‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 182 sur 222 · M" Gaumo, Les trois Rome · texte numérisé non relu

M" Gaumo, Les trois Rome

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chargée d'un sac de blé d’environ cent vingt-quatre livres. Arrivée au haut de l’échelle, elle tombe à la renverse et se retrouve à terre, le corps fracassé, la poitrine et le ventre écrasés sous sa charge.

« Je suis perdue! » s’écrie-t-elle, et elle s’évanouit. Son mari et ses voisins accourent et la trouvent insensible comme un cadavre. Les médecins constatent plusieurs fractures graves, des luxations et contusions sans nombre, des lésions internes qui rendent impossibles les fonctions vitales. Une fièvre ardente brûle la pauvre femme. Les médecins la déclarent à l’extrémité, et lui font administrer les derniers sacrements. Tout son corps tremble, ses doigts se contractent, ses yeux s’obscurcissent : symptômes de mort prochaine. Avant de se retirer, le curé lui donne la bénédiction in articulo mortis, et laisse auprès d’elle un autre prêtre pour l’assister dans son agonie.

C’était le 2 août 1817, jour où l’on célébrait pour la première fois la fête du bienheureux Alphonse de Liguori. Une lampe brûlait devant sa statue dans l’église de Catanzaro. Une jeune fille, Catherine Billotta, apporte à la moribonde un linge imbibé de l’huile qui remplissait cette lampe. « Recommandez-vous au saint, lui dit-elle, pendant que je vous frictionnerai avec cette huile. » La pauvre femme fait un signe d’assentiment, pendant que sa mère prie avec ferveur. Son mari promet un sac de blé aux pauvres si Alphonse fait ce miracle.

Cependant les yeux de la malade se voilent, une sueur froide coule de son front : la fin est imminente. Le prêtre fait les dernières recommandations, la mère prie et pleure, puis, n’y tenant plus, s’éloigne pour ne pas assister aux derniers moments de sa fille. Or pendant que la malade se débat avec la mort, voilà que tout à coup elle voit sa chambre s’inonder de lumière ; elle sort de sa mortelle léthargie, et aperçoit un vénérable évêque qui vient à elle, la mitre en tête, le bâton pastoral en main. « Voici le saint qui vient à moi! » dit-elle, et elle demande un cierge pour le lui offrir. On croit qu’elle délire, et pour la contenter on lui met en main un bâton. « Non, non, dit-elle, un cierge! » On lui donne un cierge, et elle l’offre à l’évêque, qui lève les yeux sur elle et fait trois grands signes de croix en fixant sa poitrine et les autres parties du corps mortellement endommagées.

Après avoir ainsi énoncé toutes les particularités de sa vision, la malade se sentit subitement guérie. Elle s’assit sur son lit et dit au prêtre qui l’exhortait : « Vous recommandez mon âme à Dieu, mais le bienheureux Alphonse est venu à moi, et je suis parfaite-

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ment guérie. Je vais sortir du lit. » A la grande stupéfaction des assistants et malgré leurs supplications, elle se lève sans aucune peine, se met à marcher en dépit des fractures et des luxations, demande à manger et incorpore les aliments, bien que depuis sa chute son estomac ne pût rien retenir ; enfin , de sa poitrine fracassée, elle donne à son enfant un lait pur et abondant. C’est une véritable résurrection. Toute la ville crie : « Miracle ! miracle ! » Le médecin, qui la croyait morte, la trouve aussi saine qu’à la veille de l’accident, et proclame la toute-puissance de Dieu. Le lendemain, Antonia portait à l’aulel du bienheureux le cierge qu’elle lui avait offert en vision, sa mère faisait chanter la messe promise, et son mari donnait aux pauvres une large mesure de blé. Vingt témoins, y compris la malade, attestèrent sous la foi du serment tous les détails de ce fait prodigieux.

