‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 171 sur 222 · Summar · texte numérisé non relu

Summar

LE SOLITAIRE DE NOCERA

scène touchante : « La dernière fois, dit-il, que j’allai voir le serviteur de Dieu, le 31 juillet, il était entré en agonie, et sur le point de rendre son àme à Dieu. Ses confrères entouraient le lit du moribond. Je restai assez longtemps dans la cellule, espérant voir mourir un juste. Mon regard ne quittait pas le beau visage de l’agonisant quand, vers les sept heures, je m’aperçus qu’il ouvrait les yeux et les attachait sur une image de Marie placée en face de lui. En même temps son front devint radieux, un sourire s’épanouit sur sa figure, un soupir d’amour s’exhala de sa poitrine haletante, et de ses lèvres entr’ouvertes semblait s’échapper une ardente prière, bien qu’il ne prononçât aucune parole. Ce fait prodigieux, et selon moi tout à fait surnaturel, m’impressionna si vivement, qu’en rentrant chez moi je ne pus m’empêcher de le raconter aux gens de la maison, et le lendemain à plusieurs de mes amis*. » Vers neuf heures, l’agonie se prolongeant douce et sereine, la communauté se retira pour prendre un peu de repos. Seuls les pères Buonopane et Fiore restèrent auprès du moribond pour lui suggérer de temps en temps un pieux sentiment. Or à un certain moment le prodige se renouvela devant eux. « Sur le lit du serviteur de Dieu, dit le père Buonopane, se trouvait toujours la Madone de l’Espérance , dont lui-même avait inspiré le dessin, et au bas de laquelle on lisait ces mots : Spes nostra salve . Je la pris en main, et je dis à haute voix : « Monseigneur, voici l’image de la très sainte Vierge ; ranimez votre confiance dans cette bonne Mère, et recommandez-vous à elle de tout cœur. Vous avez propagé sa dévotion pendant votre vie : elle vous aidera au moment de votre mort. » A ces mots le serviteur de Dieu, agonisant, sans parole, sans mouvement, ouvrit tout à coup les yeux. Il les promena lentement autour de la cellule et les arrêta finalement sur l’image que je tenais en main. Je le vis alors en contemplation devant la Madone. En un instant son visage s’enflamma d’une manière extraordinaire ; ses lèvres, exsangues et livides, s’empourprèrent; un sourire d’ineffable joie transforma sa face, qui me parut toute rayonnante. A ce spectacle, toutes sortes de sentiments d’admiration, d’allégreæe, d’émotion tendre et pieuse se pressaient dans mon àme, sentiments qui se réveillent en moi chaque fois que ce souvenir se présente à mon esprit. Le père Fiore, aussi ému que moi, courut à la chambre du père recteur pour lui procurer la joie d’assister à cette scène mystérieuse, mais quand ils arrivèrent le prodige avait cessé. »

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