Supplique du 28 juin
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lières et mettrait fin aux divisions. Les signataires de cette pétition faisaient fausse route , mais leurs intentions étaient pures. Plus tard, quand ils s'aperçurent que toutes ces suppliques aboutissaient à la proscription de leurs frères, ils pleurèrent sur les malheurs dun père qu'ils aimaient de tout leur cœur, et n’hésitèrent pas à flétrir les ambitieux qui les avaient un instant associés à leurs indignes projets.
En même temps qu’il s’assurait ce concours précieux, François de Paule faisait tous ses efforts pour défacher d’Alphonse un religieux dont l’autorité, le talent et les services rendus auraient singulièrement fortifié la cause de la séparation. C’était le fondateur de Girgenti, l’homme de la Sicile, le vaillant et vertueux Blasucci. L’aspirant président espérait d’autant plus le gagner, qu’étant nés de deux sœurs, ils se donnaient le nom de frères et vivaient dans la plus grande intimité. François exposa donc à son parent qu’estimant Alphonse déchu de ses droits depuis l’assemblée de Pagani, il avait demandé au pape de nommer un président des maisons établies dans l’État pontifical. Mais il ne connaissait pas assez la* droiture de Blasucci, tandis que Blasucci connaissait le faible de l’homme qui sollicitait son concours. Le 30 juillet, François reçut de Girgenti une lettre, qu’il n’envoya certainement pas à la sacrée congrégation pour appuyer sa supplique. Nous la donnons en entier, parce qu’elle exprime un sentiment que beaucoup partageaient alors, et qui fut bientôt le sentiment général des membres de l’institut.
« Mon cher frère, j’ai reçu votre lettre du k juillet. Votre récit ne m'a rien appris de bien nouveau. Je ne vois pas quelle nécessité vous pressait d'adresser, au nom de vos communautés, des suppliques à Sa Sainteté en faveur de l’ancienne règle, pour empêcher l’acceptation du règlement royal. Le règlement royal n’a en vue que les maisons du royaume. Le roi n’a jamais conçu la folle pensée de donner des lois en pays étranger. Les maisons de l’État pontifical sont et seront toujours soumises aux règles établies par Sa Sainteté. Vos recours ne servent qu’à discréditer la congrégation à Rome, puisque vous la présentez comme dégénérée. Vous discréditez du même coup vos propres maisons, puisqu’elles sont filles d’un corps malsain. De plus, vous attirez imprudemment sur vous la colère du roi, qui, tôt ou tard, informé de l’ordre donné par Sa Sainteté, obtiendra du Saint-Siège la destruction de vos maisons, parce qu’il ne voudra point avoir dans le voisinage de scs États des religieux qui lui sont hostiles. Tout au moins il vous
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interdira rigoureusement à tous de mettre les pieds dans le royaume, et à nous d'avoir aucune relation avec vous, ce qui vous mettra dans rimpossibilité absolue de vous recruter.
« Une démarche aussi inconsidérée ne peut être inspirée par l’esprit de Dieu. Vous deviez continuer dans les États à observer toute la règle tranquillement et sans bruit, et laisser vos frères du royaume tolérer les quelques altérations qu'on leur imposait, aussi longtemps qu’il plairait au Seigneur de les soumettre à cette pénible épreuve. Après tout, ces nouveautés dont vous faites tant d’esclandre, se réduisent à quelques changements dans le gouvernement extérieur, changements acceptés par nécessité et pour donner un semblant de satisfaction aux autorités napolitaines. Aussi ne puis-je lire sans horreur dans votre lettre ces mots qui me donnent le frisson : « Au mois de septembre nous procéderons à l'élection d’un recteur majeur au lieu et place de M** de Liguori, déchu de tous ses droits, decaduto del suo posto . » Non, non, ce n’est pas l’esprit de Dieu qui vous pousse à briser l’unité pour constituer un schisme!
