Lettre du 16 juin
2. Première relation du saint sur Vêlai de son diocèse , 8 juillet 1765.
DÉMISSION REFUSÉE
l’autre sujet ils ont les plus justes motifs de se réjouir et de vous féliciter. En effet, rien dans votre diocèse qui ne soit établi dans les meilleures conditions, ou qui ne soit chaque jour perfectionné par vos soins et vos labeurs. Aucune des sollicitudes inhérentes à la charge épiscopale n’échappe à votre piété, à votre vigilance, à votre zèle ardent. Et sans relever ici la multitude de choses qui, toutes communes qu’elles paraissent, sont néanmoins très utiles et très recommandables, nous signalerons du moins les œuvres qui vous honorent davantage à nos yeux.
« Vous avez multiplié les églises paroissiales proportionnellement aux besoins des âmes, luttant avec une admirable constance contre des difficultés sans nombre. Vous rebâtissez de fond en comble votre séminaire, et instruisez vos séminaristes avec le plus grand zèle dans les sciences, surtout les sciences sacrées, afin d’en faire des sujets capables de gouverner les âmes et de remplir tous les emplois de la milice sainte. Vous formez votre clergé à la discipline ecclésiastique ainsi qu’à l’élude. Non content des conférences fréquentes où l’on traite des cas de conscience et des cérémonies de l’Église, vous avez établi des Académies de théologie morale. Vous faites tous les ans la visite pastorale, et pour vous préparer les voies, vous envoyez partout des troupes d’ouvriers aposloliques qui, moyennant la parole de Dieu, l’enseignement de la foi, et d’autres pieuses industries, portent efficacement les âmes à fuir le péché et à pratiquer la vertu. Grâce à votre énergie, le culte divin, la piété, la charité, sont en honneur dans votre diocèse. De toute façon, c’est-à-dire par vos exemples, vos réprimandes, votre sollicitude et votre vigilance de tous les instants, vous travaillez à préserver du vice le troupeau qui vous est confié. Nous croyons donc inutile de stimuler par nos exhortations un évêque qui court de luimême avec tant d’ardeur dans la carrière où le soutient sa propre vertu. » On ne saurait mieux résumer ni caractériser plus exactement l’œuvre des trois premières années de ce fécond épiscopat.
Au milieu d’octobre l’évêque quitta Sainte-Agathe pour faire la visite pastorale d’Arienzo et s’y abriter, selon l’ordre des médecins, contre l’humidité et le froid rigoureux des montagnes ; mais l’asthme et le catarrhe l’y suivirent et l’obligèrent à garder le lit plusieurs mois sans même lui permettre de descendre à l’église. C’est dans ces conditions d’anéantissement et de souffrance qu’il écrivait à son directeur ces billets qui en disent plus sur son âme que de longs discours : « Depuis quelque temps je ne dormais plus sur la paille ; je désirerais, si vous le permettez, reprendre ma paillasse. En
L’ÉVÊQUE DE SAINTE-AGATHE
outre, j’ai commencé à porter la chaînette à la place d’un cautère, aujourd’hui cicatrisé. Auparavant je me contentais à midi du bouilli, mais ensuite, comme je ne faisais qu’un repas par jour, le père Majone m’a dit de prendre aussi l’autre mets. Je vous demande de m’abstenir de ce second mets au cas où le bouilli pourrait me suffire1. » C’est ainsi qu’Alphonse passa l’hiver, joignant les austérités à la maladie pour crucifier son corps, et plus iugénieux à chercher la souffrance que d’autres la volupté.
Mais sa plus grande peine était de vivre éloigné de sa résidence. « Dès que le temps me permettra de m’échapper d’ici, écrivait-il le 17 avril, je me rendrai à Sainte-Agathe, d’où il me semble être absent depuis mille ans. » Il y retourna en effet pour achever une œuvre à laquelle il travaillait depuis longtemps, et qu’il voulait laisser au chef-lieu de son diocèse comme un souvenir de son passage et un gage des bénédictions du ciel.