Istruzione e Pratica , traltato délia Coscienza, n
2. Kiproverebbe il sistema dell’ opinione meno probabile, ina non già il nostro délia egaalmenle probabile. Ibid.t n« 42.
LE PÈRE PATUZZI.
parait plus vraisemblable, pour adhérer à celle qui ne lui parait ni vraie ni sérieusement probable ; en d’autres termes, ce serait agir contre la conscience. »
Cela dit pour bien délimiter la thèse, Alphonse établit contre les probabilioristes gu’ « il est permis d’adopter l’opinion également probable en faveur de la liberté ». Voici son raisonnement, la clé de voûte de tout son système : « Une loi douteuse n’oblige pas. Or quand deux opinions sont également ou à peu près également probables, il y a doute strict sur l’existence de la loi. Donc la loi, n’étant que douteusement promulguée, n’a aucune force obligatoire; donc il est vrai de dire qu’on peut suivre l’opinion également probable en faveur de la liberté. » Les probabilioristes, qui nient ce droit pour n’en faire bénéficier que l’opinion plus probable, imposent donc à l’homme des lois qui n’en sont pas, et tyrannisent les consciences.
Ayant prouvé ces diverses propositions par toutes sortes d’arguments et d’autorités, l’auteur répond aux objections de ses adversaires, puis il conclut en ces termes : « Je ne répondrai pas aux objections des probabilioristes contre l’opinion moins probable, » car nous la condamnons comme eux. « L’usage de l’opinion également probable est le seul que nous admettions comme licite, ainsi que nous l’avons observé au commencement de cette dissertation1. »
L’auteur ajoute « qu’au début de ses études, entraîné par ses maîtres, il avait défendu l’opinion rigide avec chaleur. Malgré ces préjugés, plus il approfondit cette question, plus la doctrine équiprobabiliste, quæ pro opinione æquiprobabili stat, lui apparut certaine en vertu du principe qu’une loi douteuse n’oblige pas. Je suis prêt, conclut-il, à l’abandonner si l’on me démontre que je suis dans l’erreur, mais plus j’examine les raisons qui l’appuient, plus je les trouve démonstratives ».
Pour comprendre les colères que souleva cette dissertation, il faut se rappeler que depuis un demi-siècle les rigoristes triomphaient sur toute la ligne, couvrant du même mépris toutes les opinions simplement probables. Et voilà que l’évêque de Sainte-Agathe entreprend de ressusciter, au moins sur un point, cette question du probabilisme qu’on croyait enterrée. Il lâche, il est vrai, l’opinion moins probable; mais il arbore un nouveau drapeau, il ose défendre Ja licéité de l’opinion équiprobable, il pousse l’audace jus-
I. L*uso dell* egualraente probabile, che solamente è ammesso da noi per lecito. Breve Dissert ., 1702, pag. 96.
L'ÉVÉQUE DE SAINTE-AGATHE
qu'à condamner ouvertement le système probabilioriste, et cela au moment de sa victoire sur la « morale relâchée ».
Il ne faut donc pas s’étonner de voir les rigoristes combiner leurs efforts pour mettre en pièces la dissertation et faire rentrer sous terre l’évêque de Sainte- Agathe des Goths. Un religieux ouvrit le feu par une critique enfiellée. « Au lieu de s’inspirer des trop fameux casuistes, l’auteur ferait bien mieux, disait-il, de consulter l’Écriture sainte, d’étudier les Pères, de lire les canons des conciles. Lui, si pieux et si saint, était en train de perdre son âme par un amour excessif des jésuites! » Suivait toute une série de billevesées semblables.
La réponse, dont nous ne pouvons donner qu’une courte analyse, ne se fit pas attendre. « Vous vous trompez du tout au tout, observa l’évêque au censeur, je ne suis pas saint, comme vous le dites, mais je défends un principe certain, à savoir la licéilé de l’opinion équiprobable. Vous voulez que, pour résoudre les cas de conscience, je m’en tienne à l’Évangile, aux Pères, et aux conciles : où avez-vous vu dans l’Évangile que les lois douteuses soient obligatoires? D'un autre côté, pourriez-vous prouver que les Pères et les conciles résolvent tous les cas de conscience? — Vous ajoutez que le système des opinions probables est aujourd’hui condamné par les évêques et les confesseurs. Hélas ! mon Révérend Père, combien d’écrivains se vantent de professer votre probabiliorisme sans savoir au juste ce dont il s’agit, et combien de confesseurs suivent nos principes et se disent néanmoins probabilioristes de peur d’être taxés de laxisme par vous et les vôtres !