S’appuyant sur les nombreux miracles du bienheureux et sur sa réputation de sainteté toujours croissante, le postulateur sollicita du souverain pontife l’introduction de la cause de canonisation. En son nom, l’avocat Amici fit valoir dans sa supplique les instances des rois, des cardinaux, des évêques, du peuple catholique. Tous se montraient impatients de voir canoniser le saint évêque, afin que son culte, jusque-là restreint à certains pays, pût s’étendre à l’Église entière. Tous disaient comme le pieux monarque Charles-Emmanuel de Savoie : « Les ouvrages d’Alphonse, si pleins de douceur et d'onction, inspirent pour leur auteur une telle vénération que chacun désire l’honorer et le glorifier; mais cela ne peut se faire avant la canonisation. C’est pourquoi, Très Saint Père, me faisant l’interprète du vœu public, et poussé d’ailleurs par une dévotion spéciale envers un saint que je regarde comme le modèle des pasteurs et la gloire de notre temps, j’ose supplier Votre Sainteté de reprendre la grande cause de sa canonisation. » Le roi Ferdinand de Naples adressait au pape la même requête.

Pie Vil fit droit à ces suppliques par un décret rendu le 28 février 1818, et dès lors le procès suivit son cours. Le 6 décembre 1825, Léon XII autorisait les informations apostoliques sur les deux guérisons que nous venons de rapporter. Les témoignages recueillis, eurent lieu les trois examens d’usage : le premier, en août 1828; le second, en juillet 1829; le troisième devant le pape, le 23 septembre de cetle même année 1829. Celui qui voudrait savoir combien sont sérieux et minutieux ces examens, n’aurait qu’à lire le volume infolio qui contient, sur ces deux faits prodigieux, les objections du promoteur de la foi et les réponses de l’avocat. — Enfin, le 3 décem-

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bre 1829, fête de saint François Xavier, le pontife rendit le décret solennel constatant la réalité des deux miracles proposés.

Six mois après, le 16 mai 1830, la congrégation des Rites se rassembla une dernière fois pour décider si l'on pouvait en toute sécurité procéder à la canonisation du serviteur de Dieu. Dans cette séance solennelle, le promoteur de la foi déclara qu’il avait épuisé toutes les ressources de son esprit pour trouver une objection quelconque, et qu’il ne lui restait absolument rien à opposer. « Le Siège Apostolique, ajouta-t-il en citant Clément X, aime à immortaliser le nom des saints qui ont rendu au peuple chrétien les plus éclatants services. 11 élève volontiers sur les autels ceux qui ont été, pour quelque institut particulier, l’image vivante de la sainteté, et surtout les fondateurs d’ordre qui se sont illustrés par leurs vertus et leurs miracles. Ces conditions sont réunies, et d’une manière saisissante, dans la cause actuelle. Il ne nous reste donc qu'un vœu à émettre : c’est que notre bienheureux, après avoir brillé entre tous par l’éclat de ses vertus et particulièrement par l'ardeur de son zèle pastoral, soit proposé par un oracle du Saint- Siège à l’admiration du monde entier, à la vénération du troupeau de Jésus-Christ, et à l’imitation de tous les pasteurs. »>

Le docte et vaillant défenseur Hyacinthe Amici avait soutenu cette cause depuis son origine, c’est-à-dire depuis trente-cinq ans. 11 prononça, non sans émotion, l’allocution suivante : « En prenant la parole pour la dernière fois dans la cause du bienheureux Alphonse de Liguori, je me sens inondé d’une joie toute particulière, parce que j’ai eu le bonheur, et j'en rends de vives actions de grâces à Dieu et à son serviteur, d’avoir mené seul jusqu’à son terme la cause du saint prélat, événement inouï jusqu’ici, et dont nos annales n’offrent point d’exemple. Ce qui est plus admirable encore, et ce qui m’a valu un pareil honneur, c’est que, depuis les sévères décrets d’Urbain VIII, aucune cause n'a marché d’un pas aussi rapide, malgré les vicissitudes politiques qui l’ont traversée. L’extraordinaire et éminente sainteté de notre héros, si magnifiquement attestée par le témoignage du peuple et le témoignage de Dieu, a renversé tout obstacle et triomphé de tout retard.

