‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 87 sur 222 · Bevnardo Tanucciy par Pierre Ulloa duc de Lauria, p · texte numérisé non relu

Bevnardo Tanucciy par Pierre Ulloa duc de Lauria, p

DOGMES ET HÉRÉSIES

comme des destructeurs de la société et il avait horreur de leurs livres, qu’il poursuivait à outrance. 11 mourut dans de vrais sentiments de piété. Saint Alphonse a donc pu, sans manquer à la vérité, écrire la page que nous venons de citer. Il reste à l’honneur de Tanucci qu’un saint ait osé lui dédier un ouvrage destiné à exalter le triomphe de l’Église sur les protestants et les libres-penseurs, et que le ministre ait accepté cet acte comme un hommage rendu à sa religion. Si aujourd’hui on dédiait un pareil livre à nos hommes d’État, ils s’en indigneraient comme d’un outrage.

Enfin, quelque opinion qu’on ait de Tanucci, il était investi de l’autorité. Or Alphonse honorait les représentants de l’autorité malgré leurs fautes, et il ne manquait pas une occasion, en public comme en particulier, de leur témoigner respect et vénération. En cela, du reste, il partageait les sentiments des chrétiens d’autrefois, qui louaient volontiers leurs princes, parce que, toute puissance venant de Dieu, ils voyaient resplendir sur leur front comme un reflet de la majesté divine. La Révolution depuis cent ans prodigue à toute majesté, à toute autorité, l’outrage au lieu de la louange. Elle nous a si bien inoculé ses vils instincts qu’aux yeux d’un grand nombre les nobles sentiments de nos pères à l’égard de leurs rois ne paraissent plus que de basses adulations.

Ajoutons, pour revenir au livre dont nous nous occupons, que si Tanucci avait besoin d’une leçon d’antirégalisme , Alphonse ne pouvait pas la lui mieux donner qu’en lui dédiant Y Histoire des Hérésies, où l’on voit les hérésiarques, fiers de leur puissance et de leur raison, passer tour à tour en jetant leur pierre contre l’Église, puis dépérir et disparaître. C’est précisément ce triomphe perpétuel de l’Église sur ses ennemis que le saint évêque a voulu faire ressortir dans cette histoire, comme le titre l’indique et comme le déclare explicitement la préface : « Le but de cet ouvrage est de montrer que l’Église romaine est la seule vraie Église, attendu que Dieu l’a protégée toujours contre les persécutions et l’a rendue victorieuse de tous ses ennemis. Elle eut beaucoup à souffrir des païens pendant les trois premiers siècles : elle triompha des empereurs et de leurs faux dieux. Mais bien plus terribles furent les persécutions que suscitèrent contre elle les hérétiques sortis de son propre sein. L’hérésie, c’est la gangrène de l’âme, dit l’Apôtre : ut cancer serpil ; elle infecte l’esprit et le cœur. C’est une peste contagieuse qui répand la mort autour d’elle. L’Église a souffert bien plus de dommages de la part de l’hérésie que de la part de l’idolâtrie. Toutefois elle est restée ferme au milieu des tempêtes. Un instant on a pu

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

croire que l/arianisme, aidé des empereurs, allait prévaloir : « L’univers poussa un cri de douleur, dit saint Jérôme, en se voyant inondé d'ariens ; » mais la barque de Pierre, un moment envahie et comme submergée, se redressa au-dessus des vagues, plus glorieuse et plus triomphante que jamais K »

Pour détruire l’Église, les hérétiques ont fait appel aux deux puissances de ce monde : la force matérielle et la force rationnelle. Par Y Histoire des Hérésies , première partie de son ouvrage, Alphonse établit parfaitement que la force matérielle, si grande soitelle, ne peut rien contre le bras de Dieu toujours armé pour défendre l'Église, et dans la seconde partie, la Réfutation de ces mêmes hérésies, il montre la faiblesse et l'impuissance de toute intelligence qui prétend lutter contre l’esprit de Dieu, révélateur et conservateur de la vérité.

V Histoire fait d’abord passer sous nos yeux plus de deux cents hérésiarques avec leurs doctrines, leurs adeptes, leurs puissants soutiens, princes, rois, empereurs. C’est comme une interminable procession sortie de l'enfer et conduite par le démon à l’assaut de la cité de Dieu. A la suite de Simon le Magicien et des gnostiques, qui désolèrent l’Église autant que les persécuteurs païens, on voit paraître tour à tour, pour ne parler que des plus célèbres, Arius, Eutychès, Nestorius, Macédonius, Pélage, Mahomet, Zénon, Photius, Michel Cérulaire, les vaudois, les albigeois, les wicléfistes, les hussites, et cette nuée de sauterelles qui s’abattit sur le monde à la suite de Luther, Calvin et Jansénius. Tous, comme autant de serpents, usent leurs dents contre la pierre inébranlable; tous, morts ou moribonds, attestent que jamais l’enfer ne prévaudra contre elle.

La force rationnelle n’est pas moins impuissante contre l’Église que la force matérielle : Alphonse le prouve par la Réfutation des hérésies . Certes, parmi les hérésiarques et leurs adeptes, il y eut de belles intelligences et même des hommes de génie. Mais, après avoir tourné le dos à la lumière, qu’ont-ils produit? Disciples du Christ, ils ont nié sa divinité, l’unité de sa personne, la dualité de sa nature, et presque tous les dogmes qui dérivent nécessairement de son incarnation; disciples de l’Évangile, ils l’ont corrompu par leurs interprétations ridicules et souvent indignes; disciples des apôtres, ils ont rejeté toutes les traditions apostoliques pour leur substituer les inventions les plus fantastiques ; prôneurs enthousiastes

Page 1