‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 49 sur 222 · LeUre du 14 janvier 17C · texte numérisé non relu

LeUre du 14 janvier 17C

DÉMISSION REFUSÉE. 181

à la solitude, dit-il, ma cellule deviendrait un enfer si je pensais avoir abdiqué ma charge contre la volonté de Dieu. Dieu m’a voulu évêque : cela est certain; pour me libérer, il faut donc que je sois moralement certain qu’aujourd'hui Dieu ne me veut plus évêque. Or, saint Thomas affirme que l’évêque est lié par vœu à son Église ; le droit défend de l’abandonner sans juste cause, et ne considère comme telle ni l’embarras des travaux ni le désir de la solitude, contrairement à l’avis de Mgr Borgia. La vieillesse et la mauvaise santé peuvent être des causes légitimes, mais seulement quand l’âge et les infirmités rendent le sujet inapte à remplir son office.

< Ces principes posés, venons à mon cas. Il est vrai que je suis vieux, car j’entrerai bientôt dans ma soixante-dixième année; il est vrai aussi que ma santé est mauvaise, spécialement à cause de mes catarrhes de poitrine; néanmoins cela ne m’empêche pas de faire passer les examens des confesseurs et des ordinands. J’exige même pour la science plus que beaucoup d’autres. Je poursuis les scandales sans pitié comme sans respect humain. Quant aux bénéfices, je les confère aux plus méritants, ce qui me vaut plus d’ennemis que d’amis. Au printemps, ne pouvant entreprendre aucune visite ni même sortir, j’expédie les affaires, je fais les examens et les correspondances. Je consacre les quatre ou cinq mois d’été à la visite pastorale. — Il faut peser attentivement toutes ces données pour m’enlever tout scrupule. Je voudrais bien échapper aux angoisses que je ressens ici, mais j’entends toujours résonner à mon oreille cette parole de Notre-Seigneur : Si tu m'aimes , pais mes brebis . Cette inquiétude de savoir si je fais bien ou mal en quittant mon diocèse, m’est un tourment plus grand que tous les autres1. »

Après avoir pesé devant Dieu les motifs allégués pour ou contre la démission, Villani décida que, vu son âge et ses infirmités, Alphonse pouvait, sans crainte de déplaire à Dieu, renoncer à sa charge. Le pape, juge suprême mis au courant de la question, prononçerait en dernier ressort. En conséquence l’évêque de Sainte- Agathe adressa à Clément XIII une humble supplique, dans laquelle il lui exposa que, ne se croyant plus capable de remplir convenablement les devoirs de l’épiscopat, il se voyait forcé de demander au vicaire de Jésus-Christ de l’en décharger.

Les jours et les mois passèrent sans apporter aucune nouvelle, ce qui lui parut de mauvais augure. « Aucune lettre de Rome, écrivait-il en juin au père Villani. Difficilement j’obtiendrai la grâce

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