‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 70 sur 222 · I Cor, mi · texte numérisé non relu

I Cor, mi

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

désintéressés, héroïques jusqu’à désirer les croix comme Jésus? L’amour seul, l’amour de Jésus, le désir de lui ressembler, et surtout la volonté de lui rendre amour pour amour. Qui leur a donné de trouver la paix et la joie au milieu des tribulations? L’amour de Jésus. Quand on aime, il n’y a plus de douleur ni de tribulation : Ubi amalar non laboratur .

Telle est la philosophie de l’ascétisme développée dans la Pratica. En faisant dériver de l’amour toutes les vertus, Alphonse n’ignorait pas que les docteurs catholiques assignent à la vie spirituelle trois degrés, qu’ils appellent la vie purgative, la vie illuminative, et la vie unitive. 11 établit seulement que la charité élève et soutient l’âme dans son vol sur ces hauteurs. C’est la charité qui la pousse à se purger de ses vices et de ses péchés; c’est la charité qui l’excite à la contemplation du Christ et de ses vertus; c’est la charité enfin qui l’unit au Christ et la déifie, en unissant sa volonté à la divine volonté.

Cette théorie ascétique de saint Alphonse s’harmonise peu, il faut l’avouer, avec les principes d’une certaine école moderne qui attribue la décadence des races latines, c’est-à-dire catholiques, à la prédominance des vertus mystiques sur les vertus morales. La mystique, disent ces nouveaux docteurs, a produit en ellèt l’obéissance, l’humilité, l’abnégation, vertus qui dépriment le caractère et rendent l’homme timide et inactif, tandis que la race anglo-saxonne, c’est-à-dire protestante, éloignée de tout mysticisme, a fortifié le tempérament moral des citoyens en exaltant la liberté, la confiance en soi, en un mot l’individualisme. De là vient la supériorité des nations protestantes sur les nations catholiques. Si l’on veut relever de leur dégradation les races catholiques, il faut mettre à l’index Y Imitation de Jésus-Christ, dont les principes surannés ne peuvent convenir à des chrétiens modernes, et renoncer à jamais aux trois vœux de religion. Si l’on tolère encore des congrégations, que ce soient des congrégations d’hommes libres. Voilà ce qu’on peut écrire aujourd’hui sans cesser d’ètre catholique! Mais malheur au monde si, même dans le sein de l’Église, les docteurs de la liberté prévalent sur les docteurs de l’obéissance, et si l’exercice de Yamonr envers Jésus-Christ , tel que l’enseignent l’auteur de Y Imitation et l’auteur de la Pratica , peut être impunément présenté comme une cause d’énervement moral pour l’homme et de ruine pour les peuples !

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