‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 63 sur 222 · Circulaire du 12 octobre · texte numérisé non relu

Circulaire du 12 octobre

2. Per i RR. PP. Sacerdoti missionarii d'Iliceto, Gaetano Celano, 1767.

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les sujets du roi, des droits communaux dont on les avait injustement privés.

Si Ton ne savait ce dont est capable la vendetta napolitaine, on pourrait croire que ce jugement désarma les calomniateurs. Cî fut tout le contraire qui arriva. Voulant à tout prix satisfaire leur haine, ils en appelèrent de cette sentence au tribunal supérieur, appelé Chambre royale de Sainte-Claire. 11 ne leur fut pas difficile de trouver un procureur pour appuyer leur requête et même seconder leurs mauvais desseins. Ce procureur commença par confier l'administration des biens du couvent d’Iliceto à Tagent que lui désigna Maffei. C’était un moyen sûr de dépouiller les pères du peu qu’ils retiraient de leurs propriétés. Ensuite, comme il fallait à tout prix justifier les fausses accusations sur les richesses et la rapacité d’Alphonse et de ses fils, il expédia dans les provinces un commissaire enquêteur chargé de relever chez les notaires les legs, donations, acquisitions, au sujet desquels on avait fait tant de fracas. Et comme ledit commissaire s’en revint les mains vides, le très bienveillant procureur désigna un certain nombre de maçons qui, sous le nom d’architectes experts, reçurent la mission d’estimer la valeur des édifices, maisons ou églises, appartenant à la congrégation. Obéissant à qui les payait, ces honorables maçons attestèrent par serment que telle maison* valait soixante mille ducats, telle autre quatre-vingt mille, telle église cent mille, et ces chiffres menteurs furent transmis à la cour en preuve des excessives richesses de cette société du Très Saint-Rédempteur, qui se disait pauvre et même indigente.

Cependant, telle était la misère réelle des pères d’iliceto, dépouillés parle nouvel administrateur, qu’ils se virent obligés, pour ne pas mourir de faim, d’envoyer au temps de la récolte quelques frères servants quêter un peu de grain. Nouveau grief : les pères se permettent de mendier au mépris de la défense du roi. Vite Maffei fait constater le délit, le dénonce à la cour, et pousse les ordres mendiants à poursuivre ces audacieux missionnaires dont les quêtes illégales et anticanoniques vont diminuer les aumônes et ruiner les couvents.

Mais ce délit n’était que peccadille en comparaison du crime commis contre Sa Majesté par la fondation d’un couvent à Bénévent sur le territoire du saint-père. Le roi n’avait autorisé que quatre maisons, et Alphonse en avait élabli une cinquième sans aucune permission, avec cette circonstance aggravante que, située hors du royaume, par conséquent à l’abri de toute investigation et de tout

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contrôle, cette dernière servait de coffre-fort à la congrégation. C’était à Saint-Ange de la Coupole que les pères entassaient l’or et l’argent dérobés aux provinces napolitaines.

Du reste, les missionnaires ne reculaient devant aucune audace pour s’enrichir. Comptant sur l’impunité, ne s’étaient-ils pas enhardis jusqu’à faire passer la charrue sur un terrain servant de limite aux propriétés de la chasse royale? Ils avaient ainsi entrepris sur les terres du roi, coupé des bois, et converti le tout en terres à labour. En sa qualité de gardien des chasses, Maffei dénonça ce forfait. Par ordonnance royale, le fermier des pères fut jeté en prison et la calomnie courut tout le pays, jusqu’au jour où le président de Foggia, envoyé sur les lieux pour vérifier l’attentat prétendu, confondit les calomniateurs.

Maffei ne s’arrêta pas en si beau chemin. Un jour que le jeune roi devait faire une partie de chasse sur ses terres d’Iliceto, le misérable le prévint que les habitants, excités par les missionnaires, avaient dessein de se soulever contre Sa Majesté et pourraient fort bien se porter en masse à sa rencontre, ce qui mettait sa personne en danger. Par cette imposture, Maffei donnait le change au roi si le peuple, comme il le craignait, accourait au-devant du jeune Ferdinand pour se plaindre des exactions du cruel intendant. Cette ruse lui réussit. Le jeune roi prit peur; des courriers sillonnèrent tout le pays pour prendre des informations; le peuple, terrifié en entendant parler de rébellion, se garda de faire entendre le moindre murmure, et l’on ne parla plus que d’exil, de galères, et de dissolution d’un institut qui avait tramé un complot contre le bienaimé monarque, que Dieu garde!

