‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 86 sur 222 · Capecelatro, VU a di S. Alfonso , II, 30G · texte numérisé non relu

Capecelatro, VU a di S. Alfonso , II, 30G

intérêts de notre sainte religion, et n’a cessé de la défendre contre les mécréants et leurs livres pervers. » Il loue en Tanucci « le savant jurisconsulte, l’habile homme d’État, le littérateur distingué, le ministre impartial, désintéressé, économe des deniers publics, et surtout le chrétien qui a pris à tâche, avec un soin jaloux, de conserver intacte notre sainte religion dans le royaume honoré du titre de très fidèle. La preuve, c’est l’extrême sévérité avec laquelle le ministre a prohibé l’introduction à Naples et dans les provinces des livres antichrétiens, et châtie rigoureusement les misérables qui, au mépris des plus saintes lois, font métier de répandre ces productions empoisonnées. »

Si l’on veut s’expliquer ce pompeux éloge de Bernard Tanucci, il faut se rappeler que la littérature des dédicaces, pompeuse de sa nature, relève beaucoup plus du roman que de l’histoire. 11 n’est jamais permis de mentir en faisant un compliment, mais il n’est pas défendu d’enfler un peu la voix. Ensuite Tanucci n’apparaissait pas à saint Alphonse aussi coupable qu’on se le figure aujourd’hui. Son régalisme ressemblait au régaiisme de Charles III, des princes de ce temps, de leurs ministres, et de beaucoup d’évèques très pieux qui regardaient la Déclaration de 1682 comme la vraie charte des deux pouvoirs, et n’en sont pas moins, à l’époque de la Révolution, montés à l’écliafaud pour ne pas trahir leur foi. Tanucci coopéra au bannissement des jésuites, mais il ne fit en cela qu’exécuter les ordres de Charles III, comme l’évêque Latilla qui commanda au jeune roi Ferdinand de signer le décret d’exil « parce que, disait-il, un fils doit se conformer à la volonté de son père. » Tout en stigmatisant ses erreurs et ses fautes, Alphonse ne le confondait pas avec ces criminels qu’on appelle Pombal et d’Aranda.

D’ailleurs, les éloges qu’il lui donne sont mérités. Homme d’État incorruptible, Tanucci, resté pauvre, a pu écrire en toute vérité, après un ministère qui dura trente ans : « J’ai voulu contribuer de toutes mes forces au bien public et au bien des individus. Je n’ai jamais pensé à m’enrichir aux dépens des Napolitains. Je suis en sortant de charge ce que j’étais en prenant le ministère : Bernard Tanucci. » Et de fait, il avait à peine conservé son patrimoine et vivait, après sa retraite, d’une modique pension que lui faisait le roi. En la recevant pour la dernière fois, il dit au trésorier1 : « Ce sera pour le grand voyage. » Chrétien, il ne rougissait pas de sa religion. Il la pratiquait ostensiblement, il regardait les impies

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