Relation de 1765. — Corrispondenza spéciale , page
L ÈVÈQÜE DE SAINTE-AGATHE
sement de toute innovation. « C’est mon principe, disait-il, qu’un évêque ne doit innover que pour réparer une injustice ou détruire un abus. » En revanche, les abus, bien qu’invétérés et apparemment légitimés par une longue tolérance, durent compter avec lui. Afin d’agir selon toutes les règles de la prudence, il s’entoura des principaux dignitaires ecclésiastiques, chanoines, curés, supérieurs d’ordres religieux, et recueillit leurs avis sur les réformes nécessaires; puis, après avoir beaucoup prié, il publia six ordonnances, dont il exigea rigoureusement l’observation. « Mieux vaut ne pas commander, dit -il dans les Réflexions , que de ne pas tenir aux ordres donnés. Si l’évêque laisse fouler aux pieds l’une de ses prescriptions, toutes seront bientôt méprisées; de là ce mot de saint Paul à Tite : Commande avec fermeté , afin que personne ne te méprise. Celui-là ne sera jamais bon évêque qui craint de déplaire aux hommes quand il s'agit de défendre les intérêts de Dieu. Un évêque, disait un saint prélat, doit s'attendre à tout : au poison, aux procès, aux plus iniques condamnations1. »
Les ordonnances nous font connaître le clergé napolitain du dixhuitième siècle. A ce point de vue, elles offrent un sujet d’étude très intéressant. Si on y joint les actes de sagesse et d’intrépidité que nécessita parfois leur application, elles mettent dans tout leur relief le caractère et la vertu de nore saint.
Alphonse avait observé avec grand soin les mœurs et habitudes des ecclésiastiques. C’était l’époque du laisser-aller, de ce sansfaçon qui ne cadre guère avec la tenue « grave, modeste, religieuse ’, » recommandée par les conciles. Beaucoup de prêtres ne se distinguaient point des laïques par leur costume. Des vêtements séculiers, parfois même tout à fait mondains, remplaçaient la soutane. Plusieurs portaient des cheveux frisés, bouclés, parfumés; d’autres, des perruques selon la mode des grands seigneurs. Alphonse rencontra certain jour un de ces damoiseaux déjà sur l’àge, qui portait une perruque par nécessité, mais si jolie quelle lui donnait l’air d’un chérubin. Il saisit la perruque et la jeta dans l’eau bouillante, ce qui mit à néant boucles et frisure. « Voilà comme je l’aime », ditil en la rendant au propriétaire déconfit et morfondu. Les ecclésiastiques portaient des habits ornés de galons d’or, de rubans et de dentelles; des manteaux de couleur, qui les faisaient ressembler à de jeunes pages. Les prêtres allaient à la chasse, aux chasses les plus bruyantes, en dépit des saints canons. Les jeux de hasard,