Il ne manquait plus que d’attenter à l’honneur des pères, jusquelà resté intact. Un misérable religieux d’un couvent d’Iliceto, soit par malveillance soit pour plaire à Maffei, les accusa de se livrer à toutes sortes d’immoralités dans les bois qui entouraient leur maison. Mais Dieu punit aussitôt cette infamie. Reconnu coupable des crimes qu’il imputait aux autres, le calomniateur fut saisi, chassé d’Iliceto, et enfin jeté en prison.

Jointes aux revendications de Sarnelii, les accusations de Maffei composèrent un dossier formidable contre la congrégation. Pendant les six premiers mois de 1767, les pères se préparaient à tout événement. Sans connaître au juste les charges qui pesaient contre eux, ils entendaient vaguement parler d’acquisitions illégales, de scandales, d’actes de rébellion contre le souverain. Us voyaient des sbires rôder autour de leurs maisons, considérées par certaines gens

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comme des repaires de malfaiteurs. Les missions devenaient impossibles, tant on interprétait méchamment les paroles des missionnaires. Aussi quand on apprit, en avril, que le roi d’Espagne avait chassé tous les jésuites de ses États, chacun conclut que le procès en perspective serait le coup de mort de la congrégation. Dieu seul pouvait la tirer des mains de ses ennemis. De toutes les maisons arrivait à l’évêque de Sainte-Agathe un concert de lamentations.

Sans être aussi pessimiste que ses frères, Alphonse ne se dissimulait pas l’extrême péril de l’institut, mais il se confiait en la miséricorde de Dieu. « Que Dieu bénisse Y ami Maffei, écrivait-il à Villani. Pour nous, confions-nous dans le Seigneur, et il nous viendra en aide. » Le 20 juin, il envoya une nouvelle circulaire pour engager les pères à s’unir plus étroitement à Jésus-Christ. « Les temps sont mauvais, y disait-il, et les dangers de plus en plus menaçants par suite de lapersécution qui sévit contre nous. » Puis il recommandait l’étude du crucifix, la fuite du monde, la pratique parfaite de l’humilité et de la pauvreté ; « car autrement, ajoutait-il, nous sommes bien exposés à être renvoyés dans nos familles, ce qui serait le plus grand châtiment que Dieu pût nous infliger. »

A l’approche du procès, le père Villani le supplia de se rendre à Naples, où son influence sur les juges aurait été plus utile à la cause que toutes les plaidoiries des avocats. Il fit cette réponse : « Je viens d’écrire au président du conseil. Si ma lettre n’obtient rien, cent voyages à Naples n’auraient pas plus d’efficacité. Je suis toujours travaillé par la fièvre, et les médecins me disent qu’un simple refroidissement ou même trop de mouvement suffirait pour déterminer de nouvelles crises. Cette nuit j’en ai beaucoup souffert ainsi que de mon asthme... D’ailleurs je ne vois pas la raison de si grandes terreurs, car enfin nous ne sommes coupables d’aucune contravention évidente. Et puis, Dieu est là; c’est la prière qui nous sauvera. »

Cependant de Naples arrivaient des nouvelles toujours plus alarmantes. Villani, accompagné de quelques autres religieux, se rendit à Arienzo, et tous ensemble représentèrent au saint la puissance des ennemis, la gravité de leurs accusations, et leurs intrigues pour gagner l’esprit des juges. Ils conclurent que. sa présence était absolument nécessaire à Naples pour contrebalancer l’influence des persécuteurs et sauver la congrégation. Bien qu’il comptât plus sur la protection de Dieu que sur son action personnelle, il se laissa vaincre par ces instances, et, tout malade qu’il fût, il se mit en route pour Naples.

