‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 184 sur 222 · Bulle de canonisation, g vu · texte numérisé non relu

Bulle de canonisation, g vu

SAINT ALPHONSE AU XIXe SIÈCLE.

au rang des docteurs? Aussi, dès cette même année 4839, beaucoup d’évêques de diverses nations adressèrent à Grégoire XVI une supplique dans laquelle ils lui disaient que déjà la voix publique avait proclamé Alphonse « directeur des directeurs », mais qu’après avoir lu la bulle de canonisation rappelant Uéminente sainteté et les très doctes ouvrages d’Alphonse, il ne manquait plus à son titre de docteur que la déclaration officielle de l’Église. Les suppliants demandaient donc au pape défaire cette déclaration. Plusieurs autres suppliques semblables furent adressées à Grégoire XVI par les évêques des Deux-Siciles.

L’Église procède lentement. Pour arriver à son terme, la cause du doctorat devait progresser encore. Il fallait que la congrégation du Très Saint-Rédempteur, en s’étendant dans les deux mondes, fit connaître partout les écrits de son saint fondateur, et que les événements démontrassent aux chrétiens du dix-neuvième siècle l’excellence et l’opportunité de son apostolat et de ses doctrines.

Les fêtes de la canonisation attirèrent l’attention du pape et de la cour romaine sur les grands développements de l’institut en ces derniers temps. On se demanda d’où venaient ces nombreux supérieurs qui représentaient les fils de saint Alphonse au triomphe de leur père, et quels liens les rattachaient au recteur majeur et à la maison-mère de Nocera. On ne fut pas longtemps à découvrir que ces liens étaient presque nuis, grâce aux prétentions du gouvernement régaliste de Naples. D’après les lois du royaume, le recteur majeur devait nécessairement résider dans l’État napolitain et n’en pas sortir. C’était dans le royaume, et non ailleurs, que devait se tenir le chapitre général. Le roi se réservait de recevoir ou de renvoyer les capitulaires venus du dehors, et de confirmer ou de rejeter les statuts du chapitre. Il s’ensuivait que le recteur majeur restait à peu près étranger au gouvernement des maisons transalpines. De fait, des quatre supérieurs généraux qui s’étaient succédé depuis saint Alphonse, aucun ne les avait visitées1. Elles dépendaient presque uniquement du vicaire général établi à Vienne, lequel ne pouvait plus suffire à la besogne depuis la difTusion de l’institut en divers pays séparés les uns les autres par d’énormes distances.

Mis au courant de ces vices d’organisation par le père Passerat, Grégoire XVI résolut d’y remédier. Un décret daté du 2 juillet 184-1

1. Après les PP. Blasucci et Mansione, le P. Code avait gouverné la congrégation de 1824 à 1832. Devenu alors évêque et grand-aumônier de la cour, il avait été remplacé par le P. Ri poli, qui mourut en 1849.

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partagea la congrégation en six provinces : trois en deçà des Alpes, la Romaine, la Napolitaine, la Sicilienne; trois au-delà des Alpes, l'Autrichienne, la Gallo-Helvétique, et enfin la province Belge, à laquelle furent bientôt rattachées les fondations américaines. Le pape ordonna ensuite au recteur majeur de transporter à Rome le siège du gouvernement, et lui assigna pour résidence le couvent de Saint-Chrysogone au-delà du Tibre. Le vicariat général était supprimé comme un rouage inutile; les provinciaux traitaient directement avec le recteur majeur.

Cette organisation, parfaitement régulière, ne put s’établir qu’en partie, par suite de l’opposition du roi de Naples, qui considérait la congrégation comme une œuvre exclusivement napolitaine. Il avait fait de saint Alphonse le patron de sa capitale; c’est dans le royaume où il était né que devait rester le centre de son institut. Pour éviter un plus grand mal , le pape dut céder pour le moment, comme autrefois saint Alphonse lui-même, aux caprices du monarque, et le projet de transporter à Rome la résidence du recteur majeur fut remis à de meilleurs temps. Le père Ripoli continua de gouverner les maisons de Naples et des États romains ; le père Passerat resta vicaire général, mais avec trois provinciaux qui administrèrent sous sa juridiction les provinces transalpines.

C’était dans ces provinces que la congrégation devait prendre de notables accroissements. Là se trouvaient, parmi les nombreux disciples du père Hofbauer et du père Passerat, des hommes véritablement supérieurs, imbus de l’esprit de ces grands maîtres. De Fribourg, siège de la province gallo-helvétique, les pères Czech et Neubert exerçaient en Suisse et en Alsace une immense influence. Reçu dans la congrégation à Varsovie, compagnon du père Passerat dans ses pérégrinations à travers l’Allemagne et la Suisse , Louis Czech avait vécu en sa compagnie à la Valsainte et l’v avait remplacé comme supérieur. Zélé missionnaire, religieux fervent, habile administrateur, il devint l’homme de la Suisse et fonda la maison de Fribourg. L’Alsacien Michel Neubert, élevé également à la Valsainte, devint spécialement le missionnaire de l’Alsace et du pays de Bade. Comme les missions étaient interdites dans le grand-duché, les Badois traversaient le Rhin par milliers pour assister aux prédications enflammées du père Neubert. Un curé prêtait son église à ces étrangers; les habitants du bourg leur donnaient l’hospitalité pendant huit ou dix jours; l’ardent apôtre, aidé de ses compagnons, leur prêchait les vérités

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saintes et entendait leurs confessions. Ces missions badoises attirèrent de telles foules et excitèrent un tel enthousiasme que les autorités du grand-duché se virent forcées d'en ouvrir les portes aux missionnaires. Le père Neubert et le père Czech administrèrent successivement la province jusqu’en 1848 et l’enrichirent de trois nouvelles fondations : Landser, au diocèse de Strasbourg, en 1842; Saint-Nicolas-du-Port, au diocèse de Nancy, en 1845; et Teterchen, au diocèse de Metz, en 1847.

