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L’ÉVÉQUE DE SAINTE-AGATHE
de juin, et puis je remplirais là un office odieux qui ne me convient nullement. » Le saint ne s’en rendit pas moins à Cisterna, où se trouvait alors le cardinal. Spinelli ne put s’empêcher de sourire en le voyant. « Éminence, lui dit Alphonse de prime abord, vous m’avez joué là un bien mauvais tour. » Le cardinal lui raconta comment le pape, après avoir, sur la représentation de son conseil, accepté la renonciation, s’était ensuite subitement ravisé. Ce changement de volonté devait être attribué à l’inspiration de Dieu qui assiste son vicaire. « Courage donc, ajouta le cardinal, portez de bon cœur le fardeau de l’épiscopat. Le secours de Dieu est assuré là où la vocation est plus que certaine. » Les deux amis s’entretinrent longtemps des affaires de l’Église ; puis, quand Alphonse prit congé, Spinelli lui dit du ton le plus affectueux : « A Rome ne vous inquiétez de rien : je serai, moi, votre agent. » Le lendemain, 25 avril, le saint fondateur entrait dans la ville éternelle. Sa première visite fut pour la basilique Vaticane. Pendant plus d’une heure il resta comme en extase devant l’autel, puis, longtemps, bien longtemps, à genoux devant la statue du prince des apôtres, il implora pour lui et ses ouailles sa puissante protection.
Sa renommée de science et de sainteté l’avait précédé à Rome; aussi fut-il accueilli partout avec estime et vénération. Le supérieur des pieux-ouvriers, François Longobardi, qui lui témoignait grande affection, revendiqua l’honneur de lui donner l’hospitalité. A Rome comme à Naples affluèrent les visiteurs les plus distingués, les cardinaux Orsini, Gallo, Antonelli, Spinelli; le père Ricci, général de la compagnie de Jésus. Le duc de Sora, marquis de Piombino, lui offrit un logement dans son palais, et mit un équipage à sa disposition. Alphonse refusa le logement, mais il accepta le carrosse, que son âge et ses infirmités rendaient indispensable. Un abbé Bruni, attaché au cardinal Spinelli, vint lui offrir ses félicitations. « Hélas! lui dit-il, je n’ai aucune des qualités requises pour l’épiscopat; mais j’incline la tète sous l'ordre du pape, à qui Dieu nous commande d’obéir. » Au professeur Topi, qui le complimentait, il répondit : « Père lecteur, le pape veut faire de moi un évêque; bientôt il se convaincra de visu que je ne suis qu’une vieille machine détraquée. »
Après les réceptions, les invitations à dîner ; mais son humilité trouvait facilement des prétextes pour s’excuser. Aux pères lazaristes, qui multipliaient les instances, il répondit : « Donnez, s’il vous plaît, aux pauvres de Jésus-Christ, le dîner que vous voulez m’offrir, afin que le Seigneur me fasse connaître sûrement à Rome sa sainte
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volonté. » Il fut cependant obligé de paraître à la table du cardinal Orsini, lequel avait invité en son honneur plusieurs grands personnages. Or, en acceptant, bien contre son gré, ce dîner d’apparat, il n’avait pas pensé aux règles de l’étiquette. Au moment de gagner le palais Orsini, on lui fit remarquer qu’il fallait échanger sa soutane contre l’habit de cérémonie. Mgr Testa, disait-on, s’étant un jour présenté chez le cardinal sans s’être conformé à cet usage, le majordome exigea qu’il retournât le faire. Au risque d’être éconduit, Alphonse se présenta en habit religieux. « Éminence, dit-il, me voici dans mon accoutrement ordinaire, chose assez disgracieuse pour vous. — J’aime ces sortes de disgrâces, » répondit le cardinal, et il l’embrassa affectueusement devant tous ses convives.