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A cette occasion nous allons constater une fois de plus que si la congrégation du Très Saint-Rédempteur existe, elle le doit à la sainteté de son fondateur. Depuis plusieurs mois toute la ville s’occupait d’Alphonse, de cet accapareur, de ce rebelle, que les Maffei et les Sarnelli traînaient devant les tribunaux; et voilà qu’au lieu d’un prélat fastueux et arrogant, on reconnaît l’humble vieillard à la soutane râpée, le gentilhomme au manteau de quinze carlins, le saint apôtre dont les discours avaient tant de fois édifié et charmé les Napolitains. Vraiment, il n’avait pas l’air d’avoir fait fortune. « Sous cet accoutrement, disait plaisamment le cardinal Sersale, on pourrait aussi bien le prendre pour un évêque grec que pour un évêque latin, et même, sans sa petite croix pectorale, jamais on ne reconnaîtrait un pontife de l’Église de Dieu. » Il ne l’accueillit pas moins en grand seigneur, l’embrassa affectueusement, F entretint longuement des tristes circonstances qui l’amenaient à Naples, et lui dit avec cordialité : « Durant votre séjour à Naples, vous êtes l’archevêque, et j’entends que vous disposiez ici de tout selon votre bon plaisir. »

A peine eut-on fait circuler la nouvelle de l’arrivée du saint que toute la ville fut en mouvement. Chanoines, supérieurs d’ordre, chevaliers, avocats, prélats, ministres, vinrent le complimenter. Les personnes de la cour dont il implora la protection l’accueillirent non seulement avec respect mais avec toutes les marques d’une profonde vénération. Le prince de la Riccia, grand-écuyer de Sa Majesté, le reçut comme un envoyé du ciel. Après lui avoir baisé respectueusement la main, il prit grand intérêt à sa cause, lui promit ses bons offices, et s’écria en le quittant : « Mon Dieu, que je vous remercie de m’avoir fait voir encore une fois ce saint évêque! » Ainsi en fut-il du marquis de Marco, du marquis Cavalcanti, et du prince de Saint-Nicandre, membre de la Régence et gouverneur du souverain. Après avoir reçu l’évêque avec des témoignages réitérés de respectueuse bienveillance, le prince voulut l’accompagner jusque dans le vestibule, ne cessant de lui baiser la main et de se recommander à ses prières. Ce qui édifia grandement ces personnages et donna une haute idée de sa sainteté, c’est que tout en justifiant ses missionnaires il excusait leurs ennemis. Loin de récriminer contre eux, il attribuait leurs attaques à l’intérêt, à l’irritation, à l’emportement du caractère. On ne sentait chez lui ni rancune ni passion, mais uniquement le désir de sauver une congrégation dont l’existence intéressait la gloire de Dieu et le salut des âmes.

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Cette apparition à Naples fut un coup de foudre pour ses ennemis. En présence d’un saint, les calomniateurs se sentent vils et méprisables. Devant un peuple à genoux aux pieds de l’homme de Dieu, ils n’osaient plus formuler leurs indignes accusations. On les traitait tout haut de menteurs et de faussaires, car il est impossible, disait-on, que les disciples d’Alphonse de Liguori aient commis les crimes dont on les charge. Sachant les entretiens du saint évêque avec les ministres, les avocats eux-mêmes changèrent d’attitude et de langage. Moins pressés de hâter le jour des débats, qu’ils annonçaient devoir être pour eux le jour de la victoire, ils s’efforcèrent de temporiser, afin de laisser passer l’impression produite sur l’esprit du public et des juges. Mais Alphonse s’opposa de tout son pouvoir à ces délais intéressés, et à force d’instances il obtint que la discussion du procès aurait lieu le 11 septembre.