Dans la province autrichienne, à côté du père Passerat, brillait alors toute la pléiade de fervents religieux et de vaillants missionnaires formés par le père Hofbauer, les Starck, les Pajalich, les Madlener, les Kosmàczek, qui évangélisaient alors l’Autriche et la Bavière. Quatre nouvelles maisons furent créées par cette province avant la néfaste époque de 1848 : Montecchio, dans le duché de Modène, en 1842; Vilsbiburg, au diocèse de Ratisbonne, en 1846; en Bavière, au diocèse de Nassau, l’évéque confia aux rédemptoristes, en 1841, le grand pèlerinage d’Altœtting, à côté duquel ils élevèrent bientôt une maison de noviciat.

Mais c’est la province belge surtout que Dieu avait chargée de la propagation de l’institut. Depuis dix ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée des premiers rédemptoristes en Belgique, les postulants affluaient au noviciat de Saint-Trond et au scolasticat de Wittem. Le père Passerat avait nommé recteur de Liège et visiteur des autres maisons un homme de grande énergie et de grand mérite, le père Frédéric de Held. Fils du chancelier de l’empire d’Autriche. Michel de Held, Frédéric faisait ses études à l’Université de Vienne, quand il fut conduit par un de ses amis aux soirées du père Hofbauer. « Il m’inspira aussitôt une telle confiance, dit-il, que dès lors je me confessai à lui jusqu’à sa mort. » Aussitôt que la congrégation fut légalement reconnue par un décret de l’empereur, Frédéric s’empressa d’y entrer. Ordonné prêtre en 1823, il travailla dix ans avec un grand succès à l’œuvre des missions en Autriche. C’était, disent ses collègues, un lion en chaire, et un agneau au confessionnal. Nature fortement trempée, il avait l’intrépidité du soldat et l’adresse du diplomate. Le père Passerat en fit son lieutenant en Belgique : visiteur depuis 1833, il fut nommé provincial en 1841. °

Sous sa direction, deux grands missionnaires, bien que d’un caractère très différent, illustraient la congrégation, le père Bernard et le père Dechamps. Le premier, natif d’Amsterdam, faisait ses études au collège romain, où il était l’émule de Joachim Pecci, au-

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jourd’hui Léon XIII, et il venait de conquérir le grade de docteur, qui lui ouvrait dans sa patrie le plus brillant avenir, lorsque Dieu lui mit au cœur le généreux dessein de se faire soldat du Christ sous la bannière de saint Alphonse. Trois rédemptoristes vivaient alors inconnus dans la ville éternelle. Le jeune docteur leur demanda de le recevoir en qualité de novice. « Vous êtes Hollandais, lui dit-on, vous apprendrez facilement la langue allemande : allez à Vienne trouver le vicaire général Passerat, et faites ce qu’il vous dira. » Cela se passait en mai 1832. Un an après, Bernard, fidèle à la grâce, faisait profession entre les mains du père Passerat, qui renvoyait travailler au salut des âmes en Belgique et dans la Hollande, sa patrie. Dès lors il parut en chaire comme un autre Brydaine, remuant les masses populaires. Son port majestueux, disent ses contemporains, sa figure intelligente et mâle, son front large où résidait la force, son regard de feu jeté sur l’auditoire pour mesurer le terrain du combat, son long et solennel signe de croix, saisissaient profondément l’auditoire. Alors, de sa voix puissante et claire, il terrassait les pauvres pécheurs par des discours toujours apostoliques, et si pleins de fortes pensées, si vibrants de véhémente passion, qu’il était presque impossible de lui résister. Son zèle ne connaissait pas de bornes. Durant trente années il parcourut les deux mondes, prêchant les saintes missions avec le même succès en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, en Irlande, en Amérique.

Au moment où débutait le père Bernard, un autre jeune prêtre de grand talent, Victor Dechamps, entrait au noviciat de Saint- Trond. En 1830, après des études brillantes, il s’était fait publiciste. En 1831, il assistait à l’entrée triomphale du roi Léopold dans sa capitale. A l’enthousiasme du peuple succéda le silence et la solitude, et le jeune homme se dit intérieurement : « Tout n’est que vanité : je veux servir la cause éternelle, et un Roi qui ne passe pas. » L’année suivante, il était au séminaire, il lisait avec délices la Pratique de l’amour et les Gloires de Marie de saint Alphonse. Un jour qu’il méditait les pensées du saint docteur sur cette invocation des Litanies : Janua cæli, Porte du ciel, une voix intérieure lui dit que la vie religieuse serait pour lui la porte du ciel. Devenu prêtre, il frappait à la porte du couvent deSaint-Trond, quand ses yeux y rencontrèrent cette inscription : Mater Dei, sis inlranti janua cæli, Mère de Dieu, soyez la porte du ciel pour celui qui entre en ce lieu 4.

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