« Mon cher frère, permettez que je blâme ces impétueux accès de votre humeur violente et irascible, l'inconvenante singularité de vos pensées, et les résolutions précipitées d’un cœur qui s’ouvre trop facilement à de secrètes ambitions. Je suis votre frère, et je souffre de vous voir perdre ainsi le mérite que vous aviez acquis devant Dieu et* devant les hommes en coopérant à la fondation de Frosinone et de Scifelli. Si vous avez agi pour Dieu, n’ayez donc pas l’ambition de poser en fondateur et ne cherchez pas à éterniser votre supériorat. Aspirez plutôt à n'être rien dans la congrégation, à devenir l’humble sujet d une communauté, mais roi de vos passions et grand devant Dieu seul. Rappelez-vous votre vocation si tourmentée et le but que vous poursuiviez en quittant le monde. Tôt ou tard Dieu fera taire tous ces vains bruits, cicatrisera les blessures, et la congrégation, en dépit de l'enfer, sera toujours la congrégation. Je pleure à la pensée que votre nom figurera, dans l'histoire du schisme que vous préparez, comme celui de Donat ou de Jéroboam. Ne vous mettez pas à la tête de quatre supérieurs entraînés par de mauvais conseils, et ne donnez pas au monde l'affreux scandale de vous soustraire à l'obédience de M,rde Liguori, ce saint vieillard constitué par le pape recteur majeur des maisons pontificales selon la règle de Benoit XIV, et directeur des maisons du royaume selon les décrets du roi. Considérez-le sous ces deux aspects, et vous ne direz plus qu’il est déchu de son poste.
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« Vous avez voulu connaître mon sentiment; je vous le transmets très sincèrement et avec la charité dun frère. Je vous parle de sang-froid, à la lumière de la vérité, et sans ombre de passion. Croyez-moi, rentrez en vous-même, et tâchez de ramener doucement à l'unité vos compagnons de schisme. L'observance régulière sera loin d’en souffrir. Après la mort de M** de Liguori, l’admirable Providence de Dieu préparera des événements au moyen desquels tout s’arrangera pour sa plus grande gloire.
« Mon cher frère, ne vous offensez pas de la liberté que je prends avec vous, car je vous aime et vous écris avec amour. Pensez d’ailleurs que je suis votre ainé, car me voilà dans ma cinquante-huitième année. "Consolez-moi, je vous prie, en me répondant que nous restons unis de cœur et d’esprit. Quant à ma communauté, je ne lui dirai pas un mot de tout ceci, pour ne pas la scandaliser. »
Cette lettre est d’un sage et d’un véritable homme de Dieu. Elle fait regretter plus encore qu’Alphonse n’eût pas conservé son auteur à la tête des maisons de la Romagne. Avec son jugement et son expérience, il eût empêché les éclats causés par le règlement. Connaissant les forces du despotisme régalien et les précautions qu’Alphonse avait dû prendre pour éviter les écueils contre lesquels sa barque faillit vingt fois se briser, il aurait toléré , comme il le dit dans cette lettre, ce qu’il ne pouvait empêcher.
Mais François de Paule était-il encore capable d’éntrer dans ces considérations? Emporté par de « secrètes ambitions, » comme le lui reprochait Blasucci, il n’avait plus le sang-froid nécessaire pour comprendre la vérité. De plus, une fois engagé dans une mauvaise voie, difficilement on retourne en arrière. Au lieu de reculer, François fit un pas en avant : il envoya à Rome Leggio en qualité de procureur pour appuyer ses revendications. Du reste , un événement grave vint dissiper les craintes qu’avait pu lui inspirer la lettre de Blasucci.
L’ordre du souverain pontife de maintenir l’ancienne observance dans les États de l'Église et de ne tolérer aucune innovation ne fut pas plus tôt connu des maisons napolitaines que certains sujets se demandèrent s’ils pouvaient en conscience rester dans le royaume, où peut-être, malgré les réserves exprimées dans l'acceptation du règlement, on les forcerait d’abandonner la règle approuvée par l’Église. De ce nombre furent douze étudiants d'Iliceto qui, sous l’empire de cette crainte, passèrent avec leur préfet dans les deux maisons de Bénévent et de Saint-Ange. C'était pour Al-
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phonse la portion chérie du troupeau. Cette désertion lui brisa le cœur. Comme Notre-Seigneur, il se voyait abandonné des siens au jour de la désolation. Sans se plaindre il courba la tête sous la main qui le frappait, mais il comprit dès lors qu’il fallait se préparer aux plus douloureux sacrifices.
