Lettre du 19 novembre
LA VÉRITÉ DE LA FOL
chapitres où je défends la supériorité du pape sur les conciles et son infaillibilité en matière de foi. Or, avec les maximes françaises aujourd’hui à la mode, l’un ou l’autre ami du parti pourrait très bien me susciter des contradictions. Nous vivons en des temps malheureux où il ne nous est pas même permis de défendre notre père commun, le vicaire de Jésus-Christ. Dieu veuille avoir pitié de nous! »
Quelque temps après, il revenait sur cette question qui le tourmentait beaucoup : « Calamité! s’écriait-il; jadis et même de mon temps, des propositions comme celles-ci : le pape est faillible, son autorité est inférieure à celle des conciles, excitaient l’horreur; aujourd’hui on va jusqu’à mettre en doute qu’il soit permis de soutenir par écrit l’infaillibité du pape et sa supériorité sur les conciles. J’espère cependant que mes reviseurs n’auront pas l’audace de me supprimer ces deux propositions, qui pour moi sont sacrées. S’ils refusent d’en autoriser la publication, je supprimerai ces deux chapitres dans l’édition napolitaine, mais je les rétablirai dans le manuscrit que je vous enverrai. Il est vrai que Venise se met à la mode du jour; toutefois on y est moins infatué qu’à Naples des maximes gallicanes *. »
Le 28 mars 1767, il n’avait encore aucune nouvelle de ses reviseurs. En revanche paraissait à Naples l’ouvrage d’un certain Romano, qui faisait du pape l’esclave du concile. « D’après cet auteur, dit le saint évêque, le pape ne peut sans un motif impérieux déroger aux canons des conciles, et, s’il y déroge, il doit indiquer les raisons de sa conduite afin d’en établir le bien-fondé. — Voilà donc le pape assujetti aux canons des conciles! L’on ne s’étonne pas de voir les jansénistes encenser cet auteur, et les sectaires de France applaudir à son ouvrage. Pauvre pape! voilà donc son autorité foulée aux pieds, même par les catholiques italiens! Seigneur, venez à notre secours 2 ! »
Il désespérait presque d’obtenir l’approbation des deux reviseurs, quand, après trois mois d’attente, à l’encontre de ses prévisions, non seulement ils ne demandèrent aucune correction, mais louèrent à l’envi le livre et l’auteur : « Rien n’est trop ardu ni trop difficile pour l’homme apostolique dévoué au salut des âmes, disait le rapport du chanoine Gori. C’est ce que vient de prouver l’Illustrissime et Révérendissime Seigneur Alphonse de Liguori. Malgré toute sa sollicitude pour son Église, malgré son âge avancé, il est toujours sur la brèche pour combattre le bon combat, et il vient de composer un