‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 58 sur 222 · Lettre à Remondini, 28 mars · texte numérisé non relu

Lettre à Remondini, 28 mars

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

nouvel ouvrage intitulé La Vérité de la Foi . Sur l’ordre de Votre Éminence, je l’ai lu très attentivement, et j’ai constaté qu’il tend uniquement à défendre l’intégrité de la foi et des bonnes mœurs contre les attaques des mécréants, les opinions exécrables des matérialistes, et les extravagances des impies. » Le professeur Simioli, de son côté, déclarait n’avoir trouvé dans ce livre aucune opinion contraire aux droits de l’État, chose capitale, ni à la pureté des mœurs. H ajoutait « que le pieux auteur y révélait à son insu l’ardeur de sa foi et de sa charité. Sans nul doute ces pages procureraient aux fidèles instruction et édification, aux incrédules honte et confusion. »

Le pape Clément XIII, à qui notre saint dédia La Vérité de la Foi, lui répondit en termes on ne peut plus flatteurs : « Nous avons reçu avec un extrême plaisir, dit-il, votre nouvel ouvrage contre les erreurs modernes, d’abord parce que vous en êtes l’auteur, car nous connaissons par vos autres écrits vos talents, votre doctrine, et le grand zèle dont vous êtes consumé pour la gloire de Dieu ; ensuite parce que ce livre, nous l’espérons, sera très utile et très salutaire à grand nombre d’âmes. Nous en avons commencé la lecture, et les pages qui nous restent à lire nous procureront, nous n’en doutons pas, le môme plaisir que les pages déjà parcourues. Nous vous aimons de tout notre cœur, vénérable frère, en voyant que, non content de veiller sur l’Église qui vous a été confiée, vous consacrez tout le temps dont vous pouvez disposer à des travaux dont l'utilité ne s’arrête pas aux limites d’un diocèse, mais s’étend à l’Église universelle. Nous prions Dieu de vous donner force et santé pour achever d’autres ouvrages sans doute déjà commencés. »

La Vérité de la Foi méritait ces éloges. C’est un traité complet de la Religion et de l’Église, dogmatique et didactique sans sécheresse, éloquent sans emphase, polémique sans dureté. Dans la première partie, l’auteur combat les matérialistes, qui nient l’existence de Dieu et l’existence des esprits. Comment peut-on nier l’existence de Dieu? Les êtres créés ne supposent-ils pas nécessaire*ment un créateur; l’ordre qui règne dans l’univers, un ordonnateur ; la contingence des créatures, un être nécessaire; le mouvement, un premier moteur; l’intelligence créée, une intelligence incréée? Ces cinq preuves, magnifique développement de l’axiome : il n’y a pas d’effet sans cause, reviennent aux cinq preuves de saint Thomas sur l’existence de Dieu, mais saint Alphonse les expose avec tant de force et de clarté que le plus simple des fidèles peut les saisir. A propos de la spiritualité de l’àme, il réfute longuement les ridicules

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théories de Hobbes et de Lockè sur la matière pensante , théories mises à la mode au dix-huitième siècle par nos matérialistes français. La réfutation du panthéisme de Spinosa complète cette première partie.

La seconde est consacrée aux déistes, négateurs de toute religion révélée. Alphonse établit contre eux la vérité des saintes Écritures, puis leur caractère divin. Et cette divinité, il l’établit par les prophéties et les miracles de l’Ancien et du Nouveau Testament. Jésus- Christ est le grand objet de cette démonstration. L’auteur commente les prophéties de Jacob, de David, d’Aggée, de Malachie, relatives à la venue du Messie, et en même temps toutes les prédictions concernant les Juifs, la destruction de leur temple, leur dispersion, leur aveuglement, et leur conservation providentielle parmi des nations devenues chrétiennes. Il montre le Christ réalisant tout ce qu’ont dit de lui les prophètes : sa pauvreté, ses ignominies, ses douleurs, sa victoire sur le paganisme, sa royauté sur le monde. Ajoutez à cela la triple auréole de sa sainteté qui surpasse toute sainteté, de sa doctrine qui éclipse toute doctrine, de ses miracles sans nombre et sans imitation possible, sa résurrection, son ascension, et le miracle perpétuel par lequel depuis dix-huit siècles il triomphe, au sein de son Église, de ses innombrables ennemis.