En effet, la marche au Calvaire allait commencer. Encouragés par le renfort que leur apportaient ces étudiants, François de Paule et Leggio pressèrent la nomination du président plusieurs fois demandée, et, comme cette nomination souffrait des difficultés, ils supplièrent la sacrée congrégation d'interdire aux sujets des États, jusqu’à la conclusion du litige, de retourner dans les maisons du royaume, fussent-ils appelés par les supérieurs. Un religieux fidèle, dirent-ils, ne doit pas être contraint par des supérieurs illégitimes à rentrer dans une communauté où il serait obligé de quitter sa règle malgré la défense du souverain pontife. Trompée de nouveau par cette supposition aussi fausse que toutes les autres, la sacrée congrégation expédia, le 4 août, aux évêques de Veroli et de Bénévent « l'ordre de ne permettre à aucun sujet des États de rentrer dans le royaume. De plus, ces mêmes sujets étaient affranchis de l’obéissance envers les autorités napolitaines jusqu’au jugement définitif que porterait le pape sur ces mêmes autorités. » On pouvait donc sortir des maisons du royaume comme on sort d’un milieu pestiféré, mais on n'y pouvait rentrer pour ne pas s’exposer à la contagion. Ayant entendu parler confusément des nouvelles dispositions prises par le souverain pontife , Alphonse appela quelques pères de Bénévent et de Saint-Ange pour savoir au juste de quoi il s’agissait. Les pères lui répondirent naturellement qu’il leur était défendu de passer dans le royaume, et que même un décret du pape les avait provisoirement dégagés de l’obéissance envers les supérieurs napolitains.
Le saint vieillard comprit alors que tout était perdu , et que , sans de hautes interventions , la séparation , c'estrà-dire la ruine , allait se consommer. Il s’adressa au cardinal Banditi, qui était son ami en même temps que l’ami du pape, pour lui recommander le vaisseau prêt à sombrer. « Mon cher père et seigneur, lui écrivit-il, après avoir longtemps réfléchi, j’arrive finalement à la persuasion que Votre Éminence peut seule remettre à flot notre pauvre congrégation. Mais pour cela vous devez prendre connaissance de toutes les pièces, et agir comme Dieu vous inspirera. Autrement on ne fera que discuter sans arriver à aucune conclusion satisfaisante. Il est nécessaire, je le répète, que vous ayiez plein pouvoir. Ne tenez
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compte (T aucun document signé par nous, ni de rassemblée, ni des élections qu elle a pu faire, ni de ma charge de recteur majeur, que je résigne dans vos mains. Faites seulement ce qui vous paraîtra le meilleur devant Dieu. Je n’ai qu’un désir, celui de remettre sur pied ma pauvre congrégation. Or voilà l’unique moyen d’y arriver. Ne vous arrêtez pas à écouter celui-ci ou celui-là. Écrivez au pape quel est, à votre avis, le meilleur moyen de ressusciter ce cadavre. En attendant, je prie la bonne Vierge de vous aider à vaincre tous les obstacles. »
Cette explosion de sublime désintéressement, ce cri déchirant d’un père qui veut sauver son enfant, fait penser à l’héroïne du jugement de Salomon. On veut diviser la congrégation : — « Non, s’écrie le saint fondateur, ne la divisez pas, vous allez la tuer. » On veut en avoir la moitié. « Prenez tout, dit-il, je renonce à la charge de recteur majeur. » N’est-ce pas la vraie mère criant à Salomon : « Donnez l’enfant à celle qui le réclame , mais ne le tuez pas? » Déjà, hélas! il était trop tard pour que le cardinal Banditi pût traiter directement avec le pape, car la sacrée congrégation, saisie du recours de François de Paule, examinait s'il y avait vraiment urgence à nommer un président pour les quatre maisons pontificales, et Leggio soutenait l’affirmative avec l'habileté d’un légiste et l’audace d’un avocat qui se sent en faveur auprès des juges.
