CHAPITRE Y
RÉFORME DU SÉMINAIRE 1762-1763
Le séminaire de Sainte- Agathe. — Épuration nécessaire. — Reconstruction de l'édifice. — Réforme du personnel enseignant. — Conditions d’admission. — Le séminariste soldat. — Table commune aux maîtres et aux ('lèves . — Règles concernant la moralité. — Les études. — Pureté de la doctrine. — La science des saints. — Consécration de la cathédrale. — L’évèque et son cuisinier.
« En prenant le gouvernement de son église, le parti le plus sage pour un évêque, c’est de se borner durant plusieurs mois à observer les abus existants et à méditer sur les remèdes à employer. Il agira plus opportunément et plus sûrement quand il connaîtra les hommes et les choses. Alors qu’il prenne conseil de Dieu dans l’oraison et des hommes prudents qui l’entourent, puis qu’il agisse avec force, non seulement en donnant les ordres nécessaires, mais surtout en les faisant exécuter. » Telle est la tactique enseignée par saint Alphonse dans les Réflexions et suivie par lui-même à Sain te- Agathe. 11 avait mis six mois à reconnaître le terrain, à étudier les personnes et les choses ; il prit six autres mois pour réfléchir avant de commencer la visite pastorale, avant de réformer ou d’innover. La mission avait renouvelé l’esprit ecclésiastique : il se contenta pour le moment d’exhorter ses prêtres à la.prière et à l’étude, de proscrire certaines vanités mondaines qui rabaissent des hommes consacrés à Dieu, et de rétablir les conférences des cas de morale que son prédécesseur avait laissé tomber. Ce qui l’occupa plus particulièrement pendant cette première année, ce fut la réforme ou plutôt la réorganisation de son séminaire, de cette pépinière du clergé qu’il avait à cœur de cultiver avec le plus grand soin.
« Le concile de Trente, dit-il, recommande à bon droit l’institution des séminaires. C’est là que se forme le clergé, et du clergé
RÉFORME DU SÉMINAIRE
dépend le salut du peuple. Mais il faut que le séminaire soit bien tenu : autrement il sera la ruine du diocèse au lieu d’en être le salut. En général les jeunes gens n’y apportent guère le bon esprit; ils doivent Tv puiser. Ils y apportent trop souvent leurs vices ou contractent les vices de mauvais compagnons. Certains y entrent purs comme des anges, qui bientôt deviennent des démons. Aussi, je n’hésite pas à le dire, si le séminaire est mal tenu, s’il n’est pas dirigé par des maîtres dignes de leurs fonctions, mieux vaut qu’on y renonce et que l’évèque pourvoie d’une autre manière aux besoins du diocèse. Souvent U existe dans les séminaires des désordres que les évêques ne soupçonnent même pas 4. » — « 0 Dieu ! dit-il ailleurs, que d’évêques se damneront et seront cause de la damnation de leurs ouailles, pour ne s’être pas occupés comme ils le devaient d’imprimer à leur séminaire une bonne direction! »
Ces graves Ré flexions , non moins que le Règlement composé dix ans auparavant pour la réforme du séminaire de Noie, prouvent que les maisons deformation ecclésiastique laissaient beaucoup à désirer. A ces internats on pouvait appliquer le mot de Joseph de Maistre sur les collèges : « Ce sont les vices mis en commun. » Il n’est donc pas étonnant que notre saint se soit empressé de dégager sa responsabilité sur ce point fondamental. « C’est sur mon séminaire, disaitil, que reposent mes espérances pour la régénération du diocèse. S’il ne répond pas à mon attente, tous mes travaux n’aboutiront à rien. »
A cette époque les aspirants au sacerdoce ne manquaient pas. L’évêque trouva dans son séminaire un grand nombre d’élèves, parmi lesquels des jeunes gens intelligents mais suspects du côté des mœurs; d'autres dépourvus de talent et ne pouvant qu’être à charge à l’Église aussi bien qu’à leurs parents. « Or, il ne convient pas, disait-il, de frustrer l’Église qui donne l’éducation, ni les parents qui en font les frais. » Après avoir étudié très attentivement chaque élève et consulté ses hommes de confiance, il ordonna un examen générai auquel il assista en personne, puis anticipa sous un prétexte quelconque l’époque des vacances ordinaires, et enfin ne réadmit, à la rentrée, que les sujets sur lesquels il pouvait compter. Les inutiles et les gangrenés furent impitoyablement écartés. Cette épuration coûta des larmes à bien des parents, mais ils reconnurent bientôt à la conduite et à l’inaptitude des jeunes exclus combien prudente et sage avait été la mesure prise à leur égard.