La troisième partie établit contre les sectaires la divinité de l’Église catholique. Après avoir montré que son front est orné de tous les caractères de la véritable Église de Dieu, il prouve que cette Église une, sainte, catholique et apostolique, se présente au monde revêtue de deux autres signes divins : les nombreux miracles opérés par ses saints et l’invincible constance de ses martyrs. Puis il démontre la fausseté de toutes les religions et sectes qui, dans la suite des temps, ont attaqué l’Église catholique : paganisme, mahométisme, manichéisme, protestantisme ; et il termine par la réfutation du gallicanisme , qui depuis deux siècles infectait les souverains et même une partie de l’épiscopat. Avec la sainte audace d’un vrai soldat de Jésus-Christ , il établit la nécessité pour l’Église d’un chef suprême, pasteur souverain, évêque des évêques, supérieur à tous les conciles, dont le jugement infaillible tranche toutes les questions relatives à la foi ou aux mœurs. Ce chef, c’est Pierre, c’est le pape, successeur de Pierre.

Cette froide analyse, table des matières traitées, ne saurait donner une idée de cet ouvrage, surtout du talent d’exposition, de la logique et du style de l’auteur. Qu’on nous permette donc de citer ici deux extraits de La Vérité de la Foi, afin de mettre le lecteur à même

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d’apprécier les œuvres dogmatiques de saint Alphonse, moins connues généralement que ses œuvres morales.

Au chapitre des miracles, un évêque napolitain ne pouvait oublier celui du sang de saint Janvier, miracle que tout le monde peut vérifier, et que cependant les hérétiques et les impies prétendent nier ou expliquer. « Ce sang, dit saint Alphonse, se liquéfie, à la vue de toute l'assistance, plusieurs fois l'année : voilà un fait d'autant plus contesté par les sectaires qu’il parait plus prodigieux. Or, avant l'époque de la prétendue Réforme, on ne rencontre aucun écrivain qui l'ait révoqué en doute, bien qu'il ait commencé au dixième siècle, d'autres disent même au troisième, c'est-à-dire à la mort du saint. Voyons donc les prétendues explications données par les hérétiques pour enlever à ce phénomène indéniable son caractère miraculeux.

« Le calviniste Pierre Dumoulin prétend que les catholiques produisent frauduleusement l'ébullition du sang en y mêlant de la chaux. Mais un auteur luthérien affirme qu'il faut être fou pour imaginer qu’une supercherie de cette espèce ait pu rester cachée dans une ville aussi populeuse que Naples. En outre , Benoit XIV atteste, après expérience, que la chaux n’a nullement la propriété de faire bouillonner le sang, encore moins de le faire passer de l’état solide à l'état liquide.

« D'autres contradicteurs affirment que l’ébullition se produit naturellement par la vertu de la sympathie. De même, disent-ils, que le sang d'un homme assassiné se met à bouillonner en présence de l’assassin, de même que l’aimant se tourne naturellement vers le pôle, de même aussi le sang de saint Janvier se liquéfie par sympathie en présence de son chef sacré. — Très bien, mais si la comparaison est juste, comment se fait-il que tous les aimants se tournent vers le pôle, tandis que le sang de saint Janvier soit le seul qui se liquéfie en présence de sa tête? Comment se fait-il ensuite que l’aimant se tourne toujours vers le pôle, tandis que le sang de saint Janvier, tantôt reste coagulé en présence de la tête, et tantôt se liquéfie loin de cette même tête; tantôt acquiert la fluidité après quelques instants, et tantôt seulement après de longues heures d'attente; tantôt remplit la fiole entière qui le contient, et tantôt une partie seulement de cette même fiole?

« Quant au sang bouillonnant en face du meurtrier, si ce n'est pas une fable, comme on le croit généralement, ce ne peut être qu'un fait isolé; tandis que la liquéfaction du sang de saint Janvier se produit plusieurs fois chaque année. En outre, le sang d’un

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homme tué aura pu bouillonner quand les blessures étaient fraîches et le sang encore liquide, mais qui donc a vu du sang coagulé bouillonner plusieurs années après la mort? Or le sang de saint Janvier, figé depuis quatorze siècles, se liquéfie et bouillonne sous nos yeux. Sympathie, sympathie, disent-ils; mais pourquoi cette sympathie, inconnue aux hérétiques, n’existe-t-elle que chez les catholiques ?