Les cardinaux en effet inclinaient à entrer dans les vues d’un homme qui paraissait défendre avec le plus grand zèle les droits du Saint-Siège contre ses propres frères. Toutefois la justice commandait de ne rien décider dans une affaire aussi grave sans contrôler les accusations par une sérieuse enquête. La sacrée congrégation demanda donc aux deux évêques de Veroli et de Bénévent des informations sur la question du règlement, leur avis sur l’opportunité de nommer un président, et leur opinion sur François de Paule comme candidat éventuel.
L’évêque de Veroli répondit, le 27 juillet, que, vu les circonstances, il croyait nécessaire de nommer un président pour les maisons des États. « Si la congrégation, ajoutait-il, voulait connaître les raisons de son opinion, elle les trouverait développées dans un mémoire annexé à sa lettre. Quant à François de Paule, il lui paraissait un homme de piété et de doctrine. » Le mémoire en question n’est pas signé, mais il est évidemment l’œuvre du père de Paule. On y retrouve les idées émises plusieurs fois par lui dans ses suppliques, les mêmes expressions, les mêmes faits
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dénaturés, le tout formant un vrai réquisitoire contre Alphonse et ses compagnons napolitains.
On y affirme contre toute vérité que le recteur majeur a composé lui-même, de concert avec Majone et Cimino, le règlement présenté au roi : feceda se col consiglio didue padri, tandis que le saint vieillard n’avait pas assez de ses deux yeux pour pleurer sur l’œuvre des deux consulteurs infidèles. On l’accuse ensuite d’avoir convoqué une assemblée contraire à la règle et forcé au nom de l’obéissance lessujets à y prendre part. Où donc la règle interdit-elle au recteur majeur de convoquer une assemblée extraordinaire dans les circonstances graves qui peuvent se présenter? L’auteur ne craint pas d’ajouter que les députés de l’assemblée auraient voulu ajouter au règlement des dispositions plus mauvaises et plus destructives de la règle1, tandis que les députés ont demandé au grand-aumônier la réforme du règlement sur les points principaux. A tous ces griefs qui ne reposent sur aucun fondement véridique, le mémoire ajoute, à la charge de M** de Liguori, le changement irrégulier des consulteurs; et il se garde bien de dire que tous, napolitains et pontificaux, voulaient éloigner du gouvernement les consulteurs existants, surtout les pères Majone et Cimino. Quant au mode de l’élection, la nécessité le justifie, ainsi que nous l’avons établi.
Les actes allégués par François de Paule sont donc absolument dénaturés. Innocents, si on considère les circonstances dans lesquelles ils se sont produits et les réserves qui les accompagnèrent, ils deviennent coupables si l’on tait ces circonstances et ces réserves. C’est ce que le saint fondateur fit remarquer plus tard au pape lui-même : « Mes compagnons, dit-il, ont articulé contre moi des faits réels, mais ils n’ont dit que la moitié de la vérité : hanno detto il vero ma di mezzo. Ils ont dit que j'avais recouru au roi, mais ils ont tu les raisons qui nécessitaient ce recours ; ils ont dit que j’avais accepté un nouveau règlement, mais ils n’ont pas dit sous quelles réserves et conditions. Peut-être ignoraient-ils la dernière, c’est-à-dire la condition de l’agrément du Saint-Siège, parce que l’assemblée la tint secrète pour des motifs faciles à concevoir. Ils m’ont reproché d’avoir procédé à de nouvelles élections, mais ils n’ont pas dit qu’eux-mêmes regardaient les anciennes comme invalides, et que celles-ci n’avaient été faites que per modum provisions jusqu’au prochain chapitre. »
Appuyé sur ces faussetés, l’auteur du mémoire conclut à la né-
1. Cominciarono i deputati a volere... mutare,.. aggiungere al nuovo rcgolamento altri slabilimenti conlrariissimi e distrait!?! délia regola.