« Vous affirmez que j’ai embrassé mon sentiment par un attachement trop passionné pour les jésuites. C’est le refrain habituel; encore dois-je vous remercier de ne m’avoir point enrôlé parmi les tertiaires de la compagnie. Je vénère les jésuites, mon Révérend Père, mais enfin je n’ai pas eu le bonheur de fréquenter leurs écoles. Prévenu contre leurs doctrines, spécialement contre le probabilisme, j'ai même chaudement défendu l’opinion contraire. Les raisons alléguées dans ma dissertation m’ont fait changer de sentiment. J’ai quitté le monde pour sauver mon âme, et vous croyez que j'embrasserais, pour plaire aux jésuites, une doctrine réprouvée par ma conscience ! Vous avez une bien pauvre idée de mon esprit, vous qui m’appelez docte et pieux. Lisez ma Morale, et vous verrez que j’y embrasse une multitude d’opinions contraires aux opinions des jésuites, aussi bien qu’à celles des dominicains, des franciscains, des carmes, des théatins. Je ne suis que ma conscience, et quand
LE PÈRE PATUZZI.
la raison me persuade, je fais peu de cas des moralistes... Vous me citez un texte de Benoit XIV qui, selon vous, condamne le probabilisme; mais, supposée l'autorité que vous donnez à ce texte, il s’ensuivrait que le pape aurait réprouvé l’usage de l'opinion moins probable, mais non pas celui de ly opinion également probable . »
La fin de cette réponse peint au vif la droiture et la sincérité de notre saint. « Vous m’avertissez charitablement, dit-il au critique, du compte terrible que j’aurai à rendre au sujet de mes opinions. Selon vous, je marche sûrement à la damnation. Mon cher Père, je ne suis qu’un pauvre pécheur, j’ai bien des raisons de trembler en pensant au jugement de Dieu, mais eu vérité je ne ressens aucune crainte au sujet de mes opinions. Je les tiens pour certaines et inattaquables : aussi les soutiendrai-je aussi longtemps que vous ne m’en aurez pas prouvé la fausseté. Montrez-moi que je me trompe, et je me rétracte à l’instant même, et d’autant plus volontiers que mon amour-propre y trouvera son compte : du même coup ces messieurs les probabilioristes m’exalteront comme un saint et me feront figurer, par-dessus le marché, sur leur liste des écrivains à la mode. »
Il est certain que cette réponse ne dut pas mettre les esprits sérieux, ni même les rieurs, du côté du censeur anonyme; maig ce n’était là qu'une escarmouche avant la bataille. Il y avait alors dans le camp rigoriste un terrible jouteur du nom de Patuzzi. Esprit subtil, caustique, érudit, audacieux, Vincent Patuzzi, de l’ordre des dominicains, ne le cédait en rien au fameux Concina comme porte-drapeau du probabiliorisme. Ses Lettres théologiques contre les jésuites lui avaient fait un renom de polémiste redoutable. Son biographe, Sandellius, prétend que, depuis les Provinciales , on n’avait rien écrit d’aussi fort contre la compagnie. « L’Italie, ditil, n’a plus rien à envier à la France. Elle possède dans son Patuzzi un écrivain aussi spirituel, aussi élégant, aussi érudit que l’immortel Pascal1. » Patuzzi écrivit trois ou quatre ouvrages contre le probabilisme; puis, sans doute pour en finir plus vite avec ses adversaires, il dénonça aux ministres d’État les thèses probabilistes, lesquelles mettaient en péril les gouvernements et les souverains. C'est ce Goliath de la polémique qui va se charger de terrasser l’évêque de Sainte-Agathe et de réduire en poudre la dissertation de 1762.
Patuzzi enseignait alors la théologie à Venise. Au commencc-