‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 33 sur 222 · Extrait de la troisième ordonnance · texte numérisé non relu

Extrait de la troisième ordonnance

LES SAINTES FONCTIONS

L’évèque le félicita et Thébergca pendant deux jours. Comme il se disait attaché à la résidence d’Arpaia, au moment de prendre congé pour se rendre à son poste, il demanda la juridiction. « Au préalable, lui dit Alphonse, il vous faudra subir un examen, et avant de vous y admettre, je dois m’entendre avec vos supérieurs. » 11 prit des informations sur ce convertisseur de la Bosnie : c’était un renégat, qu’il fit arrêter sur-le-champ et chasser du diocèse. *

Ni les docteurs, ni les abbés des monastères, n’étaient exemptés de cette loi. Un capucin gradué, réputé très docte parmi ses confrères, prêchait à Arienzo. 11 demanda la faculté de confesser; mais ayant refusé de se soumettre à l’examen, il dut prêcher tout le carême sans siéger au confessionnal. Au monastère des dominicains de Durazzano arriva un maître des novices qui avait été provincial et même vicaire apostolique dans les missions lointaines. 11 se présenta à l’évêché pour obtenir la juridiction, mais Alphonse lui répondit avec beaucoup de politesse qu’il ne pouvait, ne fût-ce que pour ne pas faire d’exception, le dispenser de l’examen. « Vous avez bien raison, lui dit en riant le dominicain, vous ne saurez jamais combien de jésuites j’ai évincés, que la Propagande avait approuvés. » L’évêque l’examina par des questions indirectes pendant le repas, et n’eut qu’à le féliciter de son savoir. Le père abbé Muscati, du couvent de Monte-Vergine, ayant pris la direction du monastère d’Airola, Alphonse alla le complimenter. A cette occasion, l’abbé le pria de conférer les pouvoirs à deux de ses religieux; en dépit de ses instances, il ne put rien obtenir qu’en les soumettant à l’épreuve ordinaire. Voyant cette ténacité, il n’eut pas le courage de demander la juridiction pour lui-même : il la fit solliciter par une personne influente, qui parlementa sans succès. Il lui fallut se présenter à l’évèque, dont il admira l’extrême délicatesse. Alphonse en effet l'entretint seul à seul, sans aucune formalité, et puis lui conféra la juridiction. Quant à ses deux religieux, ils se présentèrent aussi à l’examen, mais après avoir passé six mois à se rafraîchir la mémoire.

Ces mesures constamment et énergiquement appliquées remirent l’étude en honneur dans tout le diocèse. Non seulement les prêtres acquirent la science suffisante à leur vocation, mais un certain nombre d’entre eux devinrent des hommes supérieurs. Le saint évêque arriva même à fonder une Académie de Morale, dont les membres, recrutés en grande partie parmi les curés, se réunissaient chaque semaine sous sa présidence. Il posait les questions,

L’ÉVÊQUE DE SAINTE-AGATHE

discutait avec eux, les auimait au travail, et leur fournissait de sa bibliothèque les livres dont ils avaient besoin.

Il réussit également à former une société de missionnaires diocésains, dont les uns aidaient les curés urbains tandis que les autres se dévouaient plus spécialement à l'évangélisation des campagnes. Ces apôtres, pleins de zèle et de dévoùment, exerçaient chaque semaine leur pieux ministère dans les diverses localités du diocèse, entourés de tous les prêtres et clercs de l'endroit. Quand leur société fut solidement établie, Alphonse l’affilia à la congrégation napolitaine connue sous le nom de la Conférence.

Deux ans avaient suffi à notre saint pour créer et mettre en œuvre tous ces moyens de régénération. Le diocèse avait subi une transformation complète. Les scandaleux, prêtres ou laïques, n’osaient plus se montrer ; les candidats au sacerdoce travaillaient et priaient dans leur séminaire réformé; les cures et bénéfices étaient occupés par des prêtres dignes ou qui tendaient à le devenir; la piété rentrait dans le sanctuaire, la parole apostolique dans la chaire, la science morale au confessionnal. Un homme, mais un homme de Dieu, avait opéré ces merveilles, endigué le torrent de corruption qui entraînait tout un peuple à l’ablme, forcé les récalcitrants au devoir, et triomphé de toutes les oppositions, avec l’aide du divin Maître qui soutient ses vrais serviteurs, avec le concours des magistrats dont il sut stimuler le zèle, avec l’appui du peuple qui, malgré ses vices, ne peut s’empêcher d’admirer et d’aimer ses évêques et ses prêtres quand ils lui apparaissent sous les traits du Bon Pasteur.

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