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cessité d’un gouvernement autonome pour les maisons des États. « Un même supérieur général, dit-il, ne saurait gouverner deux observances différentes. Or ici nous devons suivre ponctuellement la règle de Benoit XIV, et dans le royaume le recteur majeur doit nécessairement gouverner d’après le règlement , car s’il s’oppose aux volontés royales, il attirera infailliblement sur lui et sur ses maisons des maux plus graves que le règlement lui-même. » François de Paule reconnaît donc qu’Alphonse et les siens ont été forcés de subir le règlement : pourquoi donc jeter feu et flammes contre rassemblée de Pagani qui l’a accepté? Non seulement il innocente celle-ci, mais, pour les besoins de sa cause, il la dépasse en hardiesse, car, bien loin de sacrifier la règle, elle en a scrupuleusement réservé tous les droits. Cette clause détruit le raisonnement et la conclusion de François de Paule, car il n’y a pas deux observances, il n’y a que des religieux du Très Saint-Rédempteur, tous parfaitement soumis à la règle de Benoit XIV, tous désireux de la suivre ponctuellement et de briser les entraves que le gouvernemeut oppose depuis trente ans à leur bonne volonté. Pourquoi, dans ces conditions, le saint vieillard qui donnerait sa vie plutôt que d’abandonner volontairement un point de la règle, ne peut-il plus la faire observer strictement dans les États pontificaux, parce que, sur certains points, il devra dans le royaume se conformer, du moins provisoirement, aux exigences légales? Et pourquoi si cette situation s’impose, comme le reconnaît ici le mémoire, le pape devrait-il, en brisant l’union, briser le cœur d’Alphonse et de ses compagnons?
François de Paule comprend, du reste, que la déchéance du fondateur de l’institut, si ardemment poursuivie par lui, pourrait révolter les juges et faire échouer ses plans. Aussi propose-t-il, en terminant son mémoire, de le nommer recteur majeur honoraire. « Par respect pour lui, dit-il, on pourrait, sa vie durant, lui conserver son titre de recteur majeur, mais le chapitre lui donnerait pour les États un vicaire général absolument indépendant qui, avec ses six consulteurs, gouvernerait les maisons pontificales. »
L’évêque de Veroli opina donc pour la division en basant son jugement sur celui du père de Paule et sur des faits infidèlement rapportés. L’évêque de Bénévent, également interrogé sur le fond du débat comme sur la personne du père de Paule, se contenta d’envoyer à la sacrée congrégation certaines dépositions à lui faites par des pères de son diocèse, et refusa de se prononcer sur l’opportunité de nommer un président. Les pères, questiojmés par lui
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sur l’affaire du règlement, attestèrent par écrit les réserves stipulées par l’assemblée de Pagani relativement aux dix points qui devaient être représentés au roi pour en obtenir la réforme. Un de ces témoins déclara « qu’Alphonse avait donné sa démission de recteur majeur pour le royaume afin de faciliter les élections, mais non pour les États pontificaux, dont il n’était pas question dans toute cette affaire. » Un autre certifia le caractère provisoire de ces élections, et l’engagement pris par les députés de faire nommer les autorités par un chapitre régulier aussitôt que faire se pourrait. Ces attestations, données sous la foiduserment, ne concordaientnullement, comme on le voit, avec les suppliques et les mémoires de François de Paule. C’est pourquoi sans doute l’évêque de Bénévent n’émit pas son j ugement sur le fond du litige . Sur la question relative au père de Paule, il rendit témoignage à ses vertus comme à ses talents de missionnaire, mais il ajouta que, comme homme de gouvernement, « ses religieux le trouvaient, expérience faite, d’un caractère trop bouillant et trop emporté1. »
Après avoir reçu ces informations, la congrégation décida de poursuivre l’enquête dans le royaume. Elle pria l’internonce de Naples de faire cette enquête secrètement et avec le plus grand soin. En même temps elle le chargea d’une lettre pour le saint fondateur, lettre qui lui fut remise le 20 août, date qu’il est bon de retenir. M^Caracciolo, préfet de la congrégation des évêques et réguliers , lui ordonnait de transmettre à la sacrée congrégation les actes de l’assemblée de Pagani et d’expliquer la conduite qu’il avait tenue dans cette affaire du règlement. Or des ordres rigoureux, émanés de la cour, défendaient absolument de traiter en cour de Rome une cause ecclésiastique du royaume. Toute correspondance avec Rome, dit T&nnoia, était sévèrement interdite. Transgresser ces ordres, surtout à l’occasion d’un acte royal, c’était évidemment aller au-devant de la suppression. Pour obéir avec moins de danger, Alphonse résolut, d’accord avec ses consulteurs, d’expédier à Rome deux messagers qui donneraient de vive voix les renseignements demandés.
