‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 78 sur 222 · Lettre à Remondini, 30 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Remondini, 30 juin

2. Io non seguito il sislema dei gesuiti, ma vi sono contrario, mentre i gesuiti ammeltono la meno probabile, ma io la riprovo. Corrisponclenza spéciale , page 335.

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

où le jansénisme faisait rage, l'accusation de jésuitisme lancée contre les pères du Très Saint-Rédempteur provoqua de la part du gouvernement des mesures violentes qui forcèrent Alphonse à reprendre la plume, au plus fort de sa maladie, pour défendre sa Morale et sa congrégation.

Il y avait six ans que les rédemptoristes, établis à Girgenti, parcouraient les villes et les villages pour donner des missions, des neuvaines. ou d'autres exercices spirituels. Partout ils jouissaient de l'estime et de l'affection du clergé. A Girgenti en parliculier, la population leur était entièrement dévouée. L’évèque venait de leur offrir une magnifique église pour y exercer le saint ministère. Comme ils ne possédaient ni maison ni revenus, il les avait installés dans un local attenant à sa riche bibliothèque, et il pourvoyait à leur entretien moyennant le traitement annuel attaché à la charge de bibliothécaire. Les diocèses de Messine, de Syracuse, de Mazzara, de Palerme, recevaient aussi les missionnaires avec grande satisfaction; les évêques demandaient des établissements nouveaux, et l’on aurait pu facilement créer une province sicilienne si le manque de sujets et surtout les prohibitions légales n’eussent, au moins pour le moment, interdit toute espérance à cet égard.

Cette prospérité continue et toujours croissante effrayait le saint fondateur. « Les œuvres de Dieu ne s’enracinent, disait-il souvent, que si elles sont ballottées par la tempête. » — « Je me réjouis beaucoup de nos succès en Sicile, écrivit-il maintes fois au père Blasucci, mais je vous avoue en même temps que ces applaudissements universels me font trembler. » On vit bientôt que ses pressentiments ne le trompaient pas. Un coup de vent suffit pour tourner l’opinion populaire et changer les applaudissements en cris de fureur.

Le k octobre 1768, Dieu enleva de ce monde W* Lucchesi, le saint évêque de Girgenti, le soutien et le protecteur des missionnaires. Ce fut pour eux le signal de l’épreuve. Un prince de Campo-Formio, héritier de la fortune du défunt mais non de ses vertus, commença par leur retirer la pension que leur faisait l’évêque, sous prétexte que cette pension ne provenait pas des revenus de l’évêché, et que d’ailleurs les missionnaires n’avaient aucun droit d’acquérir ou de posséder. De fait, non seulement ils ne pouvaient ni acquérir ni posséder, mais ils n’existaient pas même légalement, car le roi n’avait approuvé que les quatre maisons du royaume. Les pères du Très Saint-Rédempteur ne formaient dans le diocèse qu’un simple détachement de missionnaires napolitains sous lesordresetà la solde

LA PERSÉCUTION EN SICILE

de M** Lucchesi. Lui mort, la terre de Sicile s’effondrait sous leurs pieds. C’était le moment qu’attendaient les jansénistes pour agir contre eux et les forcer à quitter le pays. De tous côtés on les dénonça comme des jésuites déguisés, des partisans du probabilisme, des sectateurs de la « morale relâchée » . A Palerme, l’un des conseillers du vice-roi, Déodat Targiani, circonvenu par un théologien de la secte, se mit en tête qu’Alphonse enseignait une théologie pernicieuse, dont tous ses religieux devaient nécessairement être infectés. Là-dessus dénonciation aux évêques qui employaient les missionnaires, dénonciation au vice-roi, dénonciation à Tanucci, émoi dans tout le pays, étonné d’apprendre que ces religieux si vénérés n’étaient que d’odieux probabilistes accourus d’outre-mer pour corrompre les bonnes mœurs. Une lettre de Blasucci annonça cette révolution au saint fondateur en novembre 1768, deux mois après l’attaque de sciatique qui lui avait contracté tous les membres. Sa réponse fut vraiment sublime : '< Je viens de recevoir la funeste nouvelle; mais, que dis-je funeste? des dispositions de Dieu aucune n’est funeste. Il veut nous mortifier : que son saint nom soit béni! J’ai déjà écrit à Palerme. A Naples, je ferai tout le possible, mais les temps sont mauvais. Ce que je vous demande par-dessus tout, c’est de ne pas perdre confiance en Jésus-Christ. Si on vous chasse de la maison que vous occupez, louez-en une autre suffisante pour vous loger. Il ne faut pas céder le terrain avant que Dieu nous donne clairement à connaître qu’il ne nous veut plus à Girgenti. Vous prêcherez moins de missions, et vous trouverez toujours le morceau de pain nécessaire à la vie. Nous verrons ce que fera le nouvel évêque, et surtout ce que Dieu disposera. Quant à moi, je ne crois pas qu’il veuille détruire cette fondation. Laissons passer la tempête, prions avec plus de ferveur que jamais, et abandonnons-nous à la divine Providence. Je reste perclus de la tête aux pieds : je suis content et je bénis Dieu , qui me donne , avec la paix, la force de souffrir1. »

