‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 46 sur 222 · Ex parts itidem et concordiæ amore · texte numérisé non relu

Ex parts itidem et concordiæ amore

L’ÉVÊQUE DE SAINTE-AGATHE

divisé en quinze ou seize cents paragraphes. Le 15 octobre, l'ensemble et les détails étaient acceptés, et tous les capitulaires, Alphonse en tête, signaient les actes du chapitre, en d'autres termes le livre des constitutions. « Ainsi, dit Tannoia, furent consacrées nos antiques coutumes et approuvés nos règlements, à la grande consolation de notre saiut fondateur et des membres de l’assemblée. »

Dieu bénissait visiblement son serviteur et l’œuvre qu’il lui avait confiée. Pendant le chapitre, le saint allait un jour commencer la messe dans la chapelle de YAddolorata qu’il avait en spéciale vénération. Seul le père Siviglia se trouvait auprès de lui pour répondre aux prières. Alphonse fixa les yeux sur la Vierge des Douleurs, qui se trouvait en face, puis il prononça ces mots : Judica me, Deus... et s’arrêta. Siviglia crut à un trouble de mémoire, et suggéra la suite du psaume; mais le saint gardait le silence. Trois fois le servant répéta les mêmes paroles sans se faire entendre. Étonné il leva les yeux sur le célébrant, et le vit plongé dans une profonde extase, d’où il ne réussit à le tirer qu’après l’avoir appelé et secoué pendant un certain temps. — Judica me, Deus! et Dieu répondit par la voix du chapitre : « Tu es vraiment mon serviteur, et je mets mes complaisances dans ton œuvre. Enfants, écoutez-le, ipsum audite . »

Les constitutions, d’après un décret spécial du chapitre, furent déclarées obligatoires à partir du 1er janvier 1765. Dans l’intervalle, les recteurs de chaque maison devaient les faire transcrire à l’usage de leurs communautés. Naturellement elles furent reçues avec plus ou moins de joie selon les dispositions plus ou moins ferventes des sujets. La très grande majorité applaudit aux résolutions du chapitre, mais, comme on devait s’y attendre, certains esprits tracassiers, dont les espérances sans doute étaient trompées, trouvèrent à critiquer, et même se permirent, malgré toutes les précautions prises, des objections sur la légitimité du chapitre et de son œuvre. Mais Alphonse veillait. En avril 1765, Mazzini, nommé visiteur, parcourut les maisons pour réformer les moindres pratiques contraires à la discipline régulière, et l’on voit par des observations laissées à Ciorani avec quel soin il s’acquitta de sa charge : « Le propre de la condition humaine, dit-il, même parmi les personnes religieuses, c’est de tendre toujours au relâchement, et par conséquent il est nécessaire de réparer toujours les brèches faites à l’observance. A l’issue de cette visite que je viens de faire à Ciorani, je dois dire que j’ai trouvé, chez les supérieurs comme chez les sujets,

CONSTITUTIONS LIGUORIENNES.

le plus vif désir de maintenir la règle dans toute sa vigueur; cependant, pour rendre impossible toute infraction, je dois vous rendre attentifs aux recommandations suivantes... » Et il signalait quelques particularités qui pourraient paraître minutieuses si Ton ne savait qu’une défectuosité, si minime soit-elle, peut à la longue devenir un très nuisible défaut.

Du reste quelques-uns méritaient des reproches plus graves, car, à la date du 8 avril 1765, Villani, à l’occasion de nouvelles attaques contre la congrégation, adressait aux maisons cette circulaire : « Manus Domini tetigit nos1. Mais je crains moins nos persécuteurs que nos manquements, lesquels attirent justement sur nous ces dures épreuves. Ce qui me perce le cœur, c’est de voir que, loin d’ouvrir les yeux et de vivre comme de vrais disciples du saint Rédempteur, certains sujets se laissent aller de plus en plus à l’imperfection et à l’irrégularité. Mes chers frères, si nous voulons que le feu s’éteigne, il suffit de ne pas y jeter de combustible. Donc, par amour pour notre bien-aimée congrégation, notre commune mère, observons tous avec la plus scrupuleuse fidélité nos vœux, nos règles et constitutions, les pratiques d’obéissance, d’humilité, de pauvreté qui conviennent à de vrais imitateurs de Jésus-Christ. Si nous vivons de la sorte, nous aurons Dieu pour nous, et alors ni le monde ni l’enfer, je vous l’assure, ne pourront rien contre nous. »

Ces exhortations ne suffisant pas à corriger certains individus qui sans doute en avaient assez de la vie religieuse, Alphonse adressa lui-même à toute la congrégation une de ces circulaires qui faisaient l’effet d’un coup de clairon : « Mes très chers frères en Jésus-Christ, écrit-il le 8 août 1765, j’apprends avec peine que l’esprit de ferveur s’affaiblit parmi nous. Je vous avertis donc de prendre garde à vous, car tant que je vivrai je ne souffrirai aucun relâchement dans l’observance.

« 11 parait que la pauvreté et la mortification ne plaisent pas à tous. Sommes-nous donc venus dans la congrégation pour y prendre nos aises et nos commodités? En ce cas pourquoi ne pas être restés dans nos familles? Il parait aussi qu’on fait peu cas de l’obéissance aux supérieurs. Sachez que, sans l’obéissance, c’en est fait de la congrégation. Sans l’obéissance un couvent n’est qu’un foyer d’inquiétudes, de discordes et de péchés.

« Je viens de voir le père vicaire, et je lui ai dit que s’il se commet des fautes notables, je veux en être averti. En ce cas on infli-

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