CHAPITRE VII
RÉFORME DES MOEURS
Pourquoi le saint ne convoque pas de synode diocésain. — Ordonnances épiscopales. — Rappel aux convenances cléricales. — Moralisation. — Les repentants — Les incorrigibles. — La prison et l’exil. — Surveillance de l’évêque. — Colère et menaces des scandaleux. — Les femmes perdues. — Le bras séculier. — Objection du promoteur de la foi. — L’Église désarmée et le vice triomphant.
Pendant l’été l’infatigable évêque reprit le cours de ses visites pastorales. Il parcourut tous les districts qu’il n’avait pas encore visités, de sorte que, avant de terminer la seconde année de son épiscopat, il avait constaté l’état des paroisses, noté les abus, étudié les réformes nécessaires. Incapable de temporiser quand la gloire de Dieu et le salut des âmes étaient en jeu, il prit immédiatement la résolution d’employer, pour remédier aux maux du diocèse, le moyen prescrit par le concile de Trente, c’est-à-dire la célébration d’un synode diocésain. Ce moyen pouvait à la vérité manquer d’efficacité, car le gouvernement régaliste ne reconnaissait pas aux évêques le droit d’édicter des lois synodales ; il pouvait même olTrir de grands dangers, car certains individus, brouillons ou compromis, étaient capables de transformer cette réunion en conciliabule et de faire opposition à toute mesure d’ordre. Nonobstant ces difficultés, Alphonse croyait devoir se conformer aux prescriptions du concile. Il annonça donc au souverain pontife la prochaine convocation de l’assemblée synodale, et sa résolution de réformer les nombreux abus existants, au moyen de statuts qu’il soumettrait ensuite à l'approbation du Saint-Siège.
Toutefois en réfléchissant plus mûrement aux difficultés que pouvait susciter l’exécution de son projet, il se demanda s’il était bien prudent de lancer son vaisseau à travers vents et marées, au
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risque de le précipiter sur un écueil. N’allait-il pas compromettre le bien commencé, par un conflit avec le gouvernement ou par une lutte avec son clergé? Sans doute il se trouvait en présence d’une loi de l’Église, mais cette loi, comme toutes les lois positives, souffre des exceptions. « L’évêque, dit Benoit XIV, ne doit pas se laisser entraîner par un zèle exagéré ou intempestif; il doit peser avec soin les circonstances de temps et de lieu L » Ce qui est utile à une époque peut devenir pernicieux dans une autre. Fortement impressionné par ces considérations, il prit le parti de consulter des hommes prudents et consciencieux, tels que son vieil ami Borgia, et le père Janvier Fatigati, en qui il avait pleine confiance. Tous deux, pour les motifs ci-dessus mentionnés, lui conseillèrent d’abandonner son dessein, et d’autres prélats, également consultés, furent du même avis, ce qui rassura pleinement sa conscience. « Le but que je voulais, dit-il au père Tannoia qui lui avait servi de messager auprès des évêques, je l’atteindrai par de simples ordonnances. Ainsi je n’aurai pas à craindre que des cerveaux brûlés me suscitent des embarras ou me brouillent avec le gouvernement. »
En conséquence, dans sa première relation à la congrégation du Concile, il explique ainsi sa nouvelle détermination : « La célébration du synode, je le sais, tient le premier rang parmi les devoirs d’un évêque, comme étant le moyen le plus sûr et le plus efficace pour rétablir la discipline ecclésiastique, réformer les mœurs, corriger les abus, et créer les œuvres les plus propres à procurer le salut des âmes. Malheureusement, dans les circonstances que nous traversons, il n’est permis aux pasteurs ni d’édicter ni de publier des lois synodales^ J’ai donc dû me contenter comme tant d’autres dignes évêques de pourvoir au rétablissement de la discipline par des notifications ou ordonnances épiscopales 2. » La congrégation reconnut avec lui que, vu les circonstances, la célébration d’un synode était « une entreprise très périlleuse, hérissée de mille difficultés », tout en l’exhortant à dépenser « les ressources de son esprit, de sa prudence et de son habileté » pour vaincre ces difficultés. Au lieu de s’amender, le régalisme restreignit de plus en plus les libertés de l’Église, en sorte que jamais Alphonse ne put réunir un synode dans son diocèse.
Les statuts qu’il avait préparés furent donc transformés en simples ordonnances épiscopales, dans lesquelles il se garda soigneu-