Bosquet, flist. des Variations, liv. 7, n
DOGMES ET HÉRÉSIES
lTne courte préface indique plus explicitement le but et le plan de la nouvelle œuvre. « Après avoir étudié, dit l’auteur, les excellentes doctrines enseignées avec tant d’exactitude par le saint concile de Trente, doctrines noyées pour ainsi dire dans la grande Histoire du cardinal Pallavicini, j’ai entrepris de les rassembler et d’en faire un tout organisé. Le lecteur aura ainsi la satisfaction de les voir placées distinctement sous ses yeux d’après l’ordre des matières traitées au concile, de découvrir plus facilement les sophismes des hérétiques, et de connaître plus parfaitement les vérités de notre sainte foi.
« Mes occupations m’ont souvent forcé d’interrompre ce travail. Enfin, retenu au lit par une maladie qui ne me laisse plus qu’un souffle de vie et m’empêche absolument de parcourir mon diocèse comme je le faisais autrefois, j’ai pu conduire à bonne fin, avec le secours du Seigneur, la tâche que je m’étais imposée. J’ai traité chaque matière d’une façon complète et j'ai répondu aux objections des novateurs, aux critiques de Fra Paolo Sarpi, ainsi qu’à d’autres difficultés non mentionnées par Pallavicini. En outré, j’ai cru bon de résoudre beaucoup d’autres questions dogmatiques et scolastiques qui se rattachent aux points définis par le concile. »
Si maintenant l’on demande quel jugement l’on doit porter sur cet ouvrage, on peut répondre que le saint docteur l’a parfaitement caractérisé lui-même en disant : « Mon livre est une bonne Dogmatique, il mio libro contiene una buona Dommatiea . » Et en effet une bonne Théologie dogmatique doit présenter au lecteur l’ensemble des vérités révélées dans un ordre scientifique qui les unisse l’une à l’autre comme les membres d’un corps vivant et bien organisé. Or il suffit de parcourir la table des matières que comprennent ces deux volumes pour s’assurer qu’on y traite presque toutes les questions dont se composent, non seulement les manuels, mais les grands ouvrages de théologie, quasi una intiera Domina tica, comme dit encore l’auteur dans une lettre à Remondini. Au début l’on rencontre, comme base de tout l’édifice, deux traités sur l’Écriture sainte et la tradition, où figurent sur nos livres sacrés, leur authenticité, leur intégrité, l’inspiration de leurs auteurs, leurs différentes versions, des enseignements adressés par le concile aux protestants, et que les exégètes modernes méditeraient aujourd’hui avec grand fruit. Viennent ensuite les deux traités fondamentaux du péché originel et de la justification, contenant plus de vingt chapitres sur L’œuvre de la rédemption par la grâce de Jésus- Christ. L’auteur y a joint un traité supplémentaire sur la célèbre
LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE
controverse relative au mode d’opération de la grâce. Puis il développe la théologie des sacrements selon toute Textension que lui a donnée le concile, surtout pour la pénitence, l’eucharistie, le saint sacrifice, l’ordre et le mariage. L’ouvrage se termine par divers traités sur le purgatoire, l’invocation des saints, la vénération des saintes reliques et des saintes images, et les indulgences. Un supplément sur la règle de la foi et la nécessité d’un juge infaillible dans l’Église couronne X Opéra dogmatica.
Quant à l’explication des matières, Alphonse procède comme le concile. Avant les sessions qui avaient le dogme pour objet, les questions étaient soumises à une assemblée de théologiens qui devaient les discuter et les élucider. Ceux-ci transmettaient le résultat de leurs délibérations à une congrégation particulière, qui les révisait avant que les congrégations générales fussent appelées à délibérer à leur tour et à proposer les décrets. Ces discussions préparatoires aux décrets, saint Alphonse les résume sous le titre de préliminaires ou de préambules au commencement de chaque question à traiter. Rien de plus important pour l’intelligence des définitions dogmatiques, car on y voit sur chaque point, même sur chaque mot, les précédents historiques, les opinions scolastiques et les objections des novateurs qui ont motivé les décrets et déterminent par là- même le sens qu’il faut y attacher.