De son lit de douleur il écrivit alors lettres sur lettres : aux évêques de Sicile pour réfuter les accusations des délateurs; au prélat Targiani, de Naples, pour l’exhorter à désabuser son frère, le conseiller du vice-roi ; au vice-roi lui-même ainsi qu’à son malencontreux conseiller. Ce dernier, toujours à l’instigation des jansénistes, lui répondit par une longue diatribe contre la morale relâchée des probabilistes, et prétendit que les pères de Girgenti accordaient trop

1. Corrispandenza generale , II, page 92. — Lettre du 6 novembre 1768.

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

facilement l’absolution. Les jansénistes de Paris ordonnaient de porter le viatique entre deux gendarmes à des schismatiques déclarés; ceux de Naples se contentaient d’indiquer aux confesseurs le petit nombre de pénitents qu’il fallait absoudre1.

Cependant l’orage grondait toujours, et Blasucci donna au saint le conseil de représenter à Tanucci que sa Morale n’était pas telle qu’on la représentait à Palerme. Un moment il eut l’idée de suivre cet avis et de députer au marquis l’avocat Celano « pour lui faire observer que dans sa Théologie morale il n’enseignait nullement, comme les jésuites, la licéité de l’opinion moins probable, et que du reste son ouvrage, examiné à Naples par les théologiens du délégat, ne contenaient, d’après leur rapport, rien de répréhensible. Quant aux missionnaires de Girgenti, l’évèque Lucchesi, savant théologien, les avait toujours loués, même auprès du viceroi, comme des prêtres de saine doctrine. Occupés au ministère des missions dans son vaste diocèse qui compte tant d’hommes lettrés, partout on a vanté leur zèle et leur manière de prêcher, d’instruire, et de confesser. Ceux qui les ont connus et suivis n’en disent que du bien. Ceux-là seulement qui ne les ont ni vus ni entendus, entraînés par d’injustes préventions ou par de fausses dénonciations, les traitent de jésuites et de probabilistes2. »

Telle est la défense qu’Alphorise voulait présenter, mais il lui vint en pensée que peut-être cette justification de sa Morale éveillerait dans l’esprit de Tanucci l’idée de la faire reviser à nouveau par quelque rigoriste de son choix qui présenterait les opinions sous un jour plus défavorable encore, et qu’ainsi s’aggraverait le mal que l’on voulait réparer. Au lieu de remuer à Naples ces questions brûlantes, il entreprit de publier lui-même une nouvelle Apologie de son système moral pour éclairer ses juges et confondre ses calomniateurs. « Cet opuscule, où je me disculpe de l’accusation de laxisme, est presque terminé, écrivait-il à Blasucci le 8 janvier 1769. Je suis au lit depuis six mois, accablé d’infirmités et de souffrances, ajoutait-il ; mais, par la grâce de Dieu , je comprends que la maladie est une grande faveur, et je l’en remercie. »

C’est donc sur ce lit d’agonie que, pour calmer la tempête, il composa Y Apologie de la Théologie morale de A/gr de Liguori, taxée par quelques-uns de laxe, de probabilistique, et accusée tout spécialement d'autoriser P opinion moins probable . On aurait pu s’imaginer que, cédant à la pression des événements et même de certains

1. Corrispondenza generale , II, page 103. Lettre du 8 janvier 1769.

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