CHAPITRE XII
DÉMISSION REFUSÉE
Infirmités du saint. — Doit-il se démettre de l’épiscopat? — Consultations à ce sujet.
— Il donne sa démission. — Clément XIII la refuse. — Visite pastorale à Airola.
— Don Hercule et sa femme. — Un air de piano interrompu. — Conférence d’Alphonse avec sa belle-sœur. — Deux prophéties. — Compte rendu des trois années d’épiscopat. — Un hiver à Arienzo.
Nous avons eu maintes fois l’occasion, surtout pendant ces trois années d’épiscopat, de constater la prodigieuse activité d’Alphonse, activité vraiment inexplicable si l’on tient compte de son état maladif, des fièvres, des accès d’asthme, des douleurs de tête, des suffocations violentes, qui depuis vingt ans le tenaient au lit des mois entiers. « Je suis vieux, écrivait-il en 1761 à son éditeur Remondini, et presque chaque année je fais une maladie mortelle. » En 1762, il faillit mourir pendant la mission de Sainte-Agathe. En 1763, il reçut les derniers sacrements à Airola, au moment de terminer la visite pastorale. En janvier 1765, il écrit au Père Villani : « L’au dernier, j’ai passé presque tout l’hiver dans mon lit, et m’y voilà de nouveau confiné depuis un mois, sutToqué par mon asthme ». Après quelques semaines de répit, il écrit de nouveau vers la fin de mars : « Je viens d’être repris par une fièvre qui me donne le frisson. A la grâce de Dieu! »
Ce martyre de tous les jours l’accablait d’autant plus, qu’avec sa grande délicatesse de conscience il se demandait si cet état d’infirmité, qui paralysait plus ou moins les efforts de son zèle, ne l’oblig-eait pas à donner sa démission. A la fin de 1764, ses inquiétudes devinrent plus vives : il résolut de consulter à ce sujet Mgr Borgiaet d’autres personnages qui possédaient sa confiance. Les pères Tannoia et Villani furent chargés d’être ses intermédiaires auprès d’eux
I/ÊYÉQUE DE SAINTE-AGATHE
et de faire valoir les raisons pour ou contre la démission. Le 25 décembre, le père Majone pressait vivement Tannoia d’agir : <' Notre père est toujours au lit, souffrant de ses suffocations. Ces jours derniers, fatigué de mener une pareille vie dans ce climat meurtrier pour lui, il me chargea de vous rappeler l’afTaire dont il vous a entretenu. 11 est inquiet de savoir si vous en avez conféré avec M*r Borgia. Si vous ne l’avez pas fait, il veut que vous le consultiez au plus tôt, ainsi que le père Fatigati. Décrivez-leur bien l’état dans lequel il se trouve, expliquez-leur ses scrupules de ne pouvoir remplir comme il le voudrait ses devoirs de pasteur, et puis rapportez-lui fidèlement leur opinion, parce que, dit-il, « dans une affaire de cette imporlance, il faut que tout passe par ses mains ». Tannoia et Villani s’abouchèrent en effet avec l’évêque Borgia, qui, connaissant mieux que tout aulre l’état de souffrance et de délabrement de son ami, approuva fortement sa résolution, et lui fit répondre qu’il pouvait en sûreté de conscience suivre son penchant pour la solitude.
Au lieu de tranquilliser le malade, cette réponse le jeta dans de nouveaux tourments. « Mgr Borgia, écrit-il au père Villani, approuve ma résolution de déposer le fardeau; toutefois je ne veux agir qu’avec la certitude de faire la volonté de Dieu. Or la principale cause de la démission ne peut être le désir de la retraite et de la solitude, comme le prélat parait le croire : cette cause n’est pas admise par le droit; mais bien mon êge avancé, et surtout mes continuelles infirmités. Ensuite, pour me débarrasser de tout scrupule, il faut ajouter que je ne laisse pas d’expédier toutes les affaires. L’hiver, je ne puis entreprendre aucune tournée dans le diocèse ni même assister au chœur; mais l’été, libre de la poitrine, je puis faire les visites pendant trois ou quatre mois. Je me sens vivement poussé à donner ma démission pour n’avoir plus à souffrir de tant de scandales que je vois, et de refus que je suis forcé d’infliger; mais je tremble précisément à la pensée que je cherche peut-être mon repos et non la gloire de Dieu. Je voudrais savoir ce que demande la plus grande gloire de Dieu L »
D’autres religieux napolitains, consultés par son ordre, opinèrent, comme Mgr Borgia, qu’il pouvait sans blesser sa conscience offrir au pape sa démission. Alors il s’en remit purement et simplement à la décision du père Villani. Pour l’éclairer sur la question, il lui envoya une vraie consultation de théologien : « Bien que j’aspire