« C’est donc une immense allégresse pour moi, mais surtout pour la sainte Église, de voir enfin aboutir cet important procès. Car ce n’est pas seulement le royaume des Deux-Siciles, où le saint a versé ses sueurs apostoliques, mais l’Europe entière, mais l’Amérique, mais les lies les plus lointaines, qui attendent avec une sainte impatience l’apothéose du grand évêque; et cela n’étonnera per-

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sonne si Ton veut bien considérer que Dieu ne Ta pas envoyé pour quelques cités, pour une nation en particulier, mais pour le monde entier, « croulant, comme dit saint Jean Chrysostome, sous le poids de ses vices ». Par ses très salutaires écrits sur la morale, le dogme, l’ascétisme, où coule à pleins bords une doctrine véritablement céleste, Alphonse a pourvu aux besoins de tous. Enfants, adolescents, jeunes vierges, réguliers, religieuses, clercs, prêtres, curés, confesseurs, évêques, princes, moribonds, condamnés à mort, victimes du scrupule, il a visé toutes les âmes, soit pour les mettre en garde contre les ennemis de la religion, soit pour leur enseigner le chemin du ciel. Alphonse n’est plus, mais par ses ouvrages il continue à prêcher toujours à tous les fidèles, il convertit les pécheurs, il les enflamme d’amour pour Dieu, il couvre d’abondantes moissons le champ de l’Église catholique.

« De là, Très Saint Père, la vénération des peuples pour le saint évêque. De là les suppliques que tant de nations, d’Églises, de diocèses, de congrégations, adressent à Votre Sainteté pour hâter l’heureux jour où il leur sera permis de lui élever des autels et de célébrer sa fête. Daignez donc, Très Saint Père, étendre son culte à toute l’Église, et exaucer sans retard le vœu de tous les fidèles en décrétant « qu’on peut en toute sécurité procéder à la canonisation du bienheureux Liguori ».

Le pieux défenseur vit ses efforts couronnés de succès1. Le 16 mai 1830, le pape Pic VIII prononça le jugement définitif. « 11 choisit pour faire ce grand acte, dit le décret, le cinquième dimanche après Pâques, cette période du temps où Notre-Seigneur apparut à ses disciples et leur ordonna d’enseigner toutes les nations, précepte que le bienheureux Alphonse a rempli toute sa vie. Ce jour-là, en présence des cardinaux, Sa Sainteté prononça « qu’on pouvait procéder en toute sûreté à la canonisation solennelle du bienheureux Alphonse-Marie de Liguori ». Cette canonisation solennelle devait être célébrée en temps opportun dans la basilique du Vatican.

Hélas ! cette solennité se fit attendre dix ans. Deux mois après le décret que nous venons de rapporter, éclatait la révolution de juil-

1. L'avocat Amici mourut peu de temps après. On montre au couvent des rédemptoristesde S. Maria in Monterone un curieux tableau où il est représenté adressant à S. Alphonse la supplique suivante: « O saint Alphonse de Liguori, le prêtre Hyacinthe Amici, avocat des causes de canonisation, vous est redevable du bonheur singulier qu’il a eu de commencer la vôtre et de la conduire à bon terme : il vous supplie maintenant de vouloir bien, à votre tour, être son avocat dans le ciel. » Un tel avocat a dû sûrement gagner la cause d’un tel client.

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let 1830 qui, de Paris, mettait le feu à l’Europe. Une seconde fois les trônes étaient renversés ou menacés au nom de la liberté des peuples. Quand Grégoire XVI, le 2 février 1831, ceignit la tiare, l’insurrection, appuyée par la France, combattue par l’Autriche, avait juré de le détrôner. Naturellement la congrégation du Très Saint-Rédempteur ressentit le ccntre-coup de l’explosion révolutionnaire.

