CHAPITRE IX
LES SAINTES FONCTIONS
Le saint sacrifie*». — Ordonnances sur les rubriques. — La Messe expédiée. — Le livre des Cét'émonies . — Ignorance du peuple. — Ordonnances sur la prédication. — Du style populaire. — L’évêque prédicateur. — Pénurie de confesseurs. — Défaut de science. — Alphonse refuse d’ordonner les clercs qui ne pourraient subir un examen de juridiction. — Le Confesseur des gens de la campagne. — Conférence des cas de morale. — Transformation du diocèse.
Il restait au saint évêque à rappeler aux prêtres les devoirs qu’ils ont à remplir pour se sanctifier et sanctifier les fidèles qui leur sont confiés. Il le fit dans plusieurs ordonnances solennelles sur les trois fonctions vitales du saint ministère : la célébration de la sainte messe, la prédication et la confession.
Le relâchement plus ou moins général avait amené la ruine de la ferveur, et par suite mille négligences, même à l’autel. Un des objets principaux de la sollicitude de notre saint fut de rétablir partout l’exacte observance des rites sacrés. Au cours de ses visites pastorales, il faisait dresser dans son antichambre un autel, autour duquel se réunissaient les prêtres de l’endroit pour être examinés sur les rubriques et officier en sa présence. Il donnait lui-même des instructions aux moins habiles et confiait les autres au maître des cérémonies. A ceux qui péchaient par trop gravement contre les règles essentielles, il enlevait le pouvoir de dire la messe, et ne le leur rendait qu’après plusieurs mois d’épreuves. Il fut ainsi obligé d’interdire un jeune homme tout nouvellement promu aux ordres. « Qui donc vous a enseigné les rubriques? demanda-t-il à cet ignorant. — Maître Dominique Oropallo. » Surle-champ maître Oropallo fut mandé et mis en demeure de répéter devant l’évêque les cérémonies de la messe. Il s’en tira plus mal
L’ÉVÉQUE DE SAINTE- AGATHE
encore que son élève et fut interdit comme lui, ce qui eût peutêtre égayé les assistants s’ils n’eussent tremblé pour leur propre compte.
De ce désordre en naissait un autre plus grave : la trop grande hâte dans la célébration du saint sacrifice. On rencontrait des prêtres qui expédiaient la messe en un quart d’heure, et moins encore. Sans merci Alphonse les frappait d’interdit. L’un d’eux fut envoyé à Pagani pour y faire une retraite. « Dites-lui, écrivait l’évêque au père Villani, que s’il ne se corrige pas, jamais je ne le réhabiliterai : ce serait me mettre, ainsi que lui, en état de péché mortel. »
Pour remédier à ces maux capables de tarir la source des grâces, il n’attendit pas la visite pastorale. Dès son arrivée dans le diocèse, le 2 juillet 1762, il avait adressé au clergé cette importante circulaire : « Tout le monde sait avec quelle révérence on doit traiter le saint sacrifice de la messe. Aussi recommandonsnous vivement à tous nos prêtres d’observer avec soin les cérémonies prescrites et de célébrer avec la gravité qui convient à un si grand mystère. Le respect dû à Dieu l’exige aussi bien que l’édification due aux fidèles, et c’est pourquoi le concile de Trente impose aux évêques « l’obligation formelle d’empêcher toute irré- « vérence dans la célébration du saint sacrifice, irrévérence qui peut « difficilement n’être point taxée d’impiété ». Or, manquer en matière notable aux rubriques du missel, lesquelles sont toutes préceptives, constitue une irrévérence grave, comme aussi le fait de célébrer avec trop de précipitation. En conséquence les docteurs condamnent communément comme coupable de faute grave celui qui célébrerait la messe en moins d’un quart d’heure, car il n’est pas possible en si peu de temps de proférer distinctement les paroles du missel et d’accomplir dignement les cérémonies qui les accompagnent. Nous faisons donc savoir à tous nos prêtres que notre attention sera continuellement éveillée sur cette matière . Notre surveillance s’exercera sur les réguliers comme sur les séculiers, car le concile de Trente a établi les évêques délégués apostoliques en ce qui concerne la célébration de la sainte messe. »
Certains ordres religieux firent peu attention à cette ordonnance générale qui , pensaient-ils, ne les atteignait pas. Deux mois plus tard *, il revint à la charge : « Monseigneur est informé, écrit le chancelier, que des religieux célèbrent la messe en moins d'un