DE L’INTRODUCTION DE LA CAUSE A LA BÉATIFICATION
Révision des écrits du saint. — Nil censura dignum . — Examen des vertus. — Objections contre la prudence. — Décret sur l’héroïcité des vertus. — Examen des miracles. — Les Français à Naples. — État de l’institut sous Joseph Bonaparte et Murat. — Le musée du père Cajone à Bénévent. — Le pape en exil. — Les maisons pontificales dissoutes. — Frosinone et le père de Paule. — Scifelli épargné. — Le P, Ilofbauer et le P. Passerai. — Le Mont-Thabor. — Babenliausen. — Coire. — Passage du Grimsel. — En Valais. — Ilofbauer chassé de Varsovie. — Vienne et Fribourg. — Après la tempête. — Décret de béatification.
Le pape Pie VI avait montré un grand zèle pour la canonisation d’Alphonse. Immédiatement après l’introduction de la cause, il avait permis de commencer les procès dits apostoliques , mais sa déportation en France et les bouleversements de l’Italie en suspendirent le cours. Pie VII poursuivit la cause avec la même ardeur que son prédécesseur. Cent témoins furent entendus, et les deux procédures de Sainte-Agathe et de Nocera portées à Rome le 16 mars 1803. Nantie de ces dépositions authentiques, la congrégation des Rites, avant de procéder à l’examen des vertus et des miracles, entreprit de reviser, sous le rapport de l’orthodoxie, les écrits du serviteur de Dieu.
La révision des écrits en vue d’une future canonisation constitue, dit Benoit XIV, un jugement sur la doctrine 1 : il s’agit de savoir si les opinions de l’auteur ne méritent aucune censure théologique. Les reviseurs, désignés secrètement, doivent, par un examen attentif des ouvrages, s’assurer qu’ils ne contiennent aucune erreur contre la foi ou les bonnes mœurs, ni aucune opinion
1. Hæc revisio est judicium doctrinæ. De canon. Sanct ., II, c. 28, n. 5.
le vénérable.
nouvelle, étrange, ou contraire au sentiment de l’Église : autrement c’en est fini de la canonisation, par la raison péremptoire que, les mauvaises doctrines déplaisant à Dieu, leurs auteurs ne peuvent être considérés comme ses amis1. Et afin que les reviseurs remplissent leur office avec la plus scrupuleuse attention, il leur est enjoint de relever dans un votum secret chacune des propositions qui leur paraissent dignes de censure, en leur appliquant respectivement la note théologique qu’elles méritent, soit : proposition hérétique, erronée, sentant l’hérésie ou l’erreur, suspecte d’erreur, téméraire, scandaleuse, malsonnante, offensant les oreilles pieuses, schismatique, injurieuse, impie, blasphématoire. Le jugement des censeurs est ensuite transmis à la congrégation des Rites, qui. le contrôle avec attention et porte un décret, lequel est soumis au jugement définitif du souverain pontife.
On comprend combien une révision de cette sorte était redoutable pour la cause de notre vénérable. Cent ouvrages divers devaient passer par les mains des censeurs. Ces ouvrages, ascétiques, dogmatiques, moraux, traitaient des milliers de questions graves et difficiles. La Théologie morale en particulier avait attiré l’attention de l’Europe et soulevé les controverses les plus irritantes. Les rigoristes, comme nous l’avons vu, l’anathématisaient comme entachée de laxisme. Malgré leurs clameurs, l’ouvrage s’était répandu partout. En Italie, la grande majorité des évêques lui avaient ouvert la porte de leurs diocèses. Un maître dominicain, devant qui on blâmait cette Morale, répondait : « J’ai appris dans ma jeunesse à l’estimer, et j’ai toujours conseillé à nos jeunes gens de l’étudier s’ils veulent devenir de bons confesseurs. » En peu de temps elle pénétra en Espagne et en Portugal. L’Allemagne appelait son auteur le restaurateur de la morale évangélique. En Serbie et en Bosnie, les séminaires l’avaient adoptée comme livre classique. Dans les Indes, en Amérique, à Mexico comme à Goa, on exaltait la science et la sainteté du grand moraliste. L’évêque d’Amiens, M** Machault, ne lisait cette Théologie qu’à genoux2. En revanche, les rigoristes s’élevaient contre l’équiprobabilisme, que par dérision ils appelaient semi-probabilisme. Ils avaient poursuivi l’auteur pendant sa vie, ils le criblèrent d’injures après sa mort. « Avec son système, affirmaient-ils, c’en est fait des lois et de la morale de l’évangile. » — « Pourvu que ce Liguori, disait un jour un haut dignitaire ecclésiastique, après avoir traîné nos opinions dans la boue, ne soit pas
• 1. Ibid. c. 25, n. 2,7.