« Un autre calviniste, Picenius, ose affirmer que le sang de saint Janvier se liquéfie sous l’action de la chaleur produite par les cierges allumés et par la foule des assistants. — D’abord, l’expérience prouve que, malgré la chaleur extérieure, les fioles sont & peine tièdes. Ensuite comment se fait-il qu’en 1662 le sang se liquéfia en plein cœur de l’hiver, tandis qu’en 1702 le miracle n’eut lieu en plein été qu’après la seconde messe? Enfin où jamais a-t-on vu le sang coagulé devenir liquide sous l’action du feu?

« Ce n’est pas du sang, dit-on encore, c’est un liquide gelé qui se dissout peu à peu entre les mains de celui qui tient la fiole. — Parfait! répondrai-je, mais alors expliquez-nous donc comment cette glace, qui se liquéfie en hiver, redevient solide en été? De plus, expliquez comment ce même sang se liquéfie dans l’armoire même qui le renferme?

« En désespoir de cause, d’autres soutiennent que la liquéfaction est due aux exhalaisons du Vésuve. — Mais le Vésuve est distant de plusieurs milles, et de plus il arrive souvent que le volcan ne produise aucune exhalaison, ce qui n’empêche pas le sang de se liquéfier.

« Conclusion : plus les hérétiques multiplient ces explications ridicules, plus ils confirment la vérité du miracle. »

On voit que ce logicien n’esquive pas les difficultés, mais qu’en peu de mots il les pulvérise, de manière qu’un homme de bonne foi doit nécessairement adopter ses conclusions. Cette vigueur de raisonnement n’éclate pas moins dans l’extrait suivant, où il prouve la divinité de la religion catholique par la constance de nos martyrs :

« Un signe de crédibilité plus admirable encore que celui des miracles, c’est la constance des martyrs. Les miracles en effet, œuvres exclusives de Dieu, sont opérés par Dieu lui-même dans ses créatures, tandis que la force victorieuse des martyrs, œuvre de Dieu sans doute, opère par le moyen d’hommes faibles, de vierges délicates, d’enfants de treize ans comme sainte Agnès et sainte Prisque , de quinze ans comme saint Vincent et saint Agapit, d’adolescents comme saint Vitus, saint Celse, et tant d’autres qui, déchirés

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par des ongles de fer, rôtis sur des grils ardents, le corps brûlé par des torches enflammées, la cervelle bouillonnant sous un casque de feu, en proie à mille tortures, triomphèrent de la férocité des hommes aussi bien que de la rage des démons.

« Quinze empereurs romains travaillèrent pendant des siècles à extirper du monde la foi en Jésus-Christ , sans autre résultat que de multiplier le nombre de nos martyrs. Dans la neuvième persécution , celle de Dioclétien , on immola en un mois dix-sept mille chrétiens. L’Égypte seule vit périr cent quarante-quatre mille victimes, et sept cent mille autres fidèles prendre le chemin de l'exil. Chose à peine croyable , un édit , promulgué dans tout l’empire , permit au premier venu de s’improviser bourreau des chrétiens selon le mode qui lui conviendrait. Les dix persécutions furent dix horribles boucheries, pendant lesquelles, au rapport de Génébrard, onze millions de martyrs versèrent leur sang pour Jésus-Christ, c’est-à-dire environ trente mille pour chaque .jour de l’année.

« Toutefois la multiplicité des victimes, massacrées en certaines circonstances par hécatombes de dix mille, au lieu de répandre l’épouvante parmi les survivants, avivait au contraire leur désir de mourir pour la foi. Le gouverneur de la Palestine, Tibérien, écrivait à l’empereur Traj an : « Les bourreaux ne suffisent plus à égorger les chrétiens qui s’offrent spontanément & mourir pour Jésus-Christ ; » ce qui força Trajan d’ordonner, par un nouvel édit, qu’on laissât désormais les chrétiens en paix. Or voici comme je raisonne : si la foi des martyrs, la foi catholique que nous professons, n’est pas la vraie foi, si par conséquent Dieu ne prêtait pas à ses serviteurs l’appui de son bras, voulez- vous me dire où ils puisaient la force de résister aux tyrans et de mourir dans ces tourments affreux?

