‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 71 sur 222 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LE NOUVEAU JOB 1768-1769

La grande épreuve. — Maladie d’Alphonse. — Neuvaine de pénitence. — Pluie miraculeuse. — Crise suprême. — Paralysé et résigné. — La journée d’un moribond.— Travaux intellectuels. — Exercices de piété. — La sainte messe. — Promenades en voiture. — Démission refusée.

Dans sa Pratique de V amour , commentant cette parole de l’Apôtre : Caritas omnia suffert, saint Alphonse avait montré que l’amour de Jésus-Christ donne à l’homme force et courage pour supporter sans faiblir toutes les tortures de l’âme, toutes les maladies du corps, et jusqu’aux supplices les plus violents. Quand on tient en main un crucifix, disait-il, on ne demande pas à descendre de la croix. Qui regarde les plaies de Jésus oublie ses propres blessures. Les martyrs allaient joyeux au-devant des chevalets, des ongles de fer et des lames ardentes, non qu’ils fussent insensibles à la douleur, mais l’amour ne recule ni devant la douleur ni devant la mort : Non hoc fecit stupor sed amor 1 .

A peine avait-il donné aux chrétiens cette sublime leçon, qu’il dut lui-même la pratiquer jusqu’à l’héroïsme. Dieu avait couché Job sur un fumier pour éprouver sa fidélité : il coucha le saint évêque sur une croix pour faire resplendir aux yeux du monde l’or pur de son amour. Après avoir terminé les ouvrages dont nous venons de parler, il ressentit soudain dans tous ses membres un malaise inaccoutumé, suivi bientôt d’accès de fièvre qui firent peur aux médecins. Ils prononcèrent le nom de fièvre maligne, de fièvre putride : « Alors, dit le malade en souriant, vite de l’eau et de l’huile. » Et comme on lui demandait ce qu’il voulait dire par là : « J’entends

1. Pratique de l'amour , De la patience dans les maladies, passim.

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

par là, répondit-il, le double remède dont j'ai besoin en ce moment : l’eau glacée pour calmer la fièvre, et l’huile sainte pour bien mourir. »

Ce n’était là que le début de la maladie. Bientôt survinrent des douleurs atroces au côté droit, puis le mal sembla se fixer dans l’os de la hanche, ce qui le força de garder le lit comme un homme paralysé. « Je suis au lit, couvert de vésicatoires, écrivait-il le 29 juin à la sœur Brianna Carafa, et voilà déjà quinze jours que je ne puis célébrer la sainte messe. Mais je suis content : Dieu le veut, je le veux aussi. » Le mal fit des progrès pendant tout le mois de juin, comme il l’apprend lui-même à Villani : « Je souffre plus que jamais de la sciatique. Les médecins ne savent plus que penser. Il faut donc s’abandonner à Dieu et embrasser la croix selon sa sainte volonté. Cependant j’espère encore pouvoir faire la visite à Sainte- Agathe et à Durazzano1. »

Ses espérances ne se réalisèrent pas, mais cependant son mal diminua d’intensité et finit par le quitter, car il écrivait dès les premiers jours de juillet : « La fièvre n’a pas reparu aujourd’hui. Priez pour moi qui, depuis dix-neuf jours, étendu sur un lit comme un morceau de bois, ne puis que dire et répéter : « Mon cher Jésus, crucifié pour moi, qu’il m’est doux de souffrir par amour pour vous! » — « Mes douleurs sciatiques semblent aussi se calmer, ajoutait-il. Ne cessez pas de me recommander à Dieu, non pour obtenir ma guérison, mais pour que je fasse toujours son adorable volonté2. »

Malgré ses souffrances, il n’avait pas cessé un seul jour de traiter avec son vicaire général les affaires de son diocèse. Une sécheresse depuis longtemps persistante désolait à cette époque tout le pays d’Arienzo. Les citernes étaient complètement desséchées, l’eau manquait partout, le peuple demandait avec larmes la cessation du fléau. Alphonse priait aussi le Seigneur d’avoir pitié de ses enfants, mais il disait hautement qu’on n’obtiendrait rien de Dieu si on ne cessait de pécher. Or, depuis un mois, une compagnie de soldats était arrivée à Arienzo, où il n’y avait point de caserne pour les loger. Ils vivaient dispersés dans les maisons particulières, ce qui devenait une nouvelle cause de désordres et de scandales pour toute la population. Alphonse s’entendit avec le syndic, Salvatore Romano. qui lui était très dévoué, sur les moyens à prendre pour les loger tous ensemble ; mais comme les choses traînaient en longueur, il écrivit

Page 1