‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 97 sur 222 · Procès de Sainte-Agathe, folio · texte numérisé non relu

Procès de Sainte-Agathe, folio

LE CHEVALIER DE LA SAINTE ÉGLISE

plus trouver ua moment de repos, il faillit mourir de douleur. Alphonse lui fit porter par un de ses serviteurs une petite image de la Madone, avec ce simple mot : « Ayez confiance en Marie, et vous serez guéri. » Le malade s’appliqua immédiatement l’image sur la jambe en s’écriant : « 0 ma souveraine, par les mérites de M^ de Liguori, délivrez-moi de cet affreux martyre. » A l’instant même la douleur disparut, et le père se trouva parfaitement guéri. Tant qu’il vécut, il garda et honora cette image comme une relique du bienheureux évêque *.

Alphonse devait beaucoup au ministre de Marco qui, malgré son régalisme, s’était toujours montré plein de dévouement pour l'institut. Or en mai 1770, le marquis, terrassé en peu de jours par une maladie grave, avait reçu les derniers sacrements. Les médecins jugeaient son cas désespéré. « Feu mon oncle, don Michel Metillo, raconte don Salvatore Romano, m’envoya soudain au serviteur de Dieu pour recommander à ses prières ledit marquis de Marco, dont il était l’intime ami. Arrivé au palais épiscopal, je racontai la triste nouvelle au serviteur de Dieu, qui s’en afÜigea beaucoup. Le lendemain de grand matin il me fit appeler par deux fois en toute hâte. « Écrivez à don Michel, me dit-il, que cette nuit le marquis de Marco s’est trouvé mieux et que le mieux continuera jusqu’à guérison complète. M*r Lucci, de Bovino, qui l’aimait beaucoup, lui a obtenu cette grâce. » 11 manda alors un messager et lui remit deux images, l’une du crucifix, l’autre de la Madone, en lui recommandant de les placer sous le chevet du malade. « Soyez sûr, ajouta-t-il, que le malade recouvrera la santé. » Le courrier emporta les deux images, et nous apprit à son retour que le marquis s’était trouvé mieux la nuit même où le serviteur de Dieu nous avait révélé cette amélioration. Quelques jours après, xUphonse écrivait à Blasucci : « Le marquis de Marco va reprendre ses fonctions. Vous savez sans doute qu’il a fait une maladie mortelle. Déjà il avait reçu l'extrême-onction. » Le bon saint ne dit pas un mot du rôle joué par lui dans cette résurrection.

Initié par Dieu aux secrets de l’avenir, il prophétisait ainsi la guérison d’un ami dont tous attendaient la mort, et quelquefois aussi la mort prochaine quand tous espéraient la guérison. Il aimait beaucoup le juge Jean-Marie Puoti , frère de l’archevêque d’Amalfi. Or Jean-Marie tomba malade au mois d’octobre 1773.

1. Déposition d'Ange Morgillo, Posit. sup. Virlut g 33 et 38.

LE BON PASTEUR

« Le serviteur de Dieu, raconte Anne-Marie de Masi, épouse du défunt, ne manquait pas un seul jour de lui rendre visite. Le jour qui précéda la mort de mon mari, avant d’entrer dans sa chambre, il me demanda ce que pensaient les médecins. « Ceux d’Arienzo comme ceux de Naples, lui répondis-je, espèrent une guérison prochaine. — Dieu le veuille! fit-il tristement. Pauvre dame, je vous plains, je plains aussi sa bonne mère (laquelle vivait encore à cette époque) et aussi ses frères, qui lui portent une si tendre affection. Monseigneur l’archevêque d’Amalfi n’aura pas la force, je le sais, de célébrer la messe dans la chambre du malade et de lui administrer le saint viatique : dès maintenant j’autorise don Antonin à le faire. » A ces paroles, je compris que mon mari allait mourir de cette maladie, mais, comme il n’existait aucun indice de mort prochaine, que tout, au contraire, donnait espoir de guérison, les personnes auxquelles je rapportai les paroles du serviteur de Dieu ne les prirent pas au sérieux. Hélas ! elles ne se réalisèrent que trop vite. Le lendemain, contre toute attente, le mal s’aggrava subitement, et mon mari passa à une meilleure vie à la grande stupéfaction des médecins. Le serviteur de Dieu vint me consoler : « Recommandez- vous à votre mari, me dit-il, comme je le fais moi-même : Jean-Marie est en paradis1. »

Le serviteur de Dieu pénétrait les secrets des cœurs aussi bien que ies mystères de l’avenir. Un de ses domestiques, le cuisinier Vertucci, témoin au procès de canonisation, raconta deux faits arrivés au palais d’Arienzo dans les dernières années de l’épiscopat d’Alphonse, lesquels prouvent qu’il connaissait sumaturellement les actes et les pensées les plus cachées. « Un jour de carnaval, dit Vertucci, je me trouvais devant la porte du palais avec Joseph Savastano, mon aide-cuisinier. Nous regardions défiler les masques, quand mes yeux s’arrêtèrent sur une dame richement vêtue et de figure très avenante. Le démon fit aussitôt naître en moi le désir de pécher avec elle, mais elle me paraissait trop honnête pour y consentir. Je manifestai cette pensée à Savastano, qui se mit en rapport avec cette dame et l’introduisit pendant la nuit. Mais à peine fut-elle entrée dans ma chambre qu’un fracas horrible se fit entendre. C’était un bruit de chaînes secouées avec violence, mêlé. à des coups de vent capables de renverser la maison. Je fus saisi d’une terreur telle que je manquai de m’évanouir. La dame et l’aide-cuisinier étaient aussi saisis que moi. Mais la pas-