« La nonciature vous expliquera, répondit-il le 24 août au cardinal préfet, tout ce qu’il m’est permis de faire pour répondre à vos ordres vénérés. Mon âge avancé de quatre-vingt-cinq ans et les maux nombreux qui m’affligent mériteront, je l’espère, quelque indulgence de votre part, pour le retard tant de cette lettre
1. Per il governo l'banno esperimentato un poco troppo trasporlato da naturale feryido. Lettre au cardinal Caraffa, 12 août 1780.
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que des détails demandés. Aussitôt que la saison permettra de voyager, je vous enverrai deux de mes frères qui de vive voix dissiperont les nuages et mettront la vérité en pleine lumière. A vous parler franchement, je ne m’attendais pas, dans mes vieux jours, à être ainsi traité par les miens. Cependant je remercie Dieu de ce que sa grâce ne m’abandonne pas, comme je le mériterais. Je me recommande à Votre Éminence, et vous conjure de sauver l’œuvre que j’ai établie au prix de tant de larmes et de sueurs. »>
Quatre jours après il écrivit une seconde lettre à la sacrée congrégation pour expliquer l'impossibilité où il se trouvait de travailler pour le moment à la réforme du règlement. L’assemblce dePagani, disait-il, ne l’avait accepté que sous la réserve expresse de présenter au roi une nouvelle supplique à l'effet d'obtenir des modifications sur les dix points opposés à la règle; mais pour donner à ce projet un commencement d'exécution, il fallait attendre une circonstance favorable. « Si je n’étais perclus, ajoutait-il, et comme écrasé sous le poids de mes quatre-vingt-cinq ans, j’irais trouver le roi et tâcherais de le fléchir; malheureusement, dans l’état où je me trouve, il n’y a pas à y penser. En somme, quelques-uns de mes frères, spécialement ceux de Frosinone, me font à cette occasion une guerre acharnée. Ils voudraient voir la congrégation divisée et gouvernée par deux recteurs majeurs. Pour moi qui suis près de la tombe, cela m’importe peu, mais je ne puis voir sans désolation s’accomplir un projet qui ruinerait l'institut. Aussi est-ce avec larmes que je supplie Vos Éminences de ne pas permettre cette lamentable division. Ayez pitié de cette pauvre congrégation et d'un vieillard accablé sous le poids de ses douleurs. »
Toujours préoccupé d’amender le règlement, il proposa au père Blasucci de venir à Naples traiter cette question avec le roi.
« Il vous en coûtera, dit-il, de laisser là vos affaires de Sicile, mais quand un homme est en train de se noyer, il se tire de l'eau comme il peut. Je vous crois nécessaire à Naples, car si nous n'obtenons rien de ce côté, je considère la congrégation comme perdue. Ma vie n’est plus une vie, c’est une mort continuelle. Aussi longtemps que je suis sur cette terre, la congrégation se maintiendra, je l’espère; mais quand viendra ma mort, ce qui ne tardera guère, nos frères des États se sépareront de nous. Je crois que Votre Révérence devrait venir à Naples et visiter nos maisons.