Lettre (la 13 décembre
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parce que beaucoup de ses habitants ne croient pas en Dieu. Puisse cette calamité leur dessiller les yeux ! >»
A Sainte-Agathe les malheureux affamés, comme Alphonse l'avait prédit, mangeaient les feuilles des arbustes et l’herbe des champs. Ils passaient par troupes, amaigris comme des squelettes, la face livide, les yeux hagards, les vêtements en lambeaux, gardant un silence de mort ou poussant des cris de désespoir. De temps en temps une jeune fille, un vieillard, tombaient dans la rue pour ne plus se relever. Un soir, après la distribution des aumônes, l’évêque et ses gens regagnaient leur cellule pour prendre un peu de repos. En traversant l'antichambre, le secrétaire Verzella aperçoit un pauvre couché sur un banc. Le croyant endormi, il appelle le serviteur Alexis; tous deux le secouent pour le réveiller, mais en vain : c’était un adolescent, pâle, sans parole et sans mouvement, prêt à rendre le dernier soupir. Vite ils avertissent l'évêque, qui descend en toute hâte, tenant d’une main des essences pour ranimer le moribond, et de l’autre un morceau de chocolat pour lui rendre un peu de force. Peu à peu le jeune homme revint à lui, ouvrit les yeux, et finit par prendre un peu de nourriture. Alphonse ne se sentait plus de joie. Par son ordre, l’heureux ressuscité fut soigné à l'évêché jusqu’au jour où, parfaitement guéri, on put le renvoyer à sa famille.
La misère étant extrême, le saint évêque recourut aux grands moyens. Il supplia le souverain pontife de l'autoriser à engager les biens de la mense épiscopale, autorisation qui lui fut accordée mais malheureusement un peu tard. De plus, ayant réuni les patrons des vingt-quatre chapellenies de Sainte- Agathe, il leur commanda de placer en gage toute leur argenterie. Il fit appel aux gentilshommes et aux fonctionnaires en mesure de lui prêter de l’argent. Un certain nombre s’exécutèrent de bonne grâce, sans grande espérance de rentrer dans leurs fonds. Le père de Mattéis, provincial des Jésuites de Naples, lui envoya trente ducats en souvenir de leur vieille amitié. Dans sa compassion pour les pauvres, Alphonse alla plus loin encore : il réduisit l’ordinaire de sa maison. « Quand les gens meurent de faim, dit-il, il faut que chacun s’ingénie à épargner les vivres. » Et l’on ne servit plus au dîner qu’un potage et un maigre morceau de bouilli. Il convoqua tous les supérieurs des couvents du diocèse , et les supplia , pour subvenir aux besoins des malheureux, de retrancher aussi quelque chose sur les dépenses accoutumées. « Avant tout, répondit l’un d’eux, je dois entretenir ma famille religieuse : aux pauvres je
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donne le superflu, mais rien de plus. » En entendant cet homme sans cœur, l’évêque bondit sur sa chaise. « Entretenir! dit-il d’un ton indigné, savez-vous ce que cela veut dire? Cela veut dire qu’il faut manger assez pour ne pas mourir, et donner le surplus aux pauvres. Religieux, vous avez promis à Dieu de mener une vie pénitente, et votre langage est plutôt celui d’un turc que d’un chrétien. » Le moine, abasourdi, profita de la leçon, à la grande satisfaction des pauvres de l’endroit.
Alphonse avait aussi projeté de vendre l’argenterie des évêques, la crosse pastorale, le bassin, l’aiguière, une pierre précieuse qui ornait l’agrafe de la chape ; mais le chapitre, dépositaire du trésor de la cathédrale, s’y opposa. « Comment ferons-nous, lui dirent-ils, quand vous officierez pontificalement? — Je me servirai d’une aiguière d’argile, répondit-il, car l'argent n’est pas de précepte. » Les chanoines refusèrent également l’autorisation d’engager ces objets. Alors, ne voyant plus aucun moyen humain de se procurer des ressources, le saint se prit à pleurer : « Mon Dieu, s’écria-t-il, que n’ai-je les mérites de saint Thomas de Villeneuve, et que ne puis-je trouver comme lui mes greniers remplis de blé ! » Et redoublant ses jeûnes et ses flagellations, il conjurait le ciel d’avoir pitié de son peuple, car sous la pression de la faim ces gens exaspérés pouvaient se livrer aux plus déplorables excès.
