‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 59 sur 222 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

GUERRE AUX RELIGIEUX

La secte et les princes. — Complot contre la compagnie He Jésus. — Les jésuites chassés de France. — La bulle Apostolicum . — Lettre d’Alphonse à Clément XIIL

— Les jésuites chassés d'Espagne. — L’institut du Très Saint- Rédempteur menacé.

— Persécution à Iliceto. — Encore le procès Maflfei-Sarnelli. — Alphonse à Naples.

— Divers travaux du saint. — Traits d’humilité. — Deux prédictions. — Mémoire au roi. — Désistement des accusateurs. — Les jésuites chassés de Naples et de Parme.

Dans le plan de déchristianisation imaginé par les philosophes, les mauvais livres jouaient le rôle de l’ivraie qui en croissant étouffe le bon grain. De là le zèle de saint Alphonse à entraver la diffusion des ouvrages français et son ardeur à les réfuter. De là aussi la rage des conjurés contre les ordres religieux, d’où surgissent à chaque instant de nouveaux semeurs de la divine parole et d’intrépides défenseurs de la religion. Les religieux furent en conséquence condamnés à mort, et comme la sentence ne pouvait être exécutée que par le pouvoir civil, la secte entreprit de transformer les souverains en bourreaux.

Pour les gagner, on flatta leur orgueil. Pourquoi les rois n’uniraient-ils pas la tiare à leur couronne ? N’étaient-ils pas souverains, c’est-à-dire omnipotents? Les princes gallicans du dix-huitième siècle ne comprenaient que trop bien ce langage. On les voyait à chaque instant mépriser les bulles des papes, les excommunications, les immunités du clergé, les mandements des évêques, les privilèges des réguliers. Nous avons dit comment, à Naples, des lois autocratiques mettaient obstacle à la reconnaissance de la congrégation du Très Saint-Rédempteur, approuvée par l’Église depuis vingt ans. L’Église venait d’introduire dans le bréviaire roffice de saint Grégoire VII, « l’athlète généreux et intrépide, disait la légende,

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qui avait résisté aux entreprises impies de l’empereur Henri IV, et n’avait pas craint de le priver de la communion des fidèles ». Si Grégoire VII est un saint, s’écrièrent les flatteurs, il n’y a plus une seule couronne qui tienne sur la tête des rois. Dociles à ces suggestions, les rois proscrivirent saint Grégoire VII. A Naples, le marquis Fraggiani, le pape Nicolas , comme on l’appelait, fit condamner par la Chambre royale la fête et l’office de l’intrépide et glorieux pontife. Un édit du parlement de Paris rendit obligatoire renseignement des quatre articles de 1682, qui établissaient l’indépendance absolue du pouvoir royal et enlevaient au pape l'infaillibilité. Les pharisiens avaient partout un Pilate sur le trône : il ne s’agissait plus que de l’entourer de juifs, c’est-à-dire de ministres sans conscience, pour le décider à frapper le Juste. Parmi les candidats on choisit les moins susceptibles de remords.

Il y avait alors à tous les avant-postes un ordre célèbre qui, depuis deux siècles, combattait pour l’Église. De même qu’au treizième siècle Dieu avait donné mission à Dominique et à François de la défendre contre la corruption des mœurs; il avait, au seizième, chargé Ignace et sa compagnie de la protéger contre les assauts des mécréants. Fidèles à leur sublime vocation, les jésuites relevèrent le drapeau du Christ, luttèrent intrépidement contre les protestants, les jansénistes et les incrédules, et s’en allèrent, pionniers de la civilisation, porter l’Évangile en Chine, au Japon, aux Indes, et dans l’Amérique. A l’époque où nous en sommes arrivés, vingtcinq mille jésuites, disséminés dans les deux mondes, travaillaient sans relâche à étendre le règne du Sauveur.

C’étaient ces « gardes du corps de la papauté, » comme les appelait Frédéric II, qu’il fallait abattre avant tout. Les historiens ont cherché & expliquer par diverses raisons la persécution qui aboutit à la ruine des jésuites. La seule vraie, c’est que les conjurés, en habiles tacticiens, comprirent qu’il fallait démolir le rempart avant d’attaquer la forteresse, et étrangler les défenseurs de l’Église avant de l’étrangler elle-même. Alphonse ne se trompa point sur la nature du complot. « Tout cela, disait- il, n’est qu’une trame ourdie par les jansénistes et les philosophes. S’ils parviennent à détruire la compagnie, ils seront au comble de leurs vœux. Ce boulevard renversé, nous verrons d’affreux bouleversements dans l’Église et dans l’État, car en visant la compagnie, c’est la destruction de l’Église et de l’État que les mécréants ont en vue1. »

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