« Les sectes se vantent d’avoir aussi leurs martyrs, mais quelle différence ! « Le martyre, dit saint Thomas, consiste à donner sa vie pour la foi ou la justice. » — « C’est la cause, et non la peine, dit à son tour saint Augustin, qui fait les martyrs. » Tous les tourments, du monde ne peuvent procurer aux hérétiques, la palme réservée à ceux-là seuls qui meurent pour la justice ou la foi. Les soldats de Mahomet sont morts eh bataillant pour voler le bien d’autrui : les appellerez-vous des martyrs de la justice? Les novateurs tombés sous les coups du bourreau pour crime d’hérésie ont été martyrs, non de la foi, mais de lenr coupable obstination. D’ailleurs ces obstinés, on les compte : ce sont pour la plupart des gens de rien, des ignorants, des dupes, endoctrinés par des séducteurs. L’Église catholique, au contraire, compte parmi ses martyrs grand nombre de nobles per-

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sonnages, des patriciens, des consuls, des capitaines, des évêques, des pontifes, des sénateurs, des rois. En outre, avant d’aller au supplice, nos martyrs brillaient par la sainteté de leur vie : aussi les tyrans ne leur imputaient-ils d’autre crime que de professer la foi catholique; tandis que les hérétiques, notamment les anabaptistes et les adamites, si tiers de leur intrépidité dans les supplices, se vautraient dans le vice et l’impudicité jusqu’à pratiquer la promiscuité des femmes et autres abominations de ce genre. Leur constance, si constance il y eut, n’était qu’une opiniâtre fureur produite par le démon qui les possédait , ainsi que l’affirme saint Augustin des hérétiques de son temps, les donatistes. « Le diable, qui les possède plutôt qu’il ne les persécute, dit-il, inspire à ces scélérats l’horrible manie du suicide. » Ils se précipitaient dans l'eau ou dans le feu, se jetaient à bas des rochers, et forçaient les passants, par promesses ou par menaces, à leur donner la mort. Et ces énergumènes ne se vouaient ainsi à la destruction que pour être appelés martyrs, nom qui leur convient pourvu qu’on ajoute martyrs du démon. Aussi les voyait-on tomber sous le glaive du bourreau , mais non joyeux et calmes comme nos saints martyrs. Ceux-ci allaient au supplice comme à une fête, en chantant les louanges de Dieu; ceux-là mouraient dans des transports de rage qu’on ne saurait exprimer : preuve évidente qu’ils se sacrifiaient, non par inspiration divine, mais par une suggestion de l’esprit homicide, qui peut bien pousser l’homme à courir témérairement au-devant de la mort, mais ne saurait lui donner le courage de la subir sans trouble. L’infortuné Michel Servet, condamné au feu par les Genevois pour avoir ressuscité l’arianisme, se livra dans les flammes à de tels accès de fureur qu’on l’entendait mugir comme un taureau qu’on égorge, et réclamer de la pitié des juges un couteau pour se tuer de sa propre main, ce qui lui fut refusé.

« Trouvera-t-on, dites-moi, dans les sectes séparées un saint Laurent tressaillant de joie sur son gril, raillant ses juges et les invitant à se repaître de ses chairs rôties? Un saint Vincent, si calme au milieu de ses tourments, si heureux de mourir pour Jésus-Christ, qu’au dire de saint Augustin, le Vincent qui parlait paraissait absolument étranger au Vincent qui souffrait? Un saint Marc et un saint Marcellin qui, les pieds percés de gros clous, pressés par le tyran de se soustraire à ces horribles tourments, répondirent : « De quels tourments voulez-vous parler? Nous n’avons jamais éprouvé de plus grandes délices qu’en ce moment où nous souffrons pour Jésus- Christ. » Et ils se mirent à chanter les louanges de Dieu, jusqu’au

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moment où d'un coup de lance le bourreau leur coupa la parole. Trouvera-t-on parmi les hérétiques, je le demande, un saint Processe et un saint Hartinien qui, étendus sur le chevalet, les membres tenaillés par des crochets de fer, les chairs pétillant sous les plaques rougies au feu, ne cessaient de bénir le Seigneur et d’aspirer à la glorieuse mort dont fut enfin couronnée leur héroïque passion? Si extraordinaire parut cette allégresse des martyrs à l’heure du trépas que, ne pouvant Texpliquer humainement, leurs ennemis, leurs bourreaux eux-mêmes, se convertissaient & la foi ; d’où ce mot de Tertullien : « Le sang des chrétiens, comme une semence féconde, multiplie les disciples de Jésus-Christ : semen est sanguis christianonim . »

En lisant ces pages, on sent toujours, derrière le théologien qui raisonne pour convaincre les esprits, l’homme de Dieu qui enflamme le cœur et entraîne la volonté. C’est le dogmaticien convertisseur, qui prêche encore alors même qu’il parait ne vouloir qu’enseigner. Le feu qui le dévore ne lui permet pas de parler froidement, et sa profonde tristesse à la vue des maux causés par l’incrédulité lui suggère; en finissant son livre, cet appel aux catholiques que feront bien de méditer ceux qui regardent, en se croisant les bras, les flots dévastateurs passer sur l’Église de Dieu. A tous ceux qui peuvent écrire ou parler, le saint demande pourquoi ils s’endormiraient dans l’inaction et le silence quand les méchants travaillent avec fureur à la ruine des Ames.