Malgré l’extrême bienveillance dont il était l’objet, Alphonse avait hâte d’échapper aux visites et aux compliments. Trois jours après son arrivée à Rome, il écrivait à son frère Hercule : « Il me semble que je suis ici depuis mille ans, tant il me tarde d’échapper à la représentation et aux cérémonies, d’autant plus, ajoutait-L plaisamment, que je me ruine en cadeaux de toute espèce. On vous mange ici tout vif. Beaucoup de cérémonies, mais aussi beaucoup d’argent. » Ce qui le chagrinait surtout, c’est que les visites continuelles lui laissaient à peine le loisir de se recommander à Dieu. Aussi, comme le pape se trouvait à Civita-Vecchia pour quelque temps encore, il résolut de faire, en attendant son retour, le pèlerinage de Lorette. Villani l’en dissuadait, alléguant l’excessive fatigue d’un tel voyage : « Soyez tranquille, lui répondit Alphonse, la bonne mère m’aidera. Quand retrouverai-je une occasion comme celle-ci? Rien ne me coûtera pour avoir la consolation de visiter la sainte maison où le Verbe éternel s’est fait homme pour moi! »
11 partit de Rome le 28 avril avec le père Villani et le serviteur Jannella. Sur la route, les trois voyageurs se dédommagèrent des distractions forcées de Rome, car Alphonse leur faisait passer la journée dans une union continuelle avec Dieu. De grand matin il commençait la méditation, suivie des heures canoniales. Puis venait la visite au saint Sacrement et à la sainte Vierge ; puis la récitation du rosaire et des litanies; puis d’autres prières pour les âmes du purgatoire. Le reste du temps jusqu’à midi, on l’occupait à chanter de pieux cantiques ou à s’entretenir de saintes pensées. Vers midi, Alphonse faisait sa préparation à la messe avant de mettre pied à terre; puis, lorsqu’on se remettait en route, il récitait Vêpres et Complies, suivies, comme le matin, de la méditation, de la visite,
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et de la récitation du rosaire. Arrivé à l’hôtellerie où l'on devait passer la nuit, il récitait Matines et Laudes du lendemain. 11 avait pour tout cortège l’humilité et la pauvreté. Il ne portait d’autres vêtements que la soutane et la simarre de la congrégation. Le matin il jeûnait, et le soir, comme le plus pauvre des voyageurs, il prenait son maigre repas à la table des voituriers.
Les trois jours consacrés à Notre-Dame de Lorette furent pour lui trois jours d’ineffables consolations. On peut dire qu’il établit sa demeure dans la Santa Casa . Il observait ou plutôt il méditait jusqu’aux plus petites circonstances locales. On l’entendait répéter sans cesse dans un ravissement presque extatique : « C’est donc ici que le Verbe de Dieu s’est fait homme ! c’est ici que Marie le tenait dans ses bras! » Un jour il demanda au père Villani de le laisser seul. Villani s’éloigna, et l’homme de Dieu, seul avec Jésus et Marie, entra dans une longue et profonde contemplation du grand mystère que l’Église, au son de la cloche, rappelle trois fois par jour à l’esprit et au cœur de ses enfants. Grâce aux égards d’un père jésuite, pénitencier de l’église, Alphonse put admirer toutes les richesses artistiques qui en composent le trésor. 11 versait des larmes de jôie en entendant les noms des rois, des princes, des personnages illustres, qui avaient donné à Marie ces magnifiques témoignages de leur piété filiale.
Lorette lui rappelait la pénitence de l’Homme-Dieu. Aussi resta-til ces trois nuits à genoux sans se mettre au lit. Son serviteur Janella raconte que, l’ayant observé à différentes heures à travers les fissures de la porte, il le vit toujours agenouillé, toujours en oraison. Le soir il ne prenait au souper qu’une infusion de sauge, et il ne mangeait que fort peu au dîner. Si on l’excitait à goûter d’un mets quelconque, il trouvait toujours une raison pour s’en dispenser. Indifférent à toute espèce de curiosités, il ne quittait la chambre, matin et soir, que pour se rendre à la Santa Casa . Une foule de pèlerins manquant de tout lui tendaient la main : il faisait l’aumône à chacun. L’un d’eux était à moitié nu : il lui donna sa meilleure chemise.
