‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 7 sur 222 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

IJN INTÉRIEUR D’ÉVÊCHÉ

Humilité de l’évêque. — Mépris des titres honorifiques. — Mobilier du palais. — Amour de la pauvreté. — Personnel de l’évêché. — Le serviteur Alexis. — Le secrétaire Verzella. — Le vicaire général Rubini. — Le père Majone. — Un règlement peu commode. — Les exercices du matin. — Les audiences. — Messe de l’évéque. — Un mauvais tour. — Le dîner. — Visite aux pauvres et aux malades. — Visite au saint Sacrement. — Les exercices du soir. — Un rôdeur de nuit. — Les flagellations.

Avant d’entreprendre la visite de son diocèse, Alphonse voulut établir l’ordre autour de lui, dans sa ville épiscopale, dans son séminaire, et avant tout dans sa propre maison. U était persuadé#que si l’évêque n’est pas irréprochable, ses enseignements et ses remontrances produiront peu ou point d’cflet. « L’évêque, dit-il au début de ses Réflexions, c’est le flambeau posé par Dieu lui-même sur le chandelier pour éclairer tous les habitants de la maison. Qu’il prêche tant qu’il voudra, s’il ne donne pas l’exemple, les sujets feront peu de cas de ses instructions. De là le mot de saint Paul à Tite : Soyez en tout V exemple du troupeau L » La vie habituelle d’Alphonse fut le commentaire vivant de ces paroles de l’Apôtre.

Bien qu’il soit vrai de dire, avec le proverbe, que les dignités changent ordinairement les mœurs des hommes, l’évêque de Sainte- Agathe resta toujours l’humble religieux. Pas plus qu’à Pagani, n’apparut en lui le grand seigneur napolitain. Ses armoiries de famille ne figurèrent ni à l’église ni au palais. Les cachets dont il fit usage ne portèrent jamais que l’empreinte de la croix. Son prédécesseur, Mgr Danza, avait laissé dans le trésor de sa cathédrale une magnifique chasuble en drap d’or, sur laquelle étaient brodées ses armes. Alphonse y ajouta de ses deniers une chape et des dalmatiques également au chiffre de l’évêque défunt, ce qui révolta les

l. Riflessioni utili ai Vescovi , ch. II, § 2.

L’ÉVÈQUE DE SAINTE-AGATHE

chanoines. Us voulaient à toute force enlever ces armoiries pour les remplacer par celles des Liguori, mais le saint demanda si cette substitution ajouterait quelque chose à l’éclat ou à la piété des saintes cérémonies, et l’on ne toucha point à ces ornements.

C’était une coutume généralement admise de donner à l’évêque le titre d’Excellence. Alphonse protesta contre ce titre usurpé. « C’est bien assez, dit-il, du titre d’illustrissime que l’Église autorise, sans qu’on y ajoute cette pompeuse qualification que l’Église n’admet pas. » Et sa persistance à repousser cette malencontreuse Excellence fut telle qu’on renonça dans tout le diocèse à la lui appliquer. Ennemi de tout apparat et de toute prétention, il sortait seul ou accompagné d’un simple prêtre, évitait toute parole qui sentit le commandement ou la supériorité, et traitait tout le monde, surtout les ecclésiastiques et les religieux, avec la plus grande déférence. Jamais il ne prenait une décision tant soit peu importante avant d’avoir demandé conseil. « Lorsqu’une affaire offrait quelque difficulté, dit l’archidiacre Rainone, il ordonnait une consultation. Il se croyait incapable de rien décider par lui-même, alors que chacun rendait hommage à sa science et à la sûreté de son jugement. Dans une discussion, si l'opinion d’un adversaire lui paraissait plus conforme à la vérité, il abandonnait aussitôt la sienne. C’élait l’homme vraiment humble, s’oubliant lui-même et ne cherchant que l’ombre et le mépris. »

Le palais ressemblait au maître. On s’imagine parfois que le luxe relève la dignité; notre saint pensait tout le contraire. « L’ameublement de la maison épiscopale, dit-il, doit être simple et modeste. Jésus-Christ commande l’humilité et non la magnificence. C’est une grande édification pour tous que de voir la demeure de l’évêque pauvre et dépourvue de tout ce faste qui nourrit l’orgueil des séculiers l. » En arrivant à Sainte-Agathe, il se contenta de racheter quelques objets sans valeur laissés par son prédécesseur. Les chanoines avaient meublé splendidement toutes les salles du palais : il trouva ce mobilier trop somptueux et le vendit, avec l’agrément du chapitre, au profit de la cathédrale. Transformé en couvent, le palais eut pour décoration l’austère mais touchante simplicité de la pauvreté.

Tout l’ameublement de sa chambre se composait d’une table de bois brut, de quelques mauvaises chaises, et d’un petit lit sans rideaux, garni de draps de grosse toile et d’une couverture de laine

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