Process. ord. Sanlagalh pages
DÉMISSION REFUSÉE
avec la duchesse d’Isola. La vieillesse ne l’avait pas rendu moins sévère. « J’ai soixante-dix ans, disait-il, et si je me permettais comme certains jeunes gens de tout voir et de tout regarder, je serais encore en danger de me perdre. >'
Sur le point de prendre congé, don Hercule et sa femme vinrent lui présenter la supplique pour laquelle surtout ils avaient fait le voyage d’Airola. Je me trouvais présent, dit le même Pierre Truppi, au moment de leurs adieux. « Mon cher Alphonse, dit don Hercule, je vous en prie, donnez une bonne bénédiction à dona Marianna afin que Dieu nous accorde un fils. » Le serviteur de Dieu sourit et, se tournant vers moi, dit en plaisantant : « Vous entendez ce que me demande mon frère? » Comme don Hercule insistait avec force, il leva la main et fit un grand signe de croix sur sa bellesœur, en lui disant ainsi qu’à son frère d’avoir bon espoir, et que leurs vœux seraient exaucés *. » Il remit alors à sa belle-sœur, ajoute Tanuoia, deux images représentant toutes de.ux saint Louis. Or quelques mois après dona Marianna mit au monde deux jumeaux, ce qui expliqua le présent mystérieux.
Don Hercule eut encore un autre fils, ce qui le combla de joie, mais sa joie ne fut pas sans mélange. Persuadé qu’il devait ses trois filsaux prières de son frère, il les lui conduisit un jour : « Voyez comme ils sont charmants, lui disait-il, admirez mes deux petits jütaeaux! — Et si vous perdiez l’un de ces deux enfants, demanda l’évèque, en seriez-vous bien triste? — Ah! que dites- vous là? » s’écria Hercule, tout alarmé. L’évèque se tut, mais il avait de nouveau prophétisé : deux mois après, l’un des deux jumeaux mourut. Le père affligé vint se consoler auprès de son frère et lui rappela sa prédiction. « De grâce, lui dit-il, ne prononcez plus de ces paroles sinistres. — Ne craignez pas, repartit Alphonse, vous conserverez les fils qui vous restent, et vous les verrez croître sous vos yeux. » Il les vit croître en effet jusqu’au jour peu éloigné où Dieu l’enleva de ce monde. Dès lors le saint reporta sur ses neveux, qui tous étaient ses filleuls, les sentiments de tendre affection qu’il avait toujours eus pour son frère.
La visite d’Airola terminée, l’évêque rentra dans sa ville épiscopale. La tournée pastorale l’avait fatigué, et l’on pouvait craindre, à l’automne, un accès plus grave de son asthme. Déjà plusieurs fois les médecins s’étaient prononcés pour un changement de résidence, du moins en hiver. Ils lui conseillèrent fortement de se transporter
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L’ÉVKQüE DE SAINTE-AGATHE.
à Arienzo, où l’on jouit d’un air plus chaud et plus sec. Ce fut pour lui un vif sujet d’inquiétudes. « On regrette beaucoup ici, écrit-il à Villani, que je doive habiter Arienzo l’hiver prochain. Je le regrette plus que personne, car j’y serai éloigné de ma cathédrale, de la chancellerie, et, ce qui me coûte plus que tout le reste, de mon séminaire. D’un autre côté, les deux derniers hivers ont été très funestes à ma santé, d’où il vient que les médecins me pressent de résider à Arienzo, où l’air est bien moins humide qu’à Sainte- Agathe. Ce qui me tourmente, c’est que cette ville, déjà si pervertie, se pervertira encore davantage pendant mes longues absences. Donnezmoi donc votre avis là-dessus afin de rassurer ma conscience L » Villani ne put que ratifier la décision des médecins. Puisque le saint vieillard devait continuer à porter le fardeau de l’épiscopat, il devait aussi ménager une santé nécessaire à l’accomplissement de ses obligations.
Avant de quitter Sainte-Agathe, il envoya à la congrégation du Concile, le rapport triennal que les évêques doivent faire personnellement ou par intermédiaire sur l’état de leur diocèse. Cette relation très détaillée, dont nous nous sommes souvent servi dans les chapitres qui précèdent, expose avec la plus scrupuleuse* fidélité les abus existants et les moyens employés pour y remédier. « Voilà trois ans, y est-il dit, que, malgré mon indignité, j’ai été promu par la grâce de Dieu et du Saint-Siège Apostolique à l’église de Sainte- Agathe. Je connais mon troupeau, j’ai vu de mes yeux les brebis qui me sont confiées. Je puis donc donner, dans la mesure que comporte le jugement de l’homme, un compte-rendu exact de l’état de mon Église. Comme mon âge avancé et mes continuelles infirmités m’empêchent d’entreprendre le voyage ad lirnina , j’emprunte pour remplir ce devoir le secours d’un intermédiaire. » En terminant son rapport il ajoutait : « Si, dans les détails que je viens de fournir à Vos Éminences, l’un ou l’autre point vous parait digne de blâme, je suis prêt à recevoir humblement les observations qui me seront adressées, et à courber la tête avec la plus parfaite docilité 2. »
La réponse de la congrégation contient le plus complet éloge de l’évêque et de son administration. « Les Éminentissimes Interprètes du Concile de Trente, dit le secrétaire, ont lu avec un vif intérêt la relation de Votre Seigneurie Illustrissime concernant l’état de votre Église et la manière dont vous gouvernez le diocèse. Sur l’un et