Le B. P. Passerat, par le R. P. A. Desurmont, p
LE BIENHEUREUX
De 1820 à 1830, la bénédiction de Dieu se répandit si visiblement sur la maison de Vienne que, malgré des travaux nécessitant un personnel considérable, elle put fonder quatre nouvelles résidences : la première à Lisbonne, en 1826, à la sollicitation de la reine de Portugal, Marie- Anne d'Autriche, et en faveur des Allemands établis en ce pays ; la seconde, également en 1826, à Frohnleiten, en Styrie; la troisième, en 1827, à Mautern, dans la Haute-Styrie ; la quatrième, en 1828, à Inspruck, capitale du Tyrol. Le père Passerat eut aussi la consolation, pendant cette même année 1828, de transférer ses enfants de la Suisse dans un centre plus favorable au ministère apostolique. La sauvage solitude de la Valsainte convenait admirablement à la vie contemplative, mais non aux œuvres du missionnaire occupé sans cesse à évangéliser les peuples. Grâce à de généreux bienfaiteurs, l'homme de Dieu fut assez heureux pour installer ses anciens compagnons de voyage dans la bonne ville de Fribourg, où ils bâtirent, à côté de l’église de Notre-Dame Auxiliatrice, un couvent selon leurs règles. Dès lors en Autriche et en Suisse commença l’apostolat des missions tel que l’a établi saint Alphonse.
C’était un premier fruit de la béatification , mais ce ne fut pas le seul. Si le bienheureux du haut du ciel s’occupa de propager sa congrégation , il eut non moins à cœur, pendant cette période, de répandre sa doctrine et ses ouvrages, surtout cette Théologie morale qu’il avait composée pour ruiner le jansénisme. Malgré les décisions de l’Église, les rigoristes continuaient leurs censures contre les opinions relâchées du bienheureux Liguori, surtout contre son équiprobabilisme. En 1821, un père de la Mission, qui signait Tingelo, remplit tout un volume de ses diatribes contre cé système, qu’il qualifiait de semi-probabilisme {. « Ancien professeur, j’ai voulu , disait-il , mettre mes disciples en garde contre l’invasion de ce nouveau fléau. Le probabilisme est si bien enterré qu’on se vouerait au ridicule en essayant de le réfuter, mais voilà que peu à peu certains théologiens s’efforcent de remettre en honneur au moins cette partie du système qu’on peut appeler semi-probabilisme. Et ce sont des prêtres, des hommes pieux, qui travaillent ainsi à séduire la jeunesse. Depuis la béatification de M^ de Liguori, promoteur de ce système, on a créé un nouveau genre de dévotion qui consiste à adopter sans examen le semi-probabilisme, uniquement parce qu’il a été enseigné par cet homme de Dieu. Le Saint-Siège, paralt-il, a canonisé ses doctrines en même
1. Il pédante... contro il cost detto semûprobabilismo , Napoli, 1821.
SAINT ALPHONSE AU XIXe SIÈCLE.
temps que ses vertus. » Le critique se proposait donc de faire une exécution enrègle de l’équiprobabilismeliguorien. En réalité, il se bornait à rééditer les doctrines de Concina et de Patuzzi sur l'obligation d’observer les lois douteuses, et ne trouvait un peu de verve que pour appliquer au système du bienheureux toutes les notes théologiques contre lesquelles l’Église l’avait prémuni par le Nil censura dignum.
Un religieux du Très Saint-Rédempteur, le père Basso, réfuta ce rigoriste dans ses Réflexions critiques, pleines de science et de bon sens, qui parurent en 1823, et furent présentées au public par le père Ventura, déjà célèbre à cette époque. « Pour la consolation de la sainte Église, dit l’illustre théatin, Dieu lui a donné dans ces derniers temps un homme qui sut unir la vertu d’un saint au savoir d’un docteur. Apôtre zélé en même temps que théologien profond, Alphonse de Liguori propagea un système de théologie morale également éloigné du rigorisme désespérant et du laxisme corrupteur. De formidables adversaires tentèrent de l’arrêter, mais il les désarma par ses savantes apologies et son héroïque charité. La doctrine de notre pacifique théologien, glorifiée successivement par nos cinq derniers pontifes, s’est répandue non seulement en Italie , mais en Allemagne, en France, en Belgique, en Espagne. La congrégation des Rites l’a mise à l’abri de toute censure. Or tous ces titres n’ont pu préserver des attaques d’un malheureux critique le système moral du bienheureux, cet équiprobabilisme si bien combiné, défendu, et propagé par lui, qu’on pourrait l’appeler le système liguorien. Dans le triomphe de ce système, notre censeur n’a vu que le triomphe du laxisme, et il s’est levé pour défendre la saine morale qu’il dit grandement menacée. Son pamplet n’a aucune importance, et on aurait pu le laisser enseveli dans son obscurité si d’ardents propagateurs du rigorisme, poussés par je ne sais quel esprit, ne l’avaient répandu à profusion parmi les jeunes clercs et parmi les laïques, deux classes de personnes incapables de se défendre contre de faux principes et de perfides insinuations. Aussi ne puis-je qu’applaudir aux Réflexions critiques du père Basso, dont la puissante logique et la grande érudition ont fait justice des vilenies accumulées contre le saint et docte fondateur1. »
Le père Basso écrasa réellement son adversaire. « Bien que Mgr de Liguori, dit-il, ne soit ni le premier ni l’unique écrivain qui