‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 84 sur 222 · Corrisp. gener., 8 avril · texte numérisé non relu

Corrisp. gener., 8 avril

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

à me faire sa visite1. » Deux ans après, au milieu de l’année 1772, Y Histoire des Hérésies, entièrement terminée, était déjà entre les mains du reviseur royal.

L’approbation se fit attendre, et ce ne fut pas sans difficulté que notre saint parvint à l’obtenir. Le reviseur, don Joseph Simioli, chanoine de l’église métropolitaine, littérateur distingué, théologien émérite, était certainement un des hommes les plus remarquables de son temps; mais son esprit l’inclinait fortement vers les doctrines de Jansénius et de Febronius, sans toutefois que ses idées s’éloignassent assez du vrai pour lui enlever la confiance des archevêques de Naples. Plusieurs fois déjà nommé reviseur des écrits de notre saint, et notamment de Y Opéra dogmatica, il s’était montré modéré dans ses exigences. Cette fois le chanoine, irrité sans doute des jugements sévères portés dans ce nouvel ouvrage sur les jansénistes et les quesnellistes, mit singulièrement à l’épreuve la patience de l’auteur avant d’approuver son travail. « Cette œuvre m’a coûté du sang, écrivait Alphonse, et voilà que ce bon chanoine Simioli, attaché mordicus aux opinions du père Berti, veut supprimer une multitude de choses qui ne sont pas de son goût. » Après avoir longtemps parlementé, l’auteur finit par consentir à certaines suppressions sans importance, mais pour le fond il resta inflexible. « Je ne retrancherai aucune phrase, dit-il, dont l’omission me mettrait en contradiction avec moi-même, rien sur aucun des points délicats qui m’attireraient des critiques de Rome, rien sur le pouvoir des papes. Quant à l’autorité du pontife romain, je suis prêt à donner ma vie pour la défendre, parce que, la suprématie du pape ruinée, c’en est fait de l’autorité de l’Église2. »

Simioli céda et donna même au livre une approbation très flatteuse, mais non sans lancer à l’auteur la flèche du Parthe. « J’ai lu avec empressement et plaisir, dit-il, le Triomphe de l'Église ou Histoire des Hérésies. Dans cet ouvrage comme dans un beau tableau, resplendit l’esprit et le cœur du très religieux auteur. J’ai admiré la somme de travail qu’il a dû dépenser pour tirer de tant d’auteurs doctes et pieux, plutôt que critiques , une série de faits qui s’étend à travers tous les siècles, et pour combattre ensuite les hérétiques tant anciens que modernes, non seulement avec les armes empruntées à ses devanciers, mais au moyen des ressources que lui fournit son propre génie. Ce livre révèle tantôt la foi, tantôt la science, partout et toujours la piété. »

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