Après avoir ainsi initié le lecteur aux difficultés à résoudre et fait pressentir la solution, l’auteur transcrit en entier les décrets du concile, auxquels il joint les observations nécessaires pour les mettre en pleine lumière. Puis, comme conclusion et résumé de ces magnifiques enseignements, il publie dans leur texte les canons qui les résument et anathématisent les négateurs opiniâtres des dogmes proclamés. 11 ne lui reste plus alors qu’à réfuter en quelques traits de plume les objections de Fra Paolo et autres mécréants du même genre.
Le saint docteur ne s’est donc pas avancé en appelant son Opéra dogmatica « une bonne Théologie dogmatique ». Cependant, pour ne rien exagérer, il faut entendre par cette expression ce que l’auteur entendait lui-même, c’est-à-dire la théologie positive , qui expose les vérités révélées, les établit sur des fondements solides, et les réduit en corps de doctrine. Alphonse, l’homme de la tradition, excelle dans ce genre d’enseignement. A ce point de vue, Y Opéra dogmatica , résumant toutes les données du concile, est un chefd’œuvre. Mais la théologie va plus loin : une fois en possession de cette science révélée, elle en sonde les sublimes profondeurs. Ap-
DOGMES ET HÉRÉSIES
puyée sur les principes de la raison, elle s’efforce de pénétrer les secrets de Dieu et de donner aux hommes une certaine intelligence des mystères de notre foi. C’est la théologie spéculative , dont le grand maître sera toujours l’Ange de l’École. Et comme, pour spéculer sur les dogmes, il faut d’abord les connaître à fond, celui-là remporterait tous les suffrages qui joindrait à la science positive de saint Alphonse les élévations angéliques de saint Thomas.
Le travail de notre saint sur le concile de Trente lui inspira l’idée d’un autre ouvrage plus étendu et non moins important. En examinant de près les erreurs des protestants, il vit clairement que ces prétendus réformateurs n’étaient que les plagiaires et les continuateurs des hérétiques qui, dans le cours des siècles, ont levé l’étendard de la révolte contre l’Église de Dieu. Il résolut alors de compléter son œuvre en écrivant Y Histoire des Hérésies et leur réfutation . Cette histoire, il l’intitulerait le Triomphe de r Église, car toutes les hérésies sont mortes ou mourantes, et l’Église, que tour à tour elles ont attaquée, reste debout sur leurs ruines.
En avril 1770, il expliquait à son éditeur le plan de cette nouvelle composition : « Je ne veux être, disait-il, ni trop long ni trop court. Certains écrivains n’en finissent pas, d’autres ne font qu’effleurer un sujet. Dans un style sobre et concis, j’exposerai les faits mémorables, d’après les auteurs les plus estimés, comme Baronius, Fleury, Noël Alexandre, Orsi, Graveson, Bernini, Hermant, Berti, Gotti, et autres historiens. » On voit par cette nomenclature le nombre d’in-folio qui couvraient le lit du saint docteur, et l’on comprend qu’il ajoute en finissant sa lettre : « 11 faudra que Dieu me prête vie et force, parce que cette œuvre m’imposera un rude labeur, bien que, grâce à mes recherches passées, une partie de la besogne soit déjà faite L »
Quelques jours après, il revenait encore sur les nombreux auteurs tant anciens que modernes qu’il devrait consulter, « spécialement, disait-il, les auteurs de bon renom et de saine critique. La plupart de ceux qui ont écrit sur l’histoire universelle ne traitent des hérésies que par récits détachés, selon leurs progrès à travers les siècles. Mon intention est de tracer de chacune d’elles une histoire suivie et complète. C’est un ouvrage qui n’existe pas, du moins dans la forme et les dimensions que je veux lui donner, si toutefois j’arrive à l’achever, car la mort ne tardera plus guère