Procès de Sainte-Agathe, fol. 1810 et
LE BON PASTEUR
Sainte-Agathe conduisait son peuple à Jésus-Christ en 1774, un an avant de quitter le bâton pastoral. Pour apprécier son action salutaire sur les âmes, il faudrait maintenant entrer dans le secret de ses relations intimes avec Dieu, de sa puissance sur les cœurs de Jésus et de Marie quand il intercédait en faveur de son troupeau. On comprendrait alors le mot de Clément XIV : « Une seule prière qu’il adresse à Dieu de son lit de douleur sauve plus d’âmes que s’il faisait cent fois le tour de son diocèse. »
Dieu accorde tout à la prière d’un saint. Or Alphonse était arrivé à l’union parfaite avec Dieu, à la ferveur extatique. Ni les travaux ni les souffrances ne pouvaient le distraire de Jésus-Christ : « Un vendredi de mars 1770, dit le prêtre Mechella, j’assistai à sa messe. Le matin, je l’avais vu plus agité que d’habitude, et comme dans une espèce d’effroi. Il récita les prières de la sainte messe jusqu’au canon avec une dévotion ineffable. Je me mis à genoux pour me préparer moi-même à célébrer le saint sacrifice, et je cessai un instant de l’observer. Mais bientôt je m’aperçus qu’il n’arrivait pas à la consécration : je levai les yeux, et je le vis accoudé sur l’autel, tenant en main l’hostie sans prononcer les paroles sacramentelles. En levant un peu la tête, je pus contempler son visage. Les yeux, démesurément ouverts, étaient fixés sur la croix. Tout son être décelait une animation qui me faisait frissonner. Bientôt je découvris qu’il ne touchait le sol que par la pointe du pied, comme s’il allait prendre son essor. Tout hors de moi, et ne sachant que faire, je sortis pour appeler le frère Romito ou le serviteur Alexis, et, ne les trouvant point, je revins près de l’autel. Le serviteur de Dieu était toujours dans la même position. Je pris alors le parti, comme je l’avais fait plusieurs fois en pareille circonstance, de le secouer fortement en tirant le bord de l’aube et de la soutane. Ce mouvement le fit revenir à lui; il poussa, en sortant de l’extase, un grand soupir d’amour et prononça les paroles de la consécration. Il acheva sa messe avec la ferveur d’un séraphin, puis s’enferma dans sa chambre, où il resta deux heures de plus que de coutume sans donner signe de vie1. »
Ainsi priait l’ami de Dieu. Or voici quelle était la puissance de son intercession auprès de Jésus. En cette même année 1770, le père Joseph Morgillo, de la congrégation des pieux-ouvriers, se cassa la jambe en descendant une montagne proche d’Arienzo. L’os fut remis, mais si maladroitement que, dix jours après, ne pouvant