« Chrétiens, dit-il, si vous aimez Jésus-Christ, arrêtez-donc un instant vos regards sur les persécuteurs de la sainte Église, sur cette foule d’incrédules qui, non contents de se perdre eux-mêmes, travaillent par la parole et par la plume à pervertir les autres afin de les entraîner avec eux dans l’abime. Voyez comme ils se fatiguent à répandre partout, même en Italie, leurs écrits empoisonnés, pour servir de pâture à de pauvres jeunes gens que stimule une curiosité malsaine ou le désir d’y trouver l’approbation de leurs désordres. Chrétiens, si vous avez du zèle pour notre sainte foi, travaillez donc de toutes vos forces, par vos exhortations, vos avertissements, vos instructions, vos remontrances, à extirper du monde ce chancre qui le ronge. Les forces humaines, me direz-vous, sont insuffisantes pour accomplir cette tâche. Vous avez raison : il y faut le bras de Dieu. Mais devons-nous pour cela rester oisifs, spectateurs silencieux de tant de ruines, ou nous contenter de pleurer sur les maux delà sainte Église? Non! impuissants que nous sommes, demandons du moins à Dieu de réparer ces désastres. A nos prédica-

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tions, à nos avertissements, à nos remontrances, joignons nos prières et nos supplications. Ne cessons d'importuner Dieu par nos larmes, afin que sa miséricorde arrête le massacre des âmes que l'enfer accomplit de nos jours au moyen de ces livres maudits. »

Et donnant l’exemple, Alphonse pousse vers le ciel ce cri de détresse : « Seigneur, vous avez banni du monde l’idolâtrie, et sur ses ruines vous avez planté la vigne de votre Église, plantasti radices ejus> et implevit terram. Vous l’avez si bien enracinée qu’elle a étendu ses rameaux dans le monde entier. On a vu la croix de votre Fils partout adorée, et son saint Évangile porté chez tous les peuples. Mais le féroce sanglier est sorti des forêts, la cruelle hérésie a dévasté votre vigne: Exterminavit eam aper de sylva , et singu laris férus depastus est eam . Étendant jour par jour ses ravages, on peut dire qu’à peu d’exceptions près , l’infidélité désole tous les États de l'Europe. Le comble de la désolation, c’est que, même où la foi reste intacte, elle devient le point de mire des incrédules et l’objet de leurs persécutions. Seigneur, visitez votre vigne, visita vùieam istam, et perfice eam. Visitez-la, réparez les brèches faites à votre Église, et sauvez de la fureur des ennemis vos saintes Écritures,* vos commandements, en un mot toutes vos vérités saintes, qu’ils méprisent et tournent en dérision. Rappelez- vous , ô Père Éternel, que cette vigne, Jésus, votre Fils bien-aimé, l’a plantée au prix de ses sueurs et des fatigues de toute sa vie. Par amour pour lui, daignez diriger et conserver votre sainte Église, daignez humilier ses ennemis, ut Ecclesiam tuam sanctam regere et con servare , ut mimicos sanctæ Ecclesiæ humiliare digneris, terogamus, audi nos ! »

Hélas ! les chrétiens du dix-huitième siècle n’ont pas compris cet avertissement. Troupeau timide ou corrompu, ils n’ont su ni prier ni se défendre contre les mécréants. Riant et folâtrant sur le rivage, ils semblaient ne pas voir le flot révolutionnaire qui montait toujours, et le flot les a emportés. Aujourd’hui nous faisons comme nos pères. De nouveau triomphante, la Révolution a déjà chassé le Christ de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos casernes, de nos institutions, et même de nos rues. Le flot monte toujours multipliant les ruines, et nous n’avons pas l'air de nous en apercevoir. Nous aurons le sort de nos pères : après avoir chassé le Christ de nos temples, on le poursuivra jusque dans nos cœurs. La Révolution reste satanique, non moins avide de sang chrétien qu’en 1793. Si quelqu’un en doute, qu’il se rappelle les incendies de la Commune et les sanglantes horreurs de la Roquette et de la rue Haxo.

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