Enfin il fallut quitter le célèbre sanctuaire, mais on peut dire qu'Alphonse y laissa son cœur. Au retour, il ne parlait que du sublime mystère qui s’y était accompli. De leur côté, comme on va le voir, Jésus et Marie ne perdaient pas de vue leur pieux serviteur. Arrivés à un certain endroit, le vetturino trouva la petite rivière Tarni, qui coupe la route, changée, par l’effet d’une pluie d’orage, en un véritable lleuve. Sans mesurer la profondeur des eaux, il
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lança ses chevaux à travers le torrent. A mesure qu’il avançait, les roues disparaissaient sous les flots, qui bientôt envahirent l’intérieur de la voiture. A son âge et avec ses infirmités, le saint eût infailliblement péri dans cette inondation si son courageux serviteur ne l'eût pris sur ses épaules et porté jusqu’au bord de la rivière. On était heureusement à peu de distance de Spolète, où les voyageurs parvinrent dans la soirée.
En apprenant l’arrivée d’Alphonse, qu’il n’avait jamais vu mais qu'il connaissait parla lecture de ses ouvrages, l’évêque de Spolète. M** Vincenzo Acqua, retenu au lit par la maladie, lui envoya son carrosse en le priant d'accepter l’hospitalité dans son palais. Alphonse se rendit à son désir, ce qui remplit de joie le cœur du vertueux prélat. A peine eut-il aperçu le serviteur de Dieu qu’il se sentit porté à lui manifester les inquiétudes qui troublaient son âme au sujet de son diocèse. « J’ai sur les bras, lui dit-il, quatre cents paroisses et quarante monastères de religieuses. La besogne est immense, et je n’ai pas le nombre d’ouvriers suffisant pour cultiver ce trop vaste champ que Dieu m’a confié. Jugez de mes tourments. » Alphonse prodigua les consolations au zélé prélat dans un entretien qui se prolongea une partie de la nuit. L’évéque aurait désiré que cette nuit fût plus longue afin de jouir plus longtemps de la douce conversation du saint, et toujours il bénit la bonne Providence de le lui avoir envoyé.
Le 8 mai, Alphonse rentrait à Rome en même temps que Clément XIII. Son premier soin fut de lui demander l’audience qui devait fixer son sort. Arrivé auprès du pape, il se jeta à ses pieds pour les baiser humblement, mais le saint-père le releva, l’embrassa et le fit asseoir à ses côtés. Résolu de tenter un suprême effort pour se décharger d’un fardeau qu’il ne croyait pas pouvoir porter, Alphonse se prosterna de nouveau, et mit toute son éloquence à plaider sa cause. Il représenta son âge avancé, ses infirmités, et par-dessus tout son incapacité, trois raisons plus que suffisantes, pensait-il, pour le rendre inhabile à l’épiscopat. Quant à son incapacité, Clément XIII était édifié sur ce point. Il se contenta de lui répondre, non sans une certaine émotion, mais d'un ton qui ne souffrait pas de réplique : « L’obéissance fait des miracles : confiez-vous en Dieu, et Dieu vous aidera. » 11 le fit asseoir de nouveau et s’entretint avec lui pendant une heure et demie de la situation politique et morale du royaume de Naples et de l’état de la congrégation. Alphonse eut ainsi l'occasion d’exposer au pape le grand bien opéré par les missions et comment, malgré
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les difficultés légales, son institut se soutenait, appuyé sur la bienveillance des évêques et du souverain.