Pendant ces deux mois d’attente, la position des adversaires ne fit qu’empirer par suite de l’enthousiasme que les travaux et les vertus de l’apôtre excitèrent dans toutes les classes de la société. Plus inquiet du sort des pauvres pécheurs que du danger de sa congrégation, il se consacra tout entier aux prédications qui lui furent de mandées de tous côtés. Invité par le supérieur de la Propagande à prêcher la neu vaine solennelle de l’Assomption dans la célèbre église de Sainte-Restitute, il crut ne pouvoir accepter sans imprudence à cause de l’asthme qui le faisait beaucoup souffrir. « Commencez au moins la neuvaine, lui dit Mgr Sersale, et si vous ne pouvez continuer je vous remplacerai. » Dès le premier jour, la vaste enceinte se remplit d’auditeurs. Autour de l’archevêque se pressait l’élite du clergé et de la noblesse. Bientôt la nef devint Irop étroite. On voyait des gentilshommes se rendre à l’église bien longtemps avant l’heure du sermon pour trouver une place. Des agents veillaient aux portes pour empêcher l’encombrement et contenir la multitude. Dieu donna des forces à son serviteur, car, malgré son grand Age, il se fit entendre jusqu’aux extrémités de l'édifice.

Les lettrés les plus distingués de la capitale suivirent ses sermons aussi assidûment que les hommes du peuple. Fatigués des discours pompeux et fleuris, ils admiraient la simplicité et l’énergie de sa parole apostolique. « Plût à Dieu, s’écria l’un d’eux, que tous les prêtres prêchassent comme lui! » Ses puissantes exhortations tiraient des larmes de tous les yeux , au point que le cardinal ne pouvait s’empêcher de pleurer lui-même en voyant l’émotion des fidèles. Le dernier jour de la neuvaine, Alphonse parla du patro-

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nage de la sainte Vierge, et avec des accents si pénétrants que le souvenir de ce sermon, dit Tannoia, est resté dans toutes les mémoires. « Dix missions, ajoute le chanoine Sparano, n’auraient pas opéré autant de conversions que Dieu en opéra pendant cette neuvaine prêchée par Alphonse de Liguori. »

Ses anciens confrères, les missionnaires de la Propagande, lui demandèrent de présider une de leurs assemblées. Il les entretint du zèle que tout prêtre doit avoir pour le salut des âmes et les exhorta vivement à prêcher toujours d’une manière apostolique. Il s’éleva encore une fois contre le style recherché, alors si fort à la mode, et qu’il déplorait comme une calamité publique. Après l’instruction les auditeurs se disaient : « Voilà un vrai apôtre! Dieu soit béni de nous avoir donné, en ce misérable siècle, un évêque des premiers temps! »>

Le cardinal le conduisit dans un établissement qu’il avait fondé pour former les jeunes clercs aux exercices des missions. Ces futurs prédicateurs vinrent lui baiser la main, puis récitèrent divers fragments de sermons de leur composition. Alphonse les félicita et ne cessa de leur répéter que, pour faire du fruit dans les âmes, il faut, comme Notre-Seigneur, parler au peuple avec simplicité. On se rendit alors à la chapelle, et l’archevêque le pria de donner à tous sa bénédiction. Alors, enflammé d’un saint zèle, il parla longuement des vertus sacerdotales, du noble dévoûment au salut des âmes, et surtout de l’amour qui doit remplir le cœur du prêtre envers Jésus et sa sainte Mère.

Alphonse se faisait tout à tous, aux riches, aux pauvres, aux savants, aux ignorants. Sur la demande d’un pieux curé, il donna un sermon aux cochers, aux laquais et aux domestiques. 11 adressa aussi de saintes exhortations à ses anciens confrères des « chapelles », parmi lesquels il fut heureux de retrouver son pénitent d’autrefois, le célèbre Barbarese. Un maître sellier lui demanda une instruction « pour sa chapelle », située au-delà de la porte de Capoue. Alphonse s’y rendit et y trouva un tel rassemblement d’ouvriers et de menu peuple qu’il lui fallut se rendre dans une église voisine, où il les remplit d’admiration et d’émotion par sa bonté, sa charité, et l’accent tout céleste avec lequel il leur parla de l’amour divin. Non contents de l’entendre à l’église, les pauvres venaient en fouie au palais de son frère, où il était logé, le prier de les évangéliser. Comme il n’y avait pas de sièges pour tout le monde , ils s’asseyaient par terre. Là, plus heureux de se voir entouré de ces mendiants qu’il ne l’eut été en un cercle de chevaliers, le saint évêque leur témoi-

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gnait à tous une extrême bienveillance, s'intéressait à leurs misères corporelles comme aux misères de leur Ame, et les renvoyait plus amis de Dieu et par 1& moins malheureux.

