Lettre da 10 marft
LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE
doutes : « Je les ai mandés près de moi et j’ai trouvé que quelquesuns ont réellement besoin de bains ou d’autres remèdes, mais certains m’ont laissé bien perplexe. Je vais écrire à tous, même aux étrangers, que, hors le cas de maladie bien avérée, ils doivent rentrer au séminaire, sous peine d’être congédiés. » Du reste, personne ne se préoccupait plus que lui de la santé des élèves. Comme il était ennemi des vacances en famille, il voulait qu’ils trouvassent au séminaire les délassements dont ils avaient besoin, qu’on les fit sortir soir et matin, et, pendant les grandes chaleurs, au moins une fois le jour. « Pour cela, écrivait-il au supérieur, n’épargnez aucune dépense et réglez- vous selon les conseils de la prudence. »
De même sa vigilance à l’égard des ordinands et des confesseurs croissait avec les années et l’expérience. « Jusqu’à la fin de son gouvernement, dit le curé Bartolini, son zèle relativement aux examens ne se lassa jamais. Confesseurs et ordinands devaient le subir en sa présence. » De tous il exigeait une science véritable et une conduite irréprochable. « L’ignorance, affirmait-il, les rendinutiles, et l’inconduite nuisibles. » Plus il avançait en âge, plus il se montrait sévère : « Je ne veux pas, disait-il, faire pleurer mon successeur. » Un diacre l’inquiétait par ses légèretés. Après l’avoir averti plusieurs fois sans obtenir aucun amendement, il refusa de l’élever au sacerdoce malgré ses larmes, les supplications de ses parents, et l’intercession de personnages influents.
On a vu quelle importance Alphonse attachait aux visites pastorales. La maladie lui ôta les forces, mais non le cœur, qui supplée à tout. Le 2 juillet 1769, un an après le coup qui l’avait comme anéanti, il se fit conduire à la collégiale d’Arienzo pour ouvrir la visite. Les habitants ne se lassaient pas de contempler ce vieillard amaigri et exténué qui s’avançait vers l’église soutenu par ceux de sa maison. Ils ne purent retenir leurs larmes quand, après avoir adoré le saint Sacrement, il leur adressa une exhortation aussi paternelle qu’émouvante sur nos devoirs envers Jésus-Christ. Cette visite mémorable terminée, le chancelier l’enregistra en ces termes : '< Le 2 juillet 1769, fête de la bienheureuse Vierge, l’Illustrissime et Révérendissime évêque, malgré son état habituel d’infirmité, s’est rendu après vêpres dans l’insigne collégiale de la cité. S’étant revêtu des ornements épiscopaux, il baisa la croix que lui présenta le révérend archiprêtre; puis, il s’avança dans l’église, fit un discours au peuple, et reçut tous les assistants au baisement de l’anneau. » Chaque année le saint évêque continua de faire la visite à la collégiale et aux paroisses voisines. « La greffe la plus florissante,
LE BON PASTEUR
disait-il, s’épuise bien vite si le tronc n’est pas émondé de temps en temps. Les rejetons sauvages que ce tronc produit naturellement mangent la sève. De même , dans la culture des âmes, si vous ne retranchez les abus que la nature produit d’elle-mème, le bien greffé par l’Esprit-Saint ne peut que dépérir. De là, nécessité pour le pasteur de visiter la paroisse afin de greffer, mais aussi d’émonder. »
Dans l’impossibilité où il se trouvait de visiter personnellement les paroisses éloignées, il déléguait à cet effet son grand vicaire, et lui recommandait spécialement les pauvres, les veuves, et les âmes que l’indigence exposait à perdre Dieu et à se perdre elles-mêmes. Sur le rapport du visiteur, il prenait les mesures nécessaires pour promouvoir le bien et remédier aux abus, sans respect humain ni acception de personnes. En 1770, ayant appris que les chanoines de Sainte-Agathe ne tenaient pas assez compte des prescriptions déjà édictées sur la manière de se vêtir, sur la discipline du chœur, et en particulier sur les règles à observer dans la récitation de l’office divin, il renouvela, par une ordonnance particulière les dispositions prises précédemment. — Plusieurs fois il avait demandé au curé de Bucciano d’agrandir son église, devenue insuffisante. Celuici, pour s’épargner l’embarras et les dépenses, faisait la sourde oreille. En 1773, l’évêque lui donna un mois pour acheter le terrain et commencer la bâtisse d’une église plus vaste et plus digne.
La vieillesse n’avait pas éteint l’ardeur de son zèle contre les pécheurs scandaleux. Après les avertissements paternels, il les livrait au bras séculier. Il recourait aux seigneurs, aux ministres et même au roi, qui l’aidaient à en délivrer le pays. Il agissait avec promptitude, car il ne goûtait plus un instant de repos tant que le mal n’était coupé dans sa racine. « Vous ne m’avez pas encore ôté cette épine du cœur, écrivait-il au curé de Sainte-Marie de Vico. Je veux que ce soir même vous recouriez au gouverneur. Par charité, faitesmoi connaître aussitôt la réponse, si vous voulez que je retrouve le sommeil. Quand il s’agit de pareils scandales, je me crois responsable de tous les péchés que je n’empêche pas et que je puis empêcher. »
Un prêtre avait joué un rôle dans une comédie de salon. Sans tenir compte des observations très sérieuses du vicaire général , il reparut trois ou quatre fois sur la scène au palais du prince de la Riccia. Le 11 octobre 1768, au plus fort de sa maladie, Alphonse écrivit au prince : « Ce prêtre mérite une pénitence grave en raison