‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 64 sur 222 · Le carlin d’argent valait à Naples 0,42 centimes · texte numérisé non relu

Le carlin d’argent valait à Naples 0,42 centimes

GUERRE AUX RELIGIEUX

inique, les juges croyaient-ils à la sincérité des religieux? Et puis pour des régalistes n’était-ce pas une œuvre pie que de profiter de toutes les occasions pour détruire ces couvents où Ton osait enseigner que le pape est au-dessus des rois? De là, malgré leur innocence, les justes craintes des pères du Très Saint-Rédempteur, les démarches d’Alphonse auprès des ministres, et ses inquiétudes en dépit de son mémoire justificatif. Sur l’invitation des pères jésuites, il officia pontificalcment dans leur église le jour de la Saint- Ignace. Certes à la pensée des outrages prodigués au vaillant fondateur de la compagnie de Jésus, aux décrets de proscription lancés contre ses fils, aux exécutions qui les menaçaient encore, il n’avait que trop raison de craindre pour son institut : s’il n’y avait plus de justice pour eux, y en aurait-il pour lui?

Quand vint le jour des débats, la foule envahit le tribunal afin d’assister à cet émouvant procès. On voulait savoir de quel crime les accusateurs allaient charger le saint évêque, comment les avocats s’y prendraient pour transformer en Crésus ce prélat si pauvre, et les beaux considérants dont s’armeraient les juges pour frapper, comme coupable de rébellion, cet homme doux et humble de cœur, obéissant comme Jésus lui-mème. Grande fut la déception des curieux. A l’appel de la cause, personne ne se présenta pour soutenir l’accusation. On apprit bientôt que Maffei, qu’on rencontrait depuis trois mois dans toutes les rues de Naples, avait repris la route d’iliceto. Sarnelli quittait aussi la capitale juste au moment d’établir ses droits sur la fameuse vigne de Ciorani. Avoués et avocats s’étaient également éclipsés. Il ne s’en présenta qu’un seul à l’audience, et ce fut pour déclarer humblement qu’il ne se sentait pas le cæur de plaider contre un évêque dont toute la ville de Naples proclamait la sainteté. On entend parfois, dit le poète, les clameurs des factieux qui poussent le peuple à la sédition ; mais qu’apparaisse soudain l’homme d’autorité, au tumulte succède à l’instant un silence profond : si forte virum quem conspexere, silent. De loin les calomniateurs poussaient des cris de mort, mais ils avaient vu un homme ou plutôt un saint, et, rougissant d’eux-mèmes, ils s’étaient enfuis. « C’est notre père, écrivait avec raison Fiocchi, qui a soutenu notre cause par ses prières et par l’immense effet qu’a produit ici sa présence. »

De fait, avait-on gagné la cause? — Non, mais on gagnait du temps et on désarmait les adversaires. En l’absence des plaideurs, le tribunal ne porta aucun jugement, mais retint l’accusation relative aux acquisitions illégales. Il fut décidé, du consentement de

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

l'avocat Celano, que, sans débats ultérieurs, le président examinerait la question d’après les informations déjà faites et les mémoires présentés par les défendeurs, et qu’on s’en tiendrait à sa décision. Ce moyen terme satisfit les régalistes, qui, sans se donner l’odieux de tuer un innocent, montraient leur toute-puissance en tenant l’épée de Damoclès suspendue sur sa tête. Alphonse se plaignit de ces délais ou plutôt de ces dénis de justice. 11 insista pour que l’affaire se terminât au plus vite , et qu’ainsi la paix fût rendue à sa congrégation; mais le président, qui du reste lui était favorable, déclara que ses instances ne pouvaient aboutir. « Vous avez mis vos ennemis en déroute, observa- t-il : cela doit vous suffire. Pour le reste, ayez confiance, et retournez en paix dans votre diocèse. »

Le saint évêque n’aspirait qu’après l’heureux moment où il se retrouverait au milieu de ses ouailles. « Si je n’étais forcé, disait-il un jour, de défendre contre les persécuteurs cette congrégation qui travaille avec tant de succès au salut des âmes, je croirais pécher mortellement en restant aussi longtemps à Naples. » Le 19 septembre, il fit ses adieux à la capitale, car il était décidé à n’y plus reparaître. En faisant sa dernière visite à la Madone dans l’église de la Rédemption des Captifs, où il avait reçu tant de grâces : « Ma Souveraine, dit-il, au revoir dans le paradis, car à Naples nous ne nous reverrons plus. » Aussitôt arrivé à Arienzo, il écrivit à son frère Hercule : « Disposez librement du logement que vous tenez â ma disposition , car désormais il ne me servira plus. »

Quant à la persécution, il ne la croyait qu’assoupie. Le 3 octobre, il exprimait cette crainte au recteur de Caposele : « J’ai passé, comme vous savez, plusieurs mois â Naples, où, par la grâce de Dieu, j’ai laissé les choses en assez bon état; mais la tempête qui sévissait furieusement est loin d’être calmée. Continuez donc, je vous prie, la discipline du lundi ainsi que le jeûne du samedi, selon la promesse faite pour toujours à la Madone en reconnaissance des secours qu’elle nous a prêtés dans les circonstances actuelles. » Il insistait ensuite sur la correction des défauts : « Les fautes de nos frères, disait-il, me font bien plus trembler que les persécutions dont nous sommes encore menacés. Si l’on ne se corrige pas, Dieu nous abandonnera, et tout s’en ira en fumée, missions, maisons, et congrégation !. »

Après avoir prisses précautions du côté de Dieu, il recommanda chaudement au président du conseil, Balthasar Cito, la cause de

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