Lettre du 14 janvier
CONDAMNATION
les serments, disait-il, la sacrée congrégation susciterait d'autres obstacles à la réunion. Il refusait donc de diriger cette négociation, prétextant qu’en cas d’échec on l'en rendrait responsable. Alphonse comprit qu'il n'y avait plus rien à attendre de ce côté, et que Leggio continuerait ses indignes manœuvres contre les napolitains. Ne pouvant plus compter que sur lui-même, il constitua l'avocat Rossi procureur de l'institut à Rome, et le chargea de répondre aux accusations de Leggio.
Pour le consoler de ces tristesses, Dieu lui accorda une grande joie. Le 24 février, il apprit par le marquis de Marco qu’en reconnaissance des services rendus au royaume par la prédication de la croisade contre les barbaresques, le roi lui accordait les serments demandés. « Le Seigneur soit à jamais béni! écrivit-il aussitôt au père Corrado, car vraiment je ne croyais pas obtenir une pareille grâce. » — « Allez au chœur remercier le saint Sacrement, dit-il aux pères en leur lisant le décret, car cette faveur est un miracle, un grand miracle de la Madone. » Et tous ses religieux, pontificaux et napolitains, avec la simplicité de pieux enfants, lui manifestaient à l'envi leurs sentiments d'allégresse : « La consolation surabonde là où abondait la douleur, lui répondait le recteur d’iliceto. En dépit de l’enfer, nous passons de la mort à la vie. Les gens d’iliceto, au courant de nos tribulations, ont allumé en divers endroits des feux de joie. Le chapitre nous a envoyé son procureur pour nous féliciter. L’intendant du prince et d'autres gentilshommes ont voulu participer à notre modeste repas. Dieu veuille rétablir la paix et l'union ! »
Alphonse s'empressa de faire connaître l’heureuse nouvelle au cardinal Zelada, qui remplissait alors les fonctions de préfet de la sacrée congrégation. « Votre Éminence sera satisfaite, disait-il en lui transmettant le décret royal, de la promptitude avec laquelle j'ai, autant que possible, rétabli la règle. Si Dieu me prête vie, j'ai confiance de pouvoir réformer certains autres points de moindre importance. En tout cas mes successeurs y pourvoiront après ma mort. Nous avons surmonté, Dieu sait comment, la grande difficulté, mais enfin nous l'avons surmontée. »
Le ciel paraissait donc se rasséréner, mais il restait un point noir : c'était l'opposition de François de Paule et de Leggio. Le saint ne put s'empêcher de reprocher à ce dernier ses coupables intrigues. « Quand j’écrivis au père de Paule, dit-il, la disposition où paraissait le roi de permettre les serments, il me répondit que si nous obtenions cette faveur, la réunion se ferait sans difficulté. Je vous
LE SOLITAIRE DE NOCERÀ
conjure donc d’employer votre influence à conclure cette union tant désirée par nos confrères des États aussi bien que par ceux des maisons napolitaines. Vous ne voudrez pas, en vous y opposant, m’enlever la consolation de nous voir réunis. Si vous continuez à fomenter la division et si vous parvenez à la rendre définitive, vous vous préparerez des remords pour le temps et pour l’éternité, et jamais vous ne réparerez le mal que vous aurez fait. Par amour pour Jésus-Christ, je vous prie de méditer ces graves pensées aux pieds de votre crucifix l. »
François de Paule lui faisait un grief d’avoir envoyé à Rome le procureur Rossi, qui serait, disait-il, un obstacle à l’union. « Si j’ai constitué un procureur, répondit le saint, c’est que Leggio n’a jamais manqué de nous desservir, comme il le fait encore aujourd’hui. Plût à Dieu que nous eussions eu plus tôt un procureur à Rome! nous n’en serions pas où nous en sommes. Mon cher père, si vous voulez l’union, comme vous l’avez affirmé tant de fois, commandez à Leggio de quitter Rome, afin que nous traitions à l’amiable cette question, d’où dépend l’existence de la congrégation. Si vous voulez réellement la paix, ne permettez pas qu’on souffle le feu de la division2. »
Le saint fondateur tenta même & cette époque un suprême effort sur François de Paule. Ce dernier devant se rendre à Bénévent, il y envoya son vicaire Corrado pour conférer avec lui. Par un hasard providentiel, trois ou quatre recteurs, entre autres Tannoia, s'y trouvaient réunis. Dans un conseil improvisé, la question de l'union fut agitée et tous tombèrent d’accord, y compris François de Paule, sur la nécessité de maintenir l’unité dans la congrégation, mais avec deux provinces : un seul recteur majeur avec deux vicaires, l’un pour la province napolitaine et l’autre pour la province pontificale. C’était un plan qu’ Alphonse avait déjà proposé au président. On convint que deux pères napolitains seraient à bref délai députés à Rome pour expliquer l’affaire du règlement et proposer, conjointement avec le président, la réunion aux conditions ci-dessus mentionnées.
L’évèque de Gaëte, Mgr Bergamo, se chargea de disposer le pape à favoriser ce projet. Pie VI était alors à Terracine, où il s'occupait du dessèchement des marais Pontins. Dans une audience qui lui fut accordée, l’évêque amena la conversation sur les missions que faisait la congrégation du Très Saint-Rédempteur et sur le