1. Déposition d’Anne-Marie de Masi , procès de Sainte-Agathe, fotto 1007.

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sion est si aveugle que, le bruit ayant cessé, j’allais cependant offenser Dieu, quand l’épouvantable vacarme recommença et me terrifia tellement que je renvoyai la malheureuse femme. Trois jours après, le serviteur de Dieu me fit appeler. En entrant dans sa chambre, je m’agenouillai pour lui baiser la main, mais il me dit avec une grande sévérité : « Aniello, Aniello, mercredi tu as voulu offenser Dieu pendant la nuit, et déjà les démons se préparaient à t’emporter en enfer; et moi, pauvre vieux, tout infirme que je suis, je me suis levé et j’ai prié pour toi. Par pitié pour ton âme, prends garde à toi, car si jamais tu recommences, je ne sais si Dieu te pardonnera. » Je voulus m’excuser, mais il m’arrêta. « Astu donc oublié, me dit-il, le bruit des chaînes que les démons agitaient? » Je gardai le silence, et me retirai dans ma cuisine la rougeur au front et les yeux pleins de larmes.

Vertucci ajouta : « Par amour de la vérité et pour la gloire de Dieu, je déposerai encore, à ma honte, le fait suivant : Le serviteur de Dieu faisait une aumône à une jeune fille d’Airola, qu’ellemème venait recevoir chaque semaine. Un jour, après avoir reçu cette aumône des mains du frère Romito, comme il tombait de la pluie et de la neige, la pauvre malheureuse entra dans ma chambre, qui était près de la porte, pour se réchauffer avant de partir. Étant là près du feu avec elle, le diable me tenta de nouveau, et j’allais satisfaire ma passion, quand un coup de sonnette m’appela subitement près du serviteur de Dieu : « Bon ! dis-je en moi-même, lé vieux saint fait oraison, il voit ce que je fais et ce que je médite. » Je montai bien vite , et entrai dans sa chambre. A peine eus-je laissé tomber la portière qu’il s’écria : « Aniello, tu es un vrai tison d’enfer; tu ne veux donc pas en finir? Eh bien! si tu n’en finis pas, et dès ce moment, avec le péché, Dieu va en finir avec toi. » A ces paroles je fus pris d’une telle épouvante que, depuis ce temps, je ne commis plus aucune faute de pensée. Ce fait, comme le précédent, me convainquit que Monseigneur savait tout ce qui se passait dans mon intérieur !. »

C’est ainsi que Dieu lui-même aidait le saint évêque à sauver les âmes, à combattre le démon, à éloigner le péché. C’est ainsi qu’après comme avant sa maladie, le bon pasteur écartait les loups de son troupeau, donnait à ses brebis une nourriture abondante, et les protégeait près de Dieu par sa puissante intercession. A la fin de 1771, il dut rendre compte à la congrégation des évêques et régu-

!. Summar. Num. 31, § XVIII.

LE BON PASTEUR

liers du troisième triennat passé dans le diocèse. Ne pouvant faire le voyage ad limina , il envoya un modeste résumé des actes principaux de son administration. Quant au matériel, il a rebâti son évêché, commencé la reconstruction de son séminaire, édifié ou restauré plusieurs nouvelles églises. Au spirituel, « j’ai tâché, ditil, avec l’aide de mon vicaire général, de remplir tous les devoirs de la charge pastorale, de maintenir la discipline dans le clergé, et d’extirper du milieu du peuple les vices et les abus. J’exhorte les curés à remplir consciencieusement leur ministère. Si des scandales se produisent, j’avertis les coupables, et s’ils ne viennent à résipiscence, j’emploie les moyens de coercition. Chaque année je satisfais au devoir de la visite par mon vicaire général, empêché que je suis par mes infirmités de parcourir le diocèse. Cependant, quand ma santé le permet, je ne manque pas de prêcher au peuple la parole de Dieu, et souvent j’envoie des ouvriers évangéliques pour m’aider, par les saintes missions, à sauver les Ames. Selon la règle que je me suis imposée en enlrant dans le diocèse, je fais moi-mème l’examen des ordinands et des confesseurs. Ceux-là seuls obtiennent la juridiction qui me semblent avoir la prudence et la science requises pour entendre les confessions. De même je n’admets aux ordres sacrés que les élèves du séminaire ou des sujets dont je connais la science et la probité. Et maintenant, ajoute l’humble vieillard, si Vos Éminences ont des observations à me faire pour l’avantage des pauvres âmes confiées à ma faiblesse, je les recevrai avec la plus vive reconnaissance et la soumission la plus absolue. »

La congrégation ne put que louer la sollicitude bien connue de l’évêque pour son troupeau. Cette louange sortait de toutes les bouches. « Cent évêques ensemble, écrivait à Tannoia l’archidiacre Rainone, n’auraient pu faire ce que faisait M** de Liguori malgré ses infirmités. » « Aussi, ajoute le curé Bartolini, jamais sa mémoire ne s’éteindra dans le diocèse. »

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