‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 150 sur 222 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

CONDAMNATION

Désolation générale dans l’institut. — Correspondance de Tannoia avec François de Paule. — Conduite équivoque du président. — Démission des consulteurs. — Deux lettres du saint à Pie VI. — Réforme du règlement. — Prestation des serments. — Deux députés d’Alphonse à Rome. — Mémoires pour et contre la réunion. — Jugement du pape.

Le décret du 22 septembre jeta la consternation dans les maisons de l'État pontifical aussi bien que dans celles du royaume. Certains avaient demandé un président particulier pour se mettre à l'abri du règlement, mais jamais ils n'avaient pensé que cette demande pouvait causer la disgrâce de leurs confrères. En les voyant exclus de la congrégation , ils se représentèrent les souffrances de leur père bien-aimé, la ruine des missions dans le royaume, la ruine de ces maisons où ils avaient si longtemps vécu, et tous se mirent à pleurer sur une si grande infortune. Le schisme leur parut un crime , et l'on se mit aussitôt en mesure de refaire l'union. Quinze jours s'étaient à peine écoulés qu'un des plus zélés partisans du nouveau président, le père Avena, de Bénévent, écrivait à Tannoia : « Mon bon père, on ne désire ici, soyez-en certain, que la paix et l'entente. Il n'est personne dans nos quatre maisons qui ne soit prêt à favoriser tout projet de conciliation. Quant à moi, je vous l'assure devant Dieu, si j'étais possesseur d’un royaume, je le céderais volontiers pour ne pas voir s'effondrer une œuvre qui procurait à Dieu tant de gloire. Le décret qui vous atteint et vous expose à une ruine prochaine m’a percé le cœur, et je ne fais plus que pleurer aux pieds de Notre-Seigneur. Mais, mon cher père, la cause n'est pas désespérée. Nous combinons ici les moyens d'arriver à la paix tant désirée; faites vous-même vos combinai-

LE SOLITAIRE DE NOCERA

sons , et Ton adoptera le parti qui paraîtra le meilleur et le plus efficace *. »

Tannoia n’avait pas perdu de temps. Comptant sur les bonnes dispositions de ses frères des États, huit jours après le décret de séparation il demandait à François de Paule lui-même de prendre en main la cause de la réunion. « Si vous ne fermez pas la plaie qu'on vient d'ouvrir, lui écrivit-il, l'institut est perdu. A Rome vous êtes plus écouté que nul autre. Une parole de vous fera plus d'effet que cent plaidoyers venant de nous. Remettez-vous devant les yeux la ruine imminente de la congrégation, et par suite la ruine étemelle d'une infinité d'âmes, et au-dessus de tout, la gloire de Dieu. Ne laissez pas le démon détruire l'œuvre du ciel. Je me croirais damné si j'avais influé le moins du monde sur la perte de nos maisons ou si, pouvant la conjurer, je ne m’y employais pas de toutes mes forces. Donc ni récriminations, ni passions, ni préjugés : sauvons l'institut. Ne prêtez pas l'oreille aux hommes de discorde, mais écoutez le crucifix, et demandez à Dieu de traverser sans péché les sentiers difficiles où vous êtes engagé 2. »

Cette lettre était de nature à remuer profondément le cœur du président, mais il ne l'avait pas attendue pour manifester son désir de travailler à la réunion. Soit remords de conscience, soit pression exercée sur lui par ses sujets, il écrivit à Tannoia que , si l'on voulait avoir confiance en lui, il obtiendrait de Rome la révocation du décret. « D'après le rescrit pontifical, disait-il, le président n'a qu'un mandat temporaire , usque ad exitum causæ , jusqu'au jugement définitif que prononcera la sacrée congrégation. Rome n'a donc pas interdit tout recours ni donné sa dernière décision. Nous n'avons qu'à nous concerter pour le plus grand bien des maisons du royaume. J'ai dù accepter, bien contre mon gré, la charge de président, mais vous pouvez assurer notre vénéré père que j'emploierai tout mon crédit à lui conserver sa charge de recteur majeur et à rétablir ainsi la paix dans l'institut. Nous voulons l’union, je le jure devant Dieu, et c'est pourquoi je regretterais des actes d'hostilité qui nous forceraient à nous défendre. Je ne demande pas mieux que de me rendre à Nocera pour conférer avec vous sur les moyens d’éteindre nos divisions. Si notre père le veut, qu'il fasse un signe, et j’accours. Qu'on oublie les froissements et les ressentiments, et je suis sûr d'arranger les choses en peu de temps et à la satisfaction générale. Président

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