se trouvait, chacun se mit à récriminer contre les auteurs d'une situation au bout de laquelle on entrevoyait la ruine de la congrégation. Mais, au lieu de se livrer à ces vaines récriminations, l'assemblée aurait dû se serrer autour de son chef et user des pouvoirs extraordinaires qu'elle avait reçus pour aviser au meilleur moyen de salut. On se trouvait dans la terrible alternative ou de voir disparaître la congrégation ou d'accepter le règlement imposé par le roi ; car le rejeter, c’eût été confesser implicitement qu'on avait suivi et qu'on voulait continuer à suivre une règle religieuse malgré les édits royaux. Il semble que les députés auraient dû penser qu'il n’était pas nécessaire, pour sauvegarder la règle et le respect dû au Saint-Siège, de heurter de front la légalité : il suffisait de continuer à vivre comme on l'avait fait depuis trente ans. La congrégation n'avait pu subsister qu'en acceptant officiellement une situation contraire à la règle. Le décret de 1752 en avait fait une société séculière de missionnaires sous la direction d'Alphonse de Liguori. On ne leur avait jamais reconnu le droit de faire des vœux, ni d'acquérir des biens, ni de posséder des rentes, ni d'avoir plus de quatre maisons, ni de dépenser pour chaque père plus de deux carlins par jour. Toutes ces prohibitions étaient contraires à la règle de Benoit XIV, et cependant jamais personne n’exprima la pensée qu'il valût mieux détruire la congrégation que d'accepter cette situation. Alphonse tenta maintes fois sans aucun succès d'ob-
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tenir l'approbation royale ; il fit même à eet eflet intervenir Benoit XIV auprès du roi Charles III, et le pape, ayant échoué à son tour, lui répondit de manœuvrer comme il pourrait au milieu des écueils. Dans ces derniers temps, le saint vieillard avait obtenu une certaine reconnaissance légale du gouvernement de l'institut, et par le règlement, si discordant qu'il fût d’avec la règle, une approbation de sa constitution intérieure suffisante pour désarmer ses ennemis; fallait-il préférer la mort à cette demi-faveur? N'étaitil pas mille fois plus sage d'accepter, après tant d’autres, cette nouvelle concession , et d'attendre du temps et des circonstances, tout en continuant à vivre comme par le passé, une approbation pleine et entière?
Ces principes de bon sens , les pères des États pontificaux les admettaient quand ils habitaient les maisons du royaume : ils se soumettaient, pour éviter la suppression, aux lois établies. Comme députés à l'assemblée, ils oublièrent absolument la condition précaire de la congrégation à Naples et déclarèrent solennellement qu’ils n’accepteraient jamais d’autre règle que celle de Benoit XIV. C'était faire de l'héroïsme à bon marché, car personne ne leur demandait d’accepter le règlement, puisque, vivant hors de la juridiction du roi, ils n’étaient nullement ses justiciables; et c'est pourquoi Alphonse avait répondu très sagement à Leggio : « Attachez-vous de toutes vos forcep à la sainte règle que nous tenons de l’Église. » Mais il en allait autrement de leurs frères napolitains, qui, tout en observant les pratiques anciennes, devaient, sous peine de suppression , tenir compte du règlement. C’était précisément pour déterminer la conduite à tenir au milieu de ces difficultés qu'on les avait appelés à délibérer.
Les pères des États pontificaux ne se rendirent pas compte de la situation. Tranquilles dans le port, ils ne voulurent pas voir que la barque napolitaine se trouvait entre deux écueils. Au lieu de chercher à sauver leurs frères, ils se répandirent en invectives contre eux. Pendant douze jours, ils mirent à l’épreuve, par des reproches immérités, la patience du saint vieillard qui, cloué sur son fauteuil, les écoutait sans se plaindre. Il avait par ses péchés, disait-il, mérité d'être ainsi traité. Pour conclure, les pontificaux refusèrent de prendre part aux délibérations sur l’acceptation du règlement, d’abord parce qu'ils le croyaient absolument inacceptable, ensuite parce que, pour avoir droit de vote, il leur eût fallu le placet regiam , qu’ils ne voulaient pas demander. Ils resteraient, déclarèrent-ils, simples spectateurs des actes de l’assemblée, afin
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que, si le souverain pontife consentait à les ratifier, ils eussent une connaissance exacte des engagements contractés par les pères napolitains.
Ainsi abandonnés à eux-mêmes, ceux-ci se trouvèrent placés entre la vie et la mort : ou continuer à subsister en donnant un assentiment quelconque au règlement, ou mourir en refusant absolument de l'accepter. Unis de sentiment à leur chef, ils subirent une situation qu'ils n'avaient pas créée, sans toutefois manquer au respect dû à leur sainte règle et à l’Église qui la leur avait donnée. En effet, ils déclarèrent accepter le règlement, mais avec les réserves nécessaires , « lesquelles furent consignées, écrit Alphonse, dans un document particulier souscrit par nous et par les députés à l'assemblée L » Or ces réserves portaient sur les dix points que les députés avaient, d’un commun accord, signalés au grand-aumônier comme contraires à la règle. Ainsi l’a déclaré, sous la foi du serment, le père Lacerra, membre de l'assemblée 2. « Ces dix points ont été réservés, ajoute le père Lupoli, pour être présentés itérativement à l'approbation royale 3. » De plus, l'acceptation n'eut lieu qu'avec cette condition expresse : « Pourvu que ledit règlement soit approuvé par le souverain pontife. » — « Cela, je le jure, dit le docte et pieux père Pavone, par tout ce qu’il y a de plus sacré au ciel et sur la terre, le sachant de science certaine, c’est-à-dire de la bouche même des députés présents. Eux seuls peuvent en témoigner, car la clause ci-dessus énoncée fut purement orale et ne figure sur aucun document 4. » Vu le dogme régalien de l'omnipotence royale, il est facile de comprendre pourquoi les députés ne consignèrent dans aucun écrit cette dernière déclaration.
On se demande comment on a pu transformer un pareil acte en attentat contre les droits du Saint-Siège. En prenant cette mesure absolument nécessaire pour sauver la congrégation, Alphonse et les siens ont témoigné de leur respect profond pour la règle de Benoit XIV, puisque, par les réserves ci-dessus mentionnées, ils en ont sauvegardé toutes les prescriptions; ils ont de plus rendu hommage à l'autorité du souverain pontife, puisqu'ils ont subordonné leur décision à la sienne; et ne peut-on pas ajouter
1. Colle necessarie riserbe, espressate in un altra caria pure sottoscritla di noslra propria mano et degli anzidetti deputati generali. Circulaire du 26 juin 1780.