‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 77 sur 222 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

LA PERSÉCUTION EN SICILE

Alphonse accusé di* probabilisme. — Protestations. — Les missionnaires de Girgonti snsp«*cts de morale relâchée. — Le conseiller Targiani. — Nouvelle Apologie de noti*e saint. — Lettre du P. Blasucci à Targiani. — Réponse du conseiller. — Discussion entre Alphonse et Blasucci sur l’équiprobabilisme. — Inflexibilité du saint. — Les accusations du janséniste Cannella. — Défense et victoire du P. Blasucci.

Pendant la cruelle maladie dont nous venons de parler, l'évêque de Sainte-Agathe put s’écrier avec autant de vérité que le grand Apôtre : « Angoisses au dedans , combats au dehors. » Le procès Maffei-Sarnelli dormait depuis plusieurs mois, mais d’autres ennemis, non moins perfides, attaquaient l’institut avec la volonté bien arrêtée de le détruire.

Les jansénistes , unis aux régalistes de la cour, cherchaient un prétexte pour rendre à leur adversaire les coups que ses ouvrages leur avaient portés. Après la destruction des jésuites, ils ne trouvèrent rien de mieux pour l’envelopper dans la ruine de la compagnie que d’en faire un jésuite, et encore très peu déguisé. L’institut du Très Saint-Rédempteur, disaient-ils, n’était que la société de Jésus sous un autre nom. Les deux sociétés poursuivaient le même but et par les mêmes moyens. Comme les jésuites, Alphonse empoisonnait l’Europe par sa morale relâchée, en particulier par l’exécrable doctrine du probabilisme, si effrontément soutenue par lui contre Patuzzi et tous les sectateurs des doctrines rigides. Comme la compagnie, la congrégation était un foyer d’infection dont il fallait purger le pays.

Ces accusations venimeuses de jésuitisme et de probabilisme revenant à tout propos, Alphonse se vit obligé d’arracher cette arme des mains de ses ennemis. Déjà en 1764-, il leur avait répondu :

LA PERSÉCUTION EN SICILE

« Je vénère grandement les pères jésuites, et je n’en fais pas mystère ; mais enfin je n’ai pas eu le bonheur de fréquenter leurs écoles. Si vous lisez ma Morale, vous verrez que j’ai embrassé quantité d’opinions contraires à celles de leurs théologiens. J’aime la compagnie comme j’aime tous les ordres religieux, mais en morale je ne suis que ma conscience. Quand une raison me persuade, je ne m’inquiète pas des moralistes. » Il s’agit, bien entendu, d’opinions libres, sur lesquelles, l’Église ne s’étant pas prononcée, chacun peut suivre son jugement particulier.

Quant au probabilisme, doctrine également libre, on a vu que saint Alphonse n’a jamais cru pouvoir l’enseigner. A partir de 1762, il l’avait même formellement réprouvé. S’il trouvait trop rigide le système probabilioriste, qui n’accepte que les opinions plus probables, il estimait trop large le système probabiliste qui admet la licéité des opinions certainement moins probables en faveur de la liberté. Partisan du juste milieu, il ne considérait comme licite que la seule opinion équiprobable. D’après sa doctrine, quand il y a parité de raisons pour et contre, les probabilités s’élident, la loi n’est pas promulguée , et par conséquent nous restons libres. Il avait démontré cette thèse dans plusieurs ouvrages, et par conséquent on. le calomniait en lui attribuant une doctrine qu’il n’avait cessé de combattre. Aussi quand, après avoir exterminé les jésuites, on voulut l’exterminer aussi comme fauteur du système probabiliste suivi généralement par les membres de la compagnie, il établit les distinctions nécessaires. « Quant à mon système sur l’opinion probable, il est différent de celui des jésuites, car je condamne, dit-il, l’usage de l’opinion moins probable connue comme telle, tandis que Busembaum, Lacroix, et presque tous les jésuites, le regardent comme licite1. »

Il eut plusieurs fois l’occasion de faire la même distinction. Quand parut à Venise la sixième édition de la Théologie morale , les censeurs napolitains l’arrêtèrent à la frontière comme suspecte de probabilisme. « L’incident n’eut pas de suites fâcheuses, écrit Alphonse à son éditeur, parce que le re viseur des livres venus de l’étranger, après un sérieux examen, trouva mes décisions équitables. Relativement au probabilisme , il constata que, loin de suivre le système des jésuites, je le condamne, car les jésuites admettent l’opinion moins probable, et moi je la réprouve 2. » En Sicile, au contraire,

Page 1