Déjà l’on voyait des attroupements qui, la menace & la bouche, déclamaient contre les affameurs et cherchaient les coupables. Aux jours des grandes calamités, la foule, qui ne raisonne pas, veut à toute force trouver des coupables et se venger sur eux des maux qu’elle endure. Le 20 février, à la pointe du jour, les rues de Sainte-Agathe étaient déjà pleines de mendiants, de paysans, d’ouvriers, de femmes et d’enfants qui, réunis par groupes, délibéraient sur les horreurs de la famine et les moyens d’y remédier. Évidemment, disaient les plus exaltés, il y avait des traîtres, des accapareurs, qui s’emparaient des vivres et prenaient plaisir à voir mourir de faim le pauvre peuple. Tout à coup quelqu’un dénonce le syndic, don Dominique Cerro, chargé de l’intendance des vivres. C’était l’homme le plus juste et le plus considéré de la ville. N’importe : son nom vole de bouche en bouche. « C’est lui, c’est le syndic qui affame les pauvres! Mort au syndic! » Aussitôt la multitude, bien résolue à l’assassiner, se précipite de tous côtés vers sa maison. La porte étant fermée, ils l’attaquèrent à coups de hache. Fort heureusement, pendant qu’on travaillait à la démolir, le syndic, échappé par une autre issue, chercha un refuge au palais épis-
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copal. A cette nouvelle, les émeutiers, pleins de fureur, coururent assiéger le palais et y pénétrèrent, réclamant à grands cris qu’on leur livrât l’affameur du peuple.
Alphonse n’était pas homme à trembler devant une émeute. Après avoir mis en sûreté le malheureux syndic, il alla seul audevant de ces forcenés. « Si vous voulez une victime, leur dit-il, me voilà! — Non, non, hurla la foule, le syndic! c’est le syndic qu’il nous faut, celui qui nous fait mourir de faim! » Il s’efforça de les calmer, démontra l’innocence de l’intendant, en appela aux sentiments chrétiens de son cher peuple, embrassa ceux qui se trouvaient auprès de lui, et finalement leur promit d’épuiser toutes ses provisions. A l’instant même il fit distribuer les pains et la farine réservés pour les aumônes des deux jours suivants, et la rébellion s’apaisa. Plus pressés de manger que d’assommer, les insurgés s’en retournèrent chez eux par le plus court chemin.
Le calme paraissait rétabli, quand le gouvernement, par une mesure imprudente, vint jeter de l’huile sur lé feu. Sur l’ordre de la Régence, soixante cavaliers arrivèrent à Sainte-Agathe pour protéger le syndic et empêcher le retour des scènes violentes qui venaient de troubler la ville et les environs. C’était le vrai moyen de mettre le peuple en fureur. Soixante cavaliers, c’est-à-dire soixante bouchés de plus, alors que les vivres étaient introuvables, et des coups de sabre si l’on implorait un peu trop haut la pitié des passants! A la moindre alerte on pouvait craindre des rixes sanglantes entre le peuple et les soldats. Alphonse prêchait la douceur aux officiers, la prudence aux hommes influents de la cité, la patience au peuple. En même temps il négocia avec le gouvernement le rappel de la troupe. Il ne fallut rien moins que le départ des cavaliers et une nouvelle distribution de vivres pour calmer les esprits.