On ne comprend pas comment il put résister aux fatigues d’un pareil ministère. Tannoia cite encore plus de vingt monastères de religieuses où il annonça la divine parole. Et chaque jour, après avoir prêché le matin dans les couvents et le soir dans les églises, il recevait chez lui, jusqu’à une heure fort avancée, des ecclésiastiques, des magistrats, des chevaliers, des princesses, qui n’ayant pu l’entretenir au confessionnal, demandaient ses conseils et sollicitaient sa bénédiction.

Tous admiraient son dévoùment infatigable, mais plus encore sa piété, son humilité, sa patience, sa modestie, qui faisaient de lui un vrai portrait de Notre-Seigneur. Avant le sermon , on le voyait en adoration devant le saint Sacrement. C’est au pied de l’autel qu’il cherchait ses inspirations. Après le sermon, trempé de sueur, il retournait aux pieds de son Dieu pour le remercier d’avoir aidé sa faiblesse. Tout entier & Jésus et aux âmes, il s’oubliait et se méprisait lui-même. Son frère lui avait préparé une chambre luxueuse et un lit magnifique. 11 donna la chambre à son secrétaire, et se choisit un petit réduit meublé d’un misérable grabat et de quelques chaises de paille. Don Hercule l’ayant prié de donner le baptême à l’enfant qui venait de lui naître à Marianella, Alphonse y consentit. Pendant la cérémonie, le curé ne cessait de le qualifier d’Excellence. « Monsieur le curé, lui dit-il enfin, appelez-moi Illustrissime si vous voulez, puisque c’est le litre qu’on donne aux évêques, mais vous me ferez plaisir de ne pas aller au delà ». Dans un monastère, un serviteur crut gagner ses bonnes grâces en lui donnant aussi de l’Excellence. « Ça, voyons, lui dit Alphonse, laissez-là cette Excellence, s’il vous plaît. — Et pourquoi? reprit le serviteur, n’ètes vous pas chevalier? — Je vous dis de ne plus employer cette expression, » reprit l’évêque d’un ton qui ne souffrait pas de réplique. Un avocat lui dit un jour qu’en poussant trop loin la vertu d’humilité il faisait tort à sa dignité. « Monsieur, répondit-il, l’humilité ne fait de tort à personne. »

Rien de plus vrai que cette maxime, et les ovations continuelles ainsi que les marques extraordinaires de vénération dont il fut l’objet en sont la meilleure preuve. Un prêtre des plus distingués le rencontrant dans la rue, accourut pour lui baiser la main : « Je me suis vu entraîné, disait-il, par cette merveilleuse humilité qui le rendait bien plus digne d’hommages que la magnificence de ces

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prélats richement vêtus et suivis de nombreux laquais. » — Pendant qu’on chantait vêpres dans l'église d’un monastère, Alphonse entra pour faire sa visite au saint Sacrement, et se mit à genoux dans un coin. L’officiant, qui le reconnut, dit & son voisin : « Quel accoutrement pour un évêque ! n’est-ce pas dégrader son caractère? » A ce moment entra le prince de Monte-Miletto qui, reconnaissant aussi le saint prélat, l’aborda respectueusement, lui baisa la main et la tint quelques instants sur son front. Peu après, le duc d’Andria vint se jeter A ses pieds et ne se releva qu’après avoir reçu sa bénédiction. D’autres seigneurs s’empressèrent à leur tour de lui rendre les mêmes hommages, en sorte que les fiers abbés s’aperçurent que vraiment « l’humilité ne fait de tort à personne ». Ils firent porter au pauvre évêque un coussin de velours pour s’agenouiller, mais il le refusa. Dans une cérémonie de vêture à laquelle il devait assister, on put se convaincre mieux encore de l’ascendant qu’exerce la vertu. Comme il s’agissait de donner le voile à une dame de haute noblesse, le cardinal et le nonce étaient invités à la cérémonie, et tout naturellement l’église se remplit de gentilshommes et de chevaliers. Quand le cardinal et le nonce firent leur entrée, aucun des assistants ne se leva de son siège : on se contenta de faire aux prélats une simple inclination ; mais quand parut l’évêque de Sainte- Agathe, gentilshommes et chevaliers s'empressèrent à l’envi de venir lui baiser la main. L’humilité lui attirait des honneurs que les grandeurs ne sauraient obtenir.