Elle n’avait en France que la maison du Bischenberg, fondée en Alsace par le père Passerat. Depuis dix ans les missionnaires qui l’habitaient s’étaient signalés par leur zèle apostolique, ce qui avait éveillé l’attention des libéraux et des francs-maçons. En 1829, on dénonça le Bischenberg à la Chambre des députés comme un refuge de religieux cosmopolites, dépendant d’un supérieur autrichien, et peut-être agents secrets de la cour de Vienne. Là-dessus enquête judiciaire et renvoi de deux pères étrangère. En 1830, la Révolution acheva l’œuvre commencée. Par une ordonnance du 6 novembre, le préfet de l’Alsace déclara la communauté supprimée. Les pères durent quitter le sol français dans les huit jours. Quelques frères laïques restèrent pour garder la maison. Or, une nuit, l’un d’eux, Jean Schermcsser, triste et découragé, priait le Seigneur de le consoler dans ses tribulations, quand tout à coup apparut devant lui le père Springer, mort trois ans auparavant en odeur de sainteté. « Mon cher frère, dit-il à Jean, ne vous désolez pas : le Bischenberg n’est pas perdu. Il se rouvrira au jour marqué parle Seigneur et sera habité par un grand nombre de religieux. » La prophétie se réalisa peu d’années après. Aussitôt que l’opinion publique se montra plus tolérante envers la religion, les pères expulsés rentrèrent dans leur couvent. En 1838 ils évangélisaient de nouveau l’Alsace, ce qu’ils font encore aujourd’hui.

En 1833, les pères du Très Saint-Rédempteur, qui depuis sept ans s’étaient établis à Lisbonne, furent chassés du Portugal. Ils avaient reçu du roi don Miguel la faculté d’admettre des novices, et tout annonçait un heureux avenir, quand l’empereur du Brésil, don Pedro, frère de don Miguel, débarqua en Portugal avec une armée pour asseoir sur le trône sa fille dona Maria. Le 26 juillet 1833, l'armée victorieuse de don Pedro s’empara de Lisbonne, et les rédemptoristes furent incarcérés. Après une détention de vingt jours, on les força de s’embarquer pour l’Italie, d’où ils se rendirent & Vienne, emmenant avec eux plusieurs Portugais qui renoncèrent à leur patrie plutôt que d’abandonner l’institut.

Mais pendant que les méchants fermaient ces deux maisons du

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Bischenberg et de Lisbonne, Dieu en ouvrait dix autres en quelques années. En 1832, fondation à Philippopoli, en Bulgarie; en 1833, à Eggenburg, dans la Basse- Autriche; en 1834, à Leoben, en Styrie; en 1835, à Finale et à Modène, dans le duché de ce nom. A cetle même époque, la congrégation pénétrait en Belgique, qui devenait un nouveau centre d’expansion. Un chanoine de Tournai, Joseph Villain, grand admirateur des Œuvres de saint Alphonse, aimait à s’entretenir du saint évêque et de ses pieux ouvrages avec l’abbé Hannecart, curé de Rumillies, près de Tournai, et ses deux nobles paroissiens, le baron de Cazier et le comte de Bobiano. L’amour du saint fondateur fit naître un ardent désir de connaître sa congrégation et de l’introduire dans cette Belgique, d’où les Hollandais avaient banni tous les ordres religieux. On demanda au père Passerat quelques-uns de ses missionnaires, auxquels le baron de Cazier donna, en 1833, son hôtel de Tournai. La même année, l’évêque de Liège, M»r Van Bommel, créa deux autres maisons de rédemptoristes dans son diocèse, l’une à Liège, l’autre à Saint-Trond. Cette dernière résidence, qui servait d’abord de noviciat et de scolasticat, devint bientôt trop étroite. En 1836, un ancien couvent de capucins, situé à Wittcm, dans le Limbourg, fut assigné comme demeure aux étudiants.

En voyant ses enfants et ses couvents se multiplier, le père Passerat conçut un dessein plus vaste encore. On raconle que saint Alphonse, voyant un jour dans la baie de Naples un vaisseau prêt à faire voile pour la Nouvelle-Orléans, dit à ceux qui l’entouraient : <c Mes fils auront un jour une maison dans cette ville. » De fait, l’idée de transporter la congrégation en Amérique n’abandonna jamais le père Hofbauer. A ceux qui voulaient le chasser du sol autrichien et lui demandaient où il pensait se rendre, il répondit : « En Amérique. » Le père Passerat, au cours de ses pérégrinations en Allemagne et en Suisse, forma aussi plusieurs fois le projet d’aller demander au Nouveau Monde un refuge que l’Europe lui refusait. En 1832, à la demande de l’évêque de Cincinnati, il dépêcha dans cette région lointaine et encore sauvage trois de ses plus ardents missionnaires afin d’y établir une communauté. Pendant six ans, ces trois explorateurs et d’autres qui allèrent les rejoindre durent vivre séparés les uns des autres, au milieu des sauvages, exposés à mille dangers, et sans espoir de fonder jamais un établissement où ils pourraient vivre selon leur règle. Plusieurs fois il fut question de leur rappel; mais le père Passerat, plein de confiance en Dieu, soutint tous les courages. « Patience, patience! dit-il, l’année