Clément XIII eut tant de plaisir à l'entendre qu'il le manda plusieurs fois à son audience. Un jour il le retint pendant trois heures, lui demandant son avis sur les affaires importantes de l'Église. Aussi ne parlait-il qu’avec une profonde admiration de la sagesse et de la sainteté du nouvel évêque. « J'ai conféré très longtemps avec le pape, écrivait Alphonse lui-même à son frère Hercule, il a été plein d’amabilité pour moi. » A Rome, où l’on commente, comme partout, les sourires de l’autorité, le bruit courut bientôt que l’évêque de Sainte-Agathe allait être revêtu de la pourpre. Il est fort à croire que, vu ses dispositions, cette pourpre lui eût servi de linceul.
Dans l’une de ces audiences pontificales, comme l’entretien roulait sur la fréquente communion, Alphonse dit au saint-père qu’ayant écrit un ouvrage sur ce sujet, il avait rencontré des contradicteurs dans ces rigoristes qui, sous prétexte de dévotion, exagèrent les dispositions requises pour communier avec fruit, et éloignent de la sainte table. « Et quel est donc leur but? s’écria le pontife avec feu. Je connais, moi, les fruits qu’a produits et que produit encore la fréquente communion. Vous avez eu tort, ajoutat-il, de garder le silence. Il faut répondre à vos adversaires. » Toujours obéissant, Alphonse composa pendant son séjour à Rome sa Réponse apologétique à la lettre de don Cyprien Aristasio sur la fréquente communion , réponse dont nous avons déjà parlé. Il offrit cet opuscule au pape et aux cardinaux, qui lui en témoignèrent toute leur satisfaction.
Il fallait tout le courage d’un apôtre pour s’occuper de travaux théologiques dans des circonstances où chaque minute avait pour ainsi dire son emploi. On le voyait partout, chez le secrétaire d’État, chez les cardinaux, les prélats, les examinateurs des évêques, attendant avec patience que les domestiques voulussent bien l’introduire. Comme il avait l’air d’un mendiant et ne manifestait ni son nom ni sa dignité, on ne faisait guère attention à lui. Il se trouvait un jour dans l’antichambre du secrétaire d’État, confondu avec la foule des solliciteurs qui demandaient audience, quand un père capucin qui le connaissait, indigné de le voir ainsi oublié et méprisé, dit aux serviteurs du cardinal : « Savez-vous qui est ce religieux dont vous ne vous occupez pas? C’est Alphonse de Liguori , le saint et le savant dont les écrits sont connus en Italie et dans le monde entier. En dépit de sa pauvre soutane, il n'en mérite pas moins de passer le premier. »
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Avant leur consécration, les futurs évêques doivent subir un examen qui permette au souverain pontife de constater leur science théologique. Les trois examinateurs désignés pour interroger le saint, le cardinal Gallo, grand-pénitencier, l’abbé de Saint-Pierre aux Liens, et le dominicain Ricchini, maître du sacré palais, lui demandèrent sur quelle matière il désirait être examiné. Comme il s’en remettait à leur choix, et que tous trois le priaient gracieusement de choisir lui-même, il désigna le traité de F opinion probable et le traité de legibus . « Pour moi, dit le père dominicain malicieusement, je vous réserve une question qui vous fera plaisir, à savoir s’il est permis de désirer l’épiscopat : An liceat ap petere episcopatum? » C’était toucher la corde sensible. Alphonse sourit, mais on voyait à la tristesse de son visage qu’il eût plus volontiers pleuré.
La veille de l’examen, il se rendit à San-Lorenzo in Borgo, au noviciat des Écoles-Pies pour y voir passer la magnifique procession de la Fête-Dieu. Il voulait jouir des honneurs rendus dans la capitale du monde chrétien à ce mystère d’amour que les impies ont tant outragé depuis plusieurs siècles. Là encore il donna un bel exemple de mortification. Comme il souffrait de violentes douleurs de tête par suite de la chaleur intense de la journée, on lui offrit de la glace, mais il refusa sous un prétexte quelconque et se contenta d’un verre de limonade. Du reste, sa souffrance avait une autre cause plus active que la chaleur : le fardeau de l’épiscopat l’épouvantait comme au premier jour. En rentrant le soir à Sainte- Marie des Monts chez les pieux-ouvriers, il fut saisi d’une forte migraine qui lui enleva l’appétit et le sommeil. Il ne consentit à prendre un peu de nourriture que sur l’ordre du père Villani et afin de pouvoir se présenter à l’examen.