C’est que, comme Dieu lui-même, les hommes exaltent volontiers ceux qui s’humilient volontairement. Combien plus les Napolitains eussent-ils glorifié leur saint compatriote s’ils avaient su par quel dons admirables le Tout-Puissant récompensait ses vertus ! Plusieurs fois déjà l’Esprit-Saint lui avait ouvert le livre de l’avenir ; plusieurs fois encore il le favorisa de lumières prophétiques pendant son séjour à Naples. Un jour la duchesse de Bovino vint recommander à ses prières une de ses filles qui, son éducation terminée, allait sortir du couvent pour se marier. « Elle ne se mariera pas, dit Alphonse, mais elle se détachera du monde et se donnera toute à Dieu. » Cet horoscope surprit singulièrement la mère , mais quelle ne fut sa stupéfaction, en rentrant chez elle, de trouver un billet par lequel sa fille lui déclarait qu’au lieu de quitter le monastère, elle voulait y prendre le voile. — Dans une autre circonstance on annonçait au saint que la jeune princesse Zurlo, ange de piété, brûlait du désir d’entrer en religion. « Elle ne se fera pas religieuse, dit-il, mais elle vivra saintement dans le monde, »ce qui arriva effectivement.

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Une autre prophétie, plus singulière, se réalisa pour ainsi dire séance tenante. Tout Naples put en avoir connaissance. La sœur Maria Concelta Ronchi, du couvent de Santa-Margaritella , depuis longtemps souffrante et alitée, ayant manifesté le désir de voir le saint évêque, sa propre sœur, qui était abbesse du couvent, le pria d’accorder cette consolation à la pauvre malade. Elle s’offrait, disait-elle, à demander pour lui au cardinal-archevêque l’autorisation d’entrer dans la clôture. « 11 est inutile, répondit le saint, de demander cette permission ; j’irai demain au monastère, et j’y dirai la messe peur votre sœur. » Le lendemain il se rendit à l’église du monastère. Au milieu de la nef s’élevait un catafalque sur lequel reposait la sœur Maria Concetta, morte la nuit précédente. Alphonse célébra la messe pour elle, selon qu’il l’avait promis, et l’abbesse comprit pourquoi il eût été superflu de demander pour l’évêque l’autorisation de franchir la clôture.

Cependant les jours s’écoulaient, et bientôt allait arriver le onze septembre, date assignée à la discussion du procès. Alphonse avait envoyé au roi un mémoire, où toutes les prétentions des adversaires étaient savamment réfutées. En le rédigeant, il s’était souvenu qu’il était évêque et fondateur d’ordre. Il rappelait à grands traits « la fin de son institut, le grand bien opéré dans les missions, l’approbation pontificale, les autorisations accordées par Charles 111. Quant aux restrictions relatives aux propriétés, base des accusations formulées par les adversaires, il prouvait que ses quatrevingts pères avaient à peine six cents ducats de rente, c’est-à-dire quelques sous par jour pour chacun, tandis que le décret royal leur octroyait deux carlins1. Au lieu d’ambitionner la richesse pour sa congrégation, il ne désirait rien tant que de la maintenir dans la pauvreté parfaite. En sollicitant du pape l’approbation de l’institut, disait-il, nous avons demandé qu’on limitât les revenus de chaque maison au strict nécessaire pour vivre selon la pauvreté religieuse et donner des missions... Nous ne cherchons pas la richesse, et nous n’avons d’autre prétention que de conserver sauf l’honneur de notre nom, parce que sans la bonne renommée l’ouvrier évangélique ne peut faire aucun fruit dans les âmes. Si les peuples s’imaginent que nous avons soif d’or et d’argent, nos fatigues sont vaines et nos sueurs perdues. »

Certes on pouvait l’en croire sur parole. Sa vie démontrait ses assertions plus éloquemment que son mémoire; mais, en ce siècle

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