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qui verra la canonisation de saint Alphonse verra aussi s’élever le premier couvent derédemptoristes en Amérique. » Cette prédiction, renouvelée plusieurs fois, se vérifia en 1839. Le second dimanche après Pâques, l’évèque de Philadelphie, Mgr Kenriek, installait les pères à Pittsburg, leur première fondation, au moment même où Ton se préparait à célébrer la fête solennelle de la canonisation.

Il avait suffi d’un demi-siècle pour opérer cette miraculeuse diffusion de la congrégation et ménager au saint fondateur le plus solennel des triomphes. Cinquante-deux ans auparavant, Alphonse descendait dans la tombe, laissant son pauvre institut privé de tout soutien et toujours menacé de mort, et voici que ce même inslitut comptait quarante maisons, vingt-trois dans les Deux-Siciles et les États de l’Église, dix -sept au-delà des Alpes, en Suisse, en Alsace, en Autriche, en Belgique, et jusque dans le Nouveau Monde. Près de cinq cents religieux avaient répandu partout ses pieux ouvrages et le renom de scs vertus. Le monde entier attendait depuis dix ans que la solennité de sa canonisation autorisât tous les fidèles à lui rendre un culte public.

Cette cérémonie avait été fixée par le pape Grégoire XVI au 26 mai 1839, fête de la très sainte Trinité. Avec le saint fondateur devaient être canonisés quatre bienheureux, parmi lesquels François de Hieronymo, de la compagnie de Jésus, celui qui avait prédit à la mère d’Alphonse la gloire future de son enfant. Les évêques affluaient dans la ville éternelle, les ordres religieux auxquels appartenaient les nouveaux saints y avaient envoyé de nombreuses députations. Cent rédemptoristes, ayant à leur tête le recteur majeur Ripoli et son vicaire général le père Passerat, arrivèrent d’Italie, d’Allemagne et de Belgique, pour assister au triomphe de leur père. Le 26, dès quatre heures du matin, cent et un coups de canon annoncèrent le grand jour de fête. A six heures se dirigèrent processionnellement vers le Vatican les ordres religieux, les vénérables chapitres, les séminaires, tout le clergé romain. Une multitude de personnes suivaient, un flambeau à la main. Puis venaient les bannières des nouveaux saints, dont les cordons étaient tenus par les parents encore survivants et par les membres de leur famille religieuse. Auprès de la bannière de saint Alphonse, on remarquait un des neveux du saint et plusieurs de ses petits-neveux. Enfin parurent les hérauts du pape, la cour pontificale, les abbés, les évêques, les cardinaux, revêtus de leurs insignes, et enfin le saintpère porté sur la sedia, tenant un cierge allumé, et bénissant la foule qui remplissait l’immense basilique. Quand tout le monde eut

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pris place dans ce temple auguste, orné de draperies d’or et ruisselant de lumières, on put se croire un instant au ciel. Un cardinal, au nom de la chrétienté, vint trois fois supplier le pape d’inscrire au catalogue des saints Alphonse et ses quatre compagnons, et trois fois l’assemblée tomba à genoux pour implorer l’assistance de l’Esprit-Saint. Alors le successeur de Pierre, d’une voix force, prononça le jugement définitif, qui mit au nombre des saints confesseurs pontifes le bienheureux Alphonse de Liguori. Grégoire XVI entonna ensuite le Te Deum , et l’Église militante s’unit à l’Église triomphante pour remercier Dieu du grand événement qui venait de s’accomplir.

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