En même temps Dieu lui donna de sauver le syndic d’Arienzo, don Ciro Lettieri, également menacé de mort par la populace. L'évêque avait mandé chez lui le frère de ce magistrat, Don Fabius Lettieri, alors trésorier de la collégiale d’Arienzo, pour mettre en ordre les archives de l’évêché. Ce travail devait durer quinze jours, mais une semaine s’était à peine écoulée qu’ Alphonse dit à Fabius : « C’est aujourd’hui vendredi, dimanche on aura besoin de vous à Arienzo, il vous faudra partir demain. — Monseigneur, répondit le trésorier, je suis en plein dans ma besogne, il m’est difficile de la quitter. — N’importe, reprit le prélat, je veux que vous partiez, car on aura grandement besoin de vous dimanche matin. » Fabius ne savait que penser de cet ordre inattendu. Le
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samedi, après le diaer, il dit au serviteur de Dieu : « Je pars, mais ne pourrais-je pas savoir pourquoi vous me renvoyez? — Le pourquoi, répondit-il, je ne le sais pas moi-mème, mais Dieu m’a donné l’inspiration de vous faire partir. »
Don Fabius se mit en route. Arrivé le soir à Arienzo, il trouva tout le monde en paix dans sa famille comme dans la ville. Le dimanche matin, il réfléchissait à la conduite mystérieuse du saint à son égard, quand tout à coup il entend sonner le tocsin. Vite il se rend sur la place, et y trouve un rassemblement de cinq à six cents personnes qui, les armes à la main, l’injure à la bouche, péroraient contre les affameurs du peuple. C’était une répétition des scènes tumultueuses de Sainte-Agathe. On accusait le syndic, don Ciro Lettieri, d’avoir caché des provisions de grain, et l’on ne parlait de rien moins que de le pendre haut et court. Fabius n’en demande pas davantage : il court avertir le syndic du danger qui le menace. Celui-ci s'enfuit chez les augustins, revêt le froc d’un des religieux, et quitte la ville. Il n’était que temps : la populace brisa les portes de sa maison, et l’aurait infailliblement massacré s’il ne se fût dérobé à ses coups. Alphonse fut ainsi, sans le savoir, l’ange tutélaire du syndic d’Arienzo.
Ce fut le dernier épisode de cet horrible drame. Au printemps, l’espérance d’une bonne récolte abaissa le prix des denrées. Des arrivages de l’étranger fournirent enfin à chacun le pain suffisant pour vivre, et l’abondance revint avec la moisson. Mais d'autres inquiétudes troublèrent alors le repos et la joie de l’évèque. Informé des séditions qui avaient eu lieu dans le diocèse, le tribunal de Montefusco ordonna de rechercher et d’arrêter les principaux meneurs. Trente pères de famille, innocents pour la plupart, furent traduits sur la dénonciation de leurs ennemis, devant le tribunal présidé par le marquis de Monteverde. Le saint se fit le défenseur des accusés, et plaida leur cause avec tant de force que le juge, cédant à ses instances, abandonna les poursuites. Le père saiwa ainsi ses enfants de la prison comme il les avait sauvés de la faim. Il fit plus encore. A l’occasion du fléau, il s’était commis d’énormes péchés contre la justice : accaparement des denrées, prêts usuraires, contrats exécrables, spéculations sans nom, qui lui avaient causé plus de douleur que les ravages mêmes de la famine. L’ordre rétabli, l’évêque dénonça du haut de la chaire ces injustices révoltantes , et menaça des vengeances divines les marchands et financiers qui s’en étaient rendus coupables s’ils ne les réparaient au plus tôt. Peu à peu il ramena dans
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les familles comme dans les consciences la paix avec l’équité.
