‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 143 sur 222 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

PROCÈS EN COUR DE ROME

Intervention du pape. — Défense de toucher à la règle. — Lettre d’Alphonse à ce sujet. — François de Paule séparatiste. — Lettre de Blasucci. — Émigration des étudiants d’iliceto. — Défense aux pères des États de passer dans le royaume de Naples. — Enquête de la sacrée congrégation. — Informations des évêques de Yeroli et de Bénévent. — Alphonse envoie deux messagers à Home. — Le fondateur est exclu de l’institut. — Tentation de désespoir. — Sublime résignation.

Pendant qu on délibérait à Pagani sur la question du règlement, le cardinal Caraffa, secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers, s'occupait à Rome des deux suppliques présentées par François de Paule et Leggio contre le gouvernement d'Alphonse. Dans un rapport au pape, empruntant les propres expressions du père de Paule, il apprenait à Sa Sainteté que « M*r de Liguori, à l'instigation de deux consulteurs ambitieux, avait demandé au roi de lui donner une nouvelle règle pour la congrégation dont il était le fondateur, et en même temps l’autorisation de désigner lui-même son successeur. De plus, il avait menacé de chasser de la congrégation tous les sujets qui n'accepteraient pas l'ordonnance royale. En conséquence le suppliant, recteur de Frosinone, demandait pour les quatre maisons des États pontificaux la faculté de conserver l'ancienne règle, de se séparer des maisons du royaume, et de se choisir un recteur majeur. Un autre religieux de cette maison de Frosinone, ajoutait Carafla, après avoir exposé les mêmes griefs, présentait la même requête. Enfin un troisième religieux du Très Saint-Rédempteur avertissait le pape que les deux consulteurs infidèles, après avoir mutilé la règle de leur institut, chercheraient peut-être à extorquer pour leur œuvre une approbation pontificale. » Ce troisième religieux était Tannoia, dont le recours avait pour but d’empêcher Majone de

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tromper le pape, et qui se trouvait ainsi, bien innocemment, associé aux deux calomniateurs de notre saint.

Pie VI était alors fortement irrité contre les autorités régalistes de Naples, qui empiétaient de plus en plus sur les droits de la sainte Église. Cette nouvelle usurpation d’un roi, qui se mêlait de remplacer un code religieux par un autre de sa fabrique, excita son indignation contre Ferdinand et plus encore contre le vieil évêque, assez oublieux de sa gloire passée pour provoquer de pareils actes de despotisme. Immédiatement il donna l’ordre aux deux évêques de Veroli et de Bénévent de maintenir la règle de Benoit XIV dans les quatre maisons de l'État pontifical et de s’opposer à toute innovation. Le 22 juin 1780, le cardinal Caraffa écrivit aux deux prélats : « Sa Sainteté ayant appris que dans l’institut du Très Saint-Rédempteur l’on a fait ou l’on veut faire des changements aux règles et constitutions approuvées par le pape Benoit XIV, vous charge de faire savoir aux membres de cette congrégation établis dans votre diocèse qu’ils doivent absolument observer ces règles et constitutions sans y rien changer. Sa Sainteté veut en outre que vous vous en fassiez remettre une copie, afin de veiller à ce qu’on n’y introduise aucun changement. En cas contraire, vous en donnerez avis à la sacrée congrégation, qui prendra des mesures efficaces pour remédier au mal. »

Alphonse apprit l’existence de cette injonction pontificale quelques jours seulement après la clôture de l’assemblée. Ignorant les recours de François de Paule et de Leggio contre lui, U cherchait en vain à comprendre la raison qui avait motivé la défense intimée aux pères de l’État pontifical. Il écrivit donc au cardinal Caraffa « qu’il remerciait le pape de sa grande sollicitude pour la règle de Benoit XIV, mais en même temps le priait de croire qu’il n’avait jamais été question de changer quoi que ce fût aux prescriptions de cette règle dans les maisons de l’État pontifical. Seulement, ajoutait-il, dans celles du royaume, nous avons dû accepter par ordre du roi certaines modifications qui ne compromettront en rien la substance de la règle. Ces modifications n’intéressent nullement nos communautés de l’État pontifical, où l’on observe et où l’on observera toujours la règle ancienne sans y mêler la moindre innovation. Je prie donc Votre Éminence de ne pas donner audience à certaines têtes échauffées qui voudraient jeter le trouble dans la congrégation 1 . » Ces quelques lignes résument les

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