Lettre du 13 novembre
CONDAMNATION
périr. Heureusement le ciel permit que le roi autorisât par un décret du 21 août 1779 le gouvernement extérieur de l’institut, c’està-dire les supérieurs locaux, le noviciat et le studendat. Les ennemis se rejetèrent alors sur la constitution intérieure, qui reste en contravention formelle avec les lois. Le procès est pendant devant les tribunaux, et c’est précisément afin de prévenir un coup mortel qu’on a cru devoir solliciter du monarque une certaine approbation de la règle, suffisante pour désarmer les persécutéurs.
Alphonse justifie ensuite sa conduite en tout ce qui concerne le règlement et les actes de l’assemblée de Pagani, puis il ajoute : « Très Saint Père, voilà la vérité dans toute sa simplicité. J’aurais dû, je l’avoue, avant de demander l’approbation du roi, prendre conseil de Votre Sainteté. Si j’étais coupable d’une autre faute, je ne ferais pas difficulté de le confesser à vos pieds afin d’en obtenir plus facilement le pardon du Seigneur, car avant peu je devrai rendre compte de tous mes actes au juge à qui rien n’est caché. Quant au règlement, je dois ajouter que nous travaillons depuis deux mois à obtenir l’autorisation de le réformer en ce qui concerne les obligations imposées par les vœux de pauvreté, de vie commune et de persévérance. Mon seul désir, c’est de voir avant de mourir les sujets tant de Naples que des États vivre et travailler dans une parfaite union. »
Quelques jours après, l'infatigable vieillard adressa directement au pape une seconde lettre dans laquelle il montrait que la dissolution des maisons du royaume entraînerait à bref délai la ruine des fondations pontificales. « La congrégation, née dans le royaume, disait-il, ne compte, à l'exception de deux ou trois, que des sujets napolitains. Voilà vingt-cinq ans que nous sommes à Bénévent et dans d’autres localités des États sans y trouver un seul novice. Si donc les maisons pontificales restent séparées, l’œuvre des missions disparaîtra fatalement par la mort des sujets, qu’il sera impossible de remplacer. D’un autre côté, le bruit se répandant que nous sommes tombés dans la disgrâce de Votre Sainteté, les évêques nous interdiront les missions, les jeunes gens se garderont bien de s'adjoindre à nous, et voilà totalement ruiné le bien que nous faisions tant dans le royaume que dans les États. C'est cette ruine que je ne cesse de pleurer aux pieds du crucifix, surtout quand je considère qu’étant à peu près les seuls missionnaires de Naples et de la Sicile, six et même sept compagnies de nos religieux y prêchent jusqu'à cinquante missions chaque année, sans compter les neuvaines et autres exercices spirituels. Tout cela
LE SOLITAIRE DE NOCERA
est perdu, Très Saint Père, si le pasteur universel ne réunit pas dans sa grande charité toutes les maisons de la congrégation.
« L'on m'impute d'avoir, en acceptant le règlement, déserté l'institut ; mais en supposant que je sois coupable d'une pareille faute, c'est moi, ce sont mes consulteurs qui doivent en porter la peine, sans qu'il soit besoin de recourir à une division qui sera notre ruine à tous. D'ailleurs, quant à ma conduite dans cette affaire, j’ai fait parvenir à Votre Sainteté par Mgr Banditi les décrets royaux qui depuis trente ans m'ont été imposés, et qui sont tous contraires à la règle. Comment pouvais-je sauver notre œuvre, sinon en courbant la tête devant les ordres du souverain? »
En terminant, Alphonse demandait la révocation de la sentence qui l'avait frappé, lui et ses compagnons. Les deux documents furent renvoyés par le pape à la congrégation des évêques et réguliers, et transmis comme pièces du procès à François de Paule et à Leggio, qui demandaient à grands cris une solution.
Le saint s'appliqua dès lors activement à la réforme du règlement. Il adressa une supplique au roi, dans laquelle il démontrait que « pour perpétuer l'œuvre des missions, il était nécessaire que les sujets s'engageassent à vivre en commun selon les régies de la pauvreté évangélique et à persévérer jusqu'à la mort dans la congrégation. » Comme conclusion, il demandait formellement l'autorisation de faire les quatre serments de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de persévérance. En priant le marquis de Marco d’appuyer sa requête auprès du souverain, il lui disait : a Vous savez dans quelles angoisses je passe mes derniers jours. Ma congrégation ne peut plus travailler à la gloire de Dieu. Faites lire, je vous en conjure, le mémoire à Sa Majesté. J'ai l'espoir qu'elle daignera l'accueillir favorablement et me procurer ainsi quelque consolation. »
L'aflaire ainsi engagée, Tannoia demanda au cardinal-secrétaire de la sacrée congrégation de suspendre le procès pendant deux mois afin d'attendre le rescrit royal, ce qui lui fut accordé. Cette concession désappointa François de Paule, mais il crut devoir dissimuler ses sentiments, persuadé que le roi n’accorderait aucune réforme. « Si vraiment vous obtenez les serments, écrivit-il au saint fondateur, la cause est finie, et dès lors je regarde l'union comme un fait accompli1. » C'était une bonne parole, mais huit jours après, François changeait de note. Même si le roi accordait