L’héroïque dévoûment d’Alphonse pendant la famine de 1764 mit en relief un des traits les plus caractéristiques de sa sainteté : l’amour des pauvres. A l’exemple de Jésus-Christ, il avait une prédilection marquée pour les déshérités de la fortune. Comme le divin Sauveur, il faisait profession de prêcher l'Évangile aux pauvres , et de relever les cœurs brisés. Comme lui encore, il se sentait vivement ému à la vue de l’indigent obligé de mendier, de la jeune fille exposée à vendre son honneur pour un morceau de pain, du malade privé de médecin et de médicaments. Aussi donnait-il à tous avec une inépuisable libéralité. On le voyait presque toujours la bourse à la main, disent ses familiers. Son palais était une hôtellerie, et jamais il ne renvoyait un solliciteur sans l’avoir secouru. « Sauf l’argent consacré au traitement de ses serviteurs et à l’enl retien de sa maison, dit le vicaire général Rubini, tout le produit de la mense passait en aumônes. » — « La grande salle du palais, ajoute l’archidiacre Rainone, se remplissait chaque jour de pauvres qui demandaient, l’un du sel, l’autre du pain, celui-ci des fèves, celui-là des médicaments. Il distribuait à tous des bons, en échange desquels l’épicier ou l’apothicaire délivrait sa marchandise. Si on lui reprochait d’être trop généreux et de ne pas savoir économiser l’été pour les besoins de l’hiver : « La Providence ne fait jamais défaut, » répondait-il.
Non seulement il accueillait chez lui tous les indigents, mais il recherchait avec soin les pauvres honteux. Dieu sait combien de familles, dit le père Raphaël de Ruvo, il pourvoyait en secret de vivres et de vêtements. A l’une il assignait dix carlins par mois, à une autre trente, à une troisième cinq ou six ducats, selon le nombre ou le rang de leurs membres. » Une orpheline de qualité tombée dans la misère reçut de lui par l’intermédiaire de son curé, d’abord une somme considérable, et ensuite une pension chaque mois. De même il remettait secrètement un subside mensuel à une pauvre mère de famille dont le mari, joueur de profession, avait mangé toute la fortune. « L’évêque, disait-il, doit penser aux pauvres dont personne ne sèche les larmes : ce sont là les privilégiés de Jésus-Christ. » Quand il avait dépensé tout son avoir, il mendiait ou faisait des emprunts. 11 recourait à la libéralité des grands, au prince de la Riccia, au duc ou à la duchesse de Maddaloni. Celle-ci, pleine de vénération pour le serviteur de Dieu, lui envoyait parfois jusqu’à deux cents ducats, ce qui lui permettait de multiplier ses charités.
On n’en finirait pas si l’on voulait citer tous les traits admirables
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de sa bonté pour les pauvres. Les habitants dette Cave , près d’Arienzo, sont presque tous affligés d'un goitre, causé par l'insalubrité du pays. Une femme native de cet endroit vint un jour trouver l’évêque avecsa fille, ornée d’un goitre des mieux conditionnés. « J'ai trouvé à la marier, dit la mère, mais je ne sais comment la pourvoir d'un tonnino. » Alphonse se demandait ce que pouvait bien être un tonnino. A la question, posée par le secrétaire, la femme répondit que c’était un collier que portaient les fiancées. Verzella éclata de rire. « Mais, dit-il, tous les tonnini des orfèvres ne suffiraient pas pour un cou comme celui-là! » Cette fois, malgré sa gravité, l'évêque ne put s'empêcher de sourire; touché de compassion, il remit à la femme dix carlins pour acheter le tonnino, et comme elle trouvait que c’était peu, il en ajouta quatre autres. On lui faisait observer à ce propos qu'il écoutait trop son bon cœur, et que maintes fois des intrigants le dupaient. « C’est fort possible, dit-il, mais peu m'importe ! Il vaut mieux se tromper en donnant trop que se damner en donnant trop peu. »
Tel fut Alphonse durant le cours de sa longue vie : le père, le soutien, la consolation de tous les infortunés. L’horrible disette qui affligea son diocèse ne fit que manifester au dehors l’immense tendresse de son cœur et les ressources infinies de son dévoûment. Trop heureux les peuples qui ont à leur tête de tels pasteurs! Dans une histoire très documentée de la grande famine de 1764, l'auteur à qui nous avons emprunté quelques citations prend plaisir à dénigrer le clergé de cette époque. « J’ai lu avec attention, dit-il, l'histoire des saints et des saintes de ce temps-là, afin de me faire une idée de l’héroïsme tel qu’on l'entendait alors. J’ai vu, hélas! que pour leurs biographes le comble de la perfection consistait à réciter des prières. Ni art, ni industrie, ni effort d’aucune sorte : rien que des prières ! Prosternés aux pieds du crucifix ou de la Vierge, couverts d’un cilice, ils priaient toujours et ne cessaient point de prier... Nulle compassion, nul concours pour le bien, nul héroïsme, nul travail utile. Étrangers au monde, ils vivaient du surnaturel et du miracle. Ils croyaient, ils espéraient, ils aimaient, et cela les dispensait de tout devoir et de tout besoin. Pour vivre ils tendaient la main, et quelque riche confit en dévotion pourvoyait à leur entretien. Us s’en allaient en paradis sans fatigue : les anges les transportaient sur leurs ailes jusqu’aux pieds du Tout-Puissant, qui s’empressait de mettre sur leurs têtes une couronne si bien méritée l. »
