‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 8 sur 222 · Riflessioni , ch. II · texte numérisé non relu

Riflessioni , ch. II

UN INTÉRIEUR D’ÉVÈCHE.

tout usée, semblable à celles dont se servent les indigents. Jamais il n’en voulut d’autre, même par les froids les plus rigoureux. Il se contentait alors, pour se réchauffer, d’étendre son manteau sur son lit. Les objets à son usage, encrier, papier, tabatière, dénotaient la même pauvreté. L’unique ornement de sa cellule était un grand crucifix que lui avait offert le supérieur général des pieuxouvriers, et une image représentant Notre-Dame de Bon Conseil.

Le mobilier des autres chambres n’était guère plus somptueux. Seulement dans un de ces appartements le lit était recouvert d’une vieille étoffe de damas , laissée par M** Danza : c’était le lit de parade, réservé aux personnages de distinction. Des images de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints tapissaient le vestibule, les escaliers et les corridors du palais, ce qui lui donnait l’aspect sévère et religieux d’un monastère.

Certains indigents auraient refusé les vêtements dont se contentait l’évêque. En dehors des fonctions épiscopales, il portait l’habit de sa congrégation comme par le passé. Un de ses amis le trouva un jour en soutane violelte. « Vous devez donc assister à quelque cérémonie? lui demanda-t-il. — Non, répondit Alphonse, mais j’ai dû faire raccommoder ma soutane. » Il n’en avait qu'une, vieille et rapiécée. Le frère Romito s’avisa un soir de l’échanger contre une neuve. Le saint ne s’en aperçut pas d’abord, mais en regardant les manches, il dit au frère : « Vous en avez donc mis de nouvelles? — Oui, répondit celui-ci, les autres étaient trop usées. — Mais en y regardant de plus près, il me semble que la soutane entière est neuve? — En effet, vous ne pouviez plus décemment vous montrer avec l’ancienne. — N’importe ! allez me la chercher. — Si vous ne voulez pas de celle-ci, dit Romito, il faudra vous en passer, car j’ai donné l’autre à un pauvre. — Vous voulez toujours faire à votre tête, » reprit Alphonse décontenancé.

On lui dit un jour que son linge tombait en lambeaux dans les mains de la blanchisseuse, et qu’il fallait absolument le renouveler. « Cependant, observa-t-il en riant, les vieilleries conviennent assez à un vieil évêque, et puis je dois penser à vêtir les pauvres. » La croix qu’il portait habituellement était en cuivre doré. Pour les fonctions épiscopales, il en avait une autre en vermeil, ornée défaussés pierres. Dans une circonstance on cherchait en vain l’anneau pastoral, et l’on manifestait de vives inquiétudes à cause de la pierre précieuse qui s’y trouvait enchâssée. « Mais ce n’est qu’un morceau de verre, dit Alphonse en riant. L’anneau de mon oncle, dont me fit présent l’évêque de Lettere, je l’ai vendu pour secourir

L’ÉVÉQUE DE SAINTE-AGATHE

les pauvres. » Et comme on le plaisantait sur la rareté de ce bijou : « Tel qu’il est, dit-il, cet anneau a figuré à Home avec honneur: ils ne savaient pas que j'avais cassé ma meilleure carafe pour me tailler ce diamant. »

Il ne Taut pas s’étonner si les visiteurs, après avoir vu l’évêque et le palais, s’en retournaient profondément édifiés. * J’ai trouvé, disait un gentilhomme, l’idéal de la pauvreté : des chambres nues, des chaises de paille, des tables plus simples encore, un lit d’indigent! » Et le grand seigneur ne se lassait point d’admirer le parfait imitateur de celui qui, étant riche , se fit volontairement pauvre par amour pour nous.

Avec de tels goûts, Alphonse n’avait nullement besoin, on le comprend, d’une nombreuse domesticité. « Que l’entourage de l’évêque soit simple et modeste, dit-il dans ses Réflexions. 11 doit avoir le personnel requis pour le service et non pour la vanité. » Il se contenta du strict nécessaire : un cuisinier, un cocher, un valet de chambre. Membres de la famille épiscopale, ces serviteurs devaient se conduire en vrais chrétiens, assister tous les matins à la messe, et s’approcher des sacrements au moins tous les quinze jours. Les jeux de cartes leur étaient défendus, les cabarets absolument interdits. Le saint voulait que ses gens édifiassent le monde par une conduite irréprochable, par leur désintéressement, et surtout par l’honnêteté de leurs mœurs. Sur ce dernier point il se montra toujours inexorable. Indulgent pour les autres fautes, il congédiait sans pitié le serviteur coupable sous ce rapport. Il apprit par hasard que son cuisinier fréquentait une femme de Sainte-Agathe. Non content de le renvoyer, il exigea son éloignement du pays, et l’individu, enchaîné par sa passion, refusant de s’exécuter, il obtint de l’autorité civile un mandat d’arrêt contre lui. Le malheureux ne put s’échapper qu’en corrompant les sbires à prix d’argent. « Enfin, dit l’évêque en apprenant sa fuite, le scandale a disparu, et le coupable, en déliant pour s’évader les cordons de sa bourse, a même expié une partie de sa faute. »

Le serviteur privilégié, Alexis Pollio, n’avait que vingt ans quand l’évêque le prit à son service, et jamais il ne quitta ce maître vénéré, dont il raconta les vertus en qualité de témoin au procès de canonisation. « Ce fut en 1758, dit-il, que j’eus le bonheur de voir pour la première fois le serviteur de Dieu, à Naples, mon pays. Je fus introduit auprès de lui par mon directeur, et comme j’habitais non loin du palais des Liguori, quand il venait chez son frère Hercule, j’aimais à l’entretenir de mon âme et à recevoir ses conseils. Devenu

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