Le lendemain de la Fête-Dieu, 11 juin, Alphonse fut introduit par les cardinaux Orsini et Antonelli dans la salle où l’attendaient le pape et toute sa cour. A la pâleur de ses traits et à la contraction de son visage, les assistants comprirent qu’il était malade et s’affligeaient déjà de le voir privé d’une partie de ses moyens; mais, à ses réponses fermes et précises, ils n’en constatèrent que mieux son éclatante supériorité.
* Il exposa son système sur l’opinion probable, mais à peine l’examinateur, probabilioriste acharné, l’eut-il entendu, qu’il lui di sans façon : « Votre thèse n’est pas soutenable, car il existe une loi qui la condamne. — Et quelle loi? demanda notre saint. — Dans le doute il faut choisir le parti le plus sûr. » Ainsi forcé de se dé-
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fendre, Alphonse réfuta l’objeclion par des raisons tellement péremptoires que l’examinateur se déclara pleinement convaincu. Le saint racontait lui-même plus tard au père Volpicelli qu’en ce moment s’étaient évanouis ses derniers scrupules au sujet de son système moral l.
Le père dominicain Ricchini tint parole : il lui posa nettement la question de savoir s’il est, oui ou non, licite d’ambitionner l’épiscopat. Alphonse n’avait sans doute pas entendu distinctement la question, car il pria l’examinateur d’élever un peu plus la voix, ce qui donna lieu à une bonne plaisanterie du cardinal Gallo. Se tournant vers Clément XIII, il lui dit en montrant Alphonse : « Très Saint Père, il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. » Le pape sourit, et toute l’assistance avec lui. On ne dit pas quelle fut la réponse du saint à la question du père Ricchini, mais il est facile de la deviner. D’après l’usage, l’examen terminé, le futur évêque adresse au pape qui l’a nommé un mot de remerclment. Un des cardinaux le fît remarquer à Alphonse, qui n’eut pas l’air de comprendre, car il garda un silence absolu. Toutefois, comme le cardinal insistait : « Très Saint Père, dit Alphonse, puisque vous avez daigné me faire évêque, priez Dieu que je ne perde pas mon âme. » Le cardinal trouva sans doute que le compliment n’était ni trop long ni trop flatteur.
Le lundi ik juin, dans un consistoire secret tenu au palais apostolique du Quirinal, le pape donna « l’église épiscopale de Sainte-Agathe des Goths, dans la Principauté ultérieure, province du royaume de Naples, au Révérendissime Seigneur don Alphonse de Liguori, prêtre napolitain et missionnaire apostolique. » Il n’y avait plus à reculer : l'épouse attendait l’époux. Le sacre eut lieu le 20 juin dans l’église de la Minerve par les mains de l’éminentissime Rossi, de l’ordre des frères prêcheurs, assisté de M** Gorgoni, archevêque d’Édesse, et de M** Jordani, archevêque de Nicomédie et vice-gérant de Rome. L’évêque avoua depuis à son confesseur que ce jour fut un des plus douloureux de sa vie. Il le comparait à cette autre journée terrible où son père le tint, trois heures durant, étroitement embrassé en le suppliant de ne pas le quitter. « Dans le premier cas, dit-il, j’avais à combattre contre l’affection d’un père qui m’aimait tendrement; dans le second j’avais à combattre contre moimême pour accepter, malgré mes répugnances, une charge dont la responsabilité me faisait trembler. »