1. Napoli nelV anno 1764, ossia documenti délia carestia, etc. par S. df. Renzi, 1868, pages 13-14.
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L’auteur ajoute qu’ainsi vivaient encore les saints et les saintes du temps de Charles III et de Ferdinand IV, mais que de nos jours on commençe à voir clair à travers le rideau qui couvrait leurs impostures. Il raille à l’occasion les prières, les vœux, les processions qu’on faisait à Naples et dans les provinces pour obtenir la cessation du fléau. C’est ainsi que les sectaires écrivent l’histoire et caricaturent la religion et les héros.
Le récit qu’on vient de lire montre l’indignité de ces accusations. Si quelqu’un a prié et recommandé la prière, c’est bien l’évêque de Sainte-Agathe. Et si quelqu’un dans ces temps malheureux a poussé jusqu’au plus haut degré l’héroïsme de la charité, c’est encore l’évêque de Sainte-Agathe. Est-ce donc que ce détracteur napolitain n’aurait jamais entendu parler d’Alphonse de Liguori, son compatriote? Afin de rabaisser la religion, il exalte beaucoup le progrès moderne, l’économie politique, le libre-échange, toutes choses qui, selon lui, rendent la disette impossible. Serait-il assez étranger à l’histoire contemporaine pour ignorer qu’en 1847 les Anglais protestants, libres-échangistes, ferrés sur l’économie politique et sociale, ont laissé mourir de faim un million d’hommes sur leurs terres d’Irlande, et forcé un second million à chercher un morceau de pain en Amérique? L’auteur écrivait en 1868, cent quatre ans après la famine dont il décrit les horreurs. En 1868, l’Italie une, sa chère patrie, avait aboli les couvents, dépouillé les religieux, installé ses soldats dans les monastères, interdit les processions, sécularisé les écoles. Les saints et les saintes se faisaient rares dans l’Italie régénérée, et en revanche l’on comptait par milliers les francs-maçons, les athées, les anarchistes, tous très forts sur l’économie politique et sociale. Est-ce que cela empêche les Italiens de mourir de faim à Rome, à Naples et à Milan? Est-ce que l’auteur, s’il vit encore, n’entendrait pas retentir le cri sinistre: « Du pain! du pain! »non plus durant six mois comme en 1764, mais tous les jours de l’année depuis vingt ans? Est-ce qu’il ne voit pas ses compatriotes émigrer en Amérique par centaines de mille pour y trouver le pain quotidien que les économistes sont impuissants à fournir depuis qu’ils ne le demandent plus à Dieu?
En dépit des déclamations des sectaires et des utopies de certains catholiques, la vraie économie sociale sera toujours la charité, fille delà religion catholique. Que partout, s’inspirant de la charité du Christ, les chrétiens, prêtres ou laïques, trouvent dans leur bourse et dans leur cœur, à l’exemple de saint Alphonse, de quoi soulager les infortunes de tout genre, et la question sociale sera résolue.