‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 81 sur 222 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DOGMES ET HÉRÉSIES 1769-1773

Alphonse et le protestantisme. — L'Opéra dogmatica contre les soi-disant réformés. — L’historien Pallavicini. — Fra Paolo Sarpi. — Plan de l 'Opéra dogmalica. — L7/wtoire des Hérésies. — Le reviseur Simioli. — Dédicace à Tanucci. — Triomphe de V Église sur les hérétiques. — Triomphe sur les hérésies. — Alphonse et la théologie dogmatique.

Trois années s’étaient écoulées depuis que la maladie avait confiné dans sa cellule l’évêque de Sainte-Agathe. On aurait pu croire que l’administration de son diocèse et le soin de sa congrégation suffiraient pour absorber l’attention de ce vieillard de soixante-quinze ans, en proie à toutes les douleurs de l’âme et du corps ; aussi n’est-ce pas sans un indicible étonnement qu’on le vit produire durant ces trois années une œuvre dogmatique qui, à elle seule, le placerait au premier rang des apologistes de notre sainte religion.

Jusque-là le saint docteur avait défendu la religion contre les incrédules modernes qui, sous prétexte de philosophie, sapaient le dogme catholique par la base. La Vérité de la foi et la réponse à Febronius établissaient la divinité de la religion chrétienne, la divinité de l’Église catholique, la primauté et l’infaillibilité du pape, contre les voltairiens, les jansénistes et les régalistes. Mais ces artisans d’impiété n’étaient que les continuateurs des hérétiques protestants qui, depuis deux siècles, armés du libre examen, battaient en brèche toutes nos croyances, et préparaient ainsi la Révolution antichrétienne; tout-puissants en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, dans presque la moitié de l’Europe, ils prêtaient naturellement main-forte aux incrédules pour renverser l’Église de Dieu. Notre saint comprit qu’il fallait porter le combat sur leur terrain et montrer l’inanité de leurs inventions contre nos dogmes sacrés.

DOGMES ET HÉRÉSIES

En homme pratique, Alphonse se demanda quel était l arsenal où il trouverait les armes les mieux trempées pour entrer en lutte avec celte espèce d’adversaires. Beaucoup ont écrit contre les protestants, mais, pour s’imposer en matière dogmatique, la science ne suffit pas : il faut l’autorité. Le saint docteur réfléchit alors que Dieu lui-même a rassemblé dans la petite ville de Trente les pontifes et docteurs de son Église sous la présidence de l’Esprit-Saint pour mettre en lumière les dogmes révélés et renverser de fond en comble l’œuvre du protestantisme, et que, de plus, les actes authentiques du célèbre concile ont été consignés jour par jour dans l’immortelle histoire du cardinal Pallavicini. C’est donc là qu’il trouverait les éléments solides et complets de l’ouvrage qu’il méditait depuis plusieurs années.

Déjà en 1764, il écrivait à Remondini, qui le pressait de reprendre la plume : « Ce n’est pas la matière qui manque, mais un évêque a peu de temps pour écrire. J’ai commencé, d’après Y Histoire de Pallavicini, un travail dogmatique; Dieu sait quand j’en verrai la fin l. » D’autres œuvres plus pressantes l’occupèrent durant les années qui suivirent, et ce n’est qu’en 1768, sur son lit de souffrance, qu’il trouva le temps de mettre en ordre les matériaux accumulés. Le 13 mars 1769, il traçait à un ami le plan de cet ouvrage : « Laissant de coté les faits extérieurs du concile, je ne m’occupe que des points de foi définis dans les sessions, ainsi que des difficultés et discussions qui précédèrent les définitions. Outre certains éclaircissements doctrinaux sur ces diverses matières, j'ai ajouté deux suppléments très importants, l’un sur le mode d’opération de la grâce, l’autre sur la règle de foi et la nécessité d’un juge infaillible pour dirimer les controverses, en sorte que ce livre contient une véritable dogmatique. » Puis il ajoute : « Je suis toujours au lit et toujours souffrant, mais la fièvre m’a quitté : j’ai la tète plus libre, et aussi plus de temps pour travailler à glorifier Dieu et son Église. Il y a tant d’hommes qui attaquent cette sainte Église, et si peu qui la défendent ! » L’ouvrage, intitulé Traité dogmatique contre les prétendus réformés parut à Naples vers la fin de 1769.

L’approbation ne s’obtint pas sans difficulté. Un livre traitant de questions dogmatiques, composé par l’évêque de Sainte-Agathe, le champion de l’infaillibilité pontificale, devait naturellement paraître suspect. Déféré